‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 104 sur 223 · SAINT SIMON · texte numérisé non relu

SAINT SIMON

rèsiirrective çtjt nous. Moï cepen Jant je me ffiourais de joie. J'eri étais à craindre la défaillance ; mor, cœur dilaté à l'excès ne trouTait plus d'espace à s'étendre. La violence que je me faisais pour ne rien laisser échapper était infinie, et néanmoins ce tourment ôtaiî délicieux... Je triomphais, je me vengeais, je nageais dans ras vengeance; je jouissais du plein accomplissement des désirs les plus véhéments et les plus continus de toute ma vie. J'étais tenté de ne me plus soucier de rien. Touteiois je ne laissais pas d'entendre cette vivifiante lecture dont tous les mots résonnaient sur mou. cœur comme l'archet sur un instrument et d'examiner en même temps les impressions diflérentes qu'elle faisait sur chacun.

Ses « Mémoires ». — On peut deviner ce que seront les Mémoires d'un pareil homme. C'est dès l'âg-e de vingt et un ans que Saint-Simon a commencé à écrire ; ces notes qu'il rédig-e au jour le jour sont pour lui une consolation et une veng-eance. Plus tard, lorsque les notes rédigées et mises en ordre deviennent les Mémoires^, Saint-Simon, pris d'un scrupule de chrétien, se demande s'il a fait œuvre de charité ou tout au moins de vérité. Et dans un mouvement de franchise il s'écrie ; « Le stoique est une noble et belle chimère : je ne me pique donc pas d'impartialité, je le ferais vainement. »

Les Mémoires sont en effet une œuvre de passion et souvent de haine. Certes, l'écrivain avait sous les yeux une société bien corrompue, et qui allait chaque jour se décomposant. Mais il a encore enlaidi le tableau. Ce sont les dessous qu'il a montrés, et les plus répugnants ; c'est au détail des intrigues qu'il s'est complu, aux commérages qu'il s'est arrêté, aux vilains côtés de chaque personnage qu'il a donné tout le relief. Aussi, bien que les Mémoires soient une mine très riche de renseignements, ils n'ont pourtant qu'une autorité très médiocre. Leur valeur historique est très au-dessous de leur valeur littéraire

L'écrivain. — C'est qu'ici ies défauts mêmes de

1. C'est dans sa retraKe à La Ferlé que Saini-Sinron & j-édigésos Mémoires (MiS." 1795). Connsqu<^s après sa mort, ils lurcnl transporté» aux archives des Aflairec étrangires. où quelques priTilé^iés purent seius les cosuller La pironuCrc Édition, due au marquis do Kouvraj, parut en 1830. M Chéruel eo a donné une édlUon critique ch 1873 M. dn BoisHsIe en a entrepris, depuie 1879, une éditiez accoT'i^ago^ d'i'.n commentaire qui est un ciiof-d'oeivre d érudition.

Saint-Sivnon vont lui servir; et celte mémo passion qui l'empêche d'être un historien solide et digne de foi va fedre de lui un écrivain de génie. Elle donne d'abord à toute son œuvre le mouvement et la vie. Des scènes, telles que la fameuse séance de la dégradation des bâtards, sont des résurrections; nous y assistons avec l'écrivain, et, gagnés par une émotion si oommunicalive, nous y apportons les mêmes sentiments que lui.

Les portraits sont évoqués avec la même intensité de vie. Saint-Simon ne se contente pas, comme Retz le faisait encore, d'une esquisse morale : il peint en outre l'extérieur et nous montre l'homme tout entier, physique et moral. Ainsi dans le portrait de Dubois :

C'était un petit homme maigre, efHIé, rliafouin, à perruque blonde, à mine de fouine, à physionomie d'esprit, qui était en plein ce qu'un mauvais français appelle un sarrr, mais qui ne se peut guère exprimer aiitrement. Tous les vices combattaieut en lui à qui en demeurerait le maître. Ils y falf^aient un bruit et un combat continuels entre eux. L'avarice, ia débauche, l'ambition étaient se? dieux : la porlidic, la Uatterio, les servages, ses moyens ; l'impiélé parfaite, son repos. Il excellait en basses intrigues, il en vivait, i' ue pouvait s'en passer, mais toujours avec un but où toutes ses déuiarches tendaient, avec une patience qui n'avait de terme que le succès ou la démonstration réitérée de n'y pouvoir arriver, à moins que, cheminant ainsi dans la profondeur et les ténèbres, il ne vît jour à mieux en ouvrant un autre boyau. Il passait ainsi sa vie dans les sapes M

Il y a ainsi toute une galerie de portraits brossés par un pinceau hardi, qui ne connaît aucun ménagement, ne redoute aucun excès et, pour attraper l'expression pittoresque, ne recule ni devant les crudités ni devant les trivialités.

M"» de Castries étoit un quart de femme, une espèce de biscuit Oiauqué...

Dangeau, singe du roi, chamarfé de ridicules avec une fadeur aatiirellc enîée sur la bassesse du ccurtisiu, et récrépie de seigneui postiche...

M"* Panache étoit une petite et fort vieille créature, avec de* lippes et des yeux érnillés .i f---- ■ ' -i ceux qui laregnrdoient; un espèce de .■jucuse qui s'èlojt i la rour sur le pied d'uni

manière de folle ; qui étoit lanlôt un soiipiT c'u Uoi, tanttM au dîner

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