CHAPITRE XXVÏi
LA SOCIÉTÉ. — FONTENELLB ET BATLB.
f. Lb xviii» siècle.
II. La société. — La cour de Sceaux. La duchesse du Maine. — Le
salon de la marquise de Lambert. — M°": Geoffrin. — M™» du
Defland. — M'i» de Lespinasse.
UL Les précursf.crs. — Fontenelle. Sa vie ; son caractère. — Ses
écrits. — Son influence. — Bayle. — Le Dictionnaire.
En quittant le xvii" siècle, et pour apprécier à leur juste valeur les œuvres de l'époque suivante, il est nécessaire de se placer à un point de vue nouveau. En effet, le xviii' siècle s'est fait de la littérature une conception qui diffère profondément de celle que s étaient faite les g-rands écrivains du temps de Louis XIV. Aussi le xviii" siècle est-il médiocre toutes les fois qu'il recommence le xvii* : il est intéressant toutes les fois qu'il s'en sépare.
La littérature, au xvii« siècle, avait pour objet l'étude de l'homme moral, considéré en lui-même et indépendamment des formes variables de la société De cette connaissance du cœur humain ont vécu les grands genres classiques : tragédie, comédie, éloquence de la chaire. Ces genres sont encore exploités, mais ne produisent plus que des rejetons sans vigueur. L'éloquence de la chaire ne se survit que chez Massillon. Chez les continuateurs de Racine et de Molière, tout est imitation. En fait, ces genres sont épuisés; ils donneront
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aeulement lieu, en se décomposant, à des genres nouveaux, destinés d'ailleurs à n'atteindre que de nos jours à leur plénitude. Des théories de Nivelle de la Chaussée, de Diderot, de Mercier, de Beaumarchais, se dégage le drame. Des débris de la tragédie amoureuse de Racine et de l'opéra de Quinault se dégage le roman. Du développement des sentinr.ents de la personnalité humaine et de la nature se dégage la poésie lyrique.
Ce qui intéresse les écrivains du xviii« siècle, ce sont les conditions changeantes de l'état politique, social, religieux. Ils se sont mis tiux sciences : ils ont été s'instruire à l'étranger. La littérature deviendra entre leurs mains un instrument de propagande, une arme do combat. La tragédie de Voltaire, le drame de Diderot ont pour but de propager les idées de Voltaire et de Diderot. Les économistes écriront sans aucun souci de la forme, persuadés que leurs idées exprimées telles quelles auront assez de leur propre valeur.
En quoi consiste cet esprit nouveau que la littérature va servir à propager? Le xvii'^ siècle avait été, après la grande effervescence du xvi% un temps d'arrêt. Le xviii" siècle va reprendre la lutte contre toutes les formes de l'autorité. Son œuvre sera d'abord une œuvre de destruction : c'est à quoi travaillent les encyclopédistes. Il essayera ensuite de réédifîer une société, en partant de ce principe que l'homme est naturellement bon.
Pour répondre aux besoins de la littérature nouvelle, la langue va renoncer à la période large du xvii« siècle, la phrase va se morceler. C'en est fait d'ailleurs, sauf chez Voltaire, de la simplicité du style. L'esprit précieux va renaître ; avec Bud'on s'introduira la théorie du style noble, qui n'emploie que les termes les plus généraux; la déclamation sera partout.