‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 110 sur 223 · II. — LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

II. — LA SOCIÉTÉ

Lorsque Louis XIV avait commencé de régner par lui-même, les écrivains s'étaient groupés autour oe

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lui, et ie goût de la cour était devenu le goût dominant. Dans les dernières années, depuis que le roi s'enfonce dans la dévotion et perd la direction du mouvement des esprits, les coteries reparaissent : les salons se reforment des débris de la cour. Au xviii® siècle^ ces salons vont prendre une importance considérable : c'est grâce à eux que les écrivains peuvent exercer leur influence sur la société; c'est là qu'il faut ailei chercher ce qu'on appellera d'un mot nouveau : l'opinion publique. Chaque salon a d'ailleurs ses habitués, son caractc, son ton particulier, et par là incarna un côté de l'époque.

La cour de Sceaux. La duchesse du MainCc - La cour de Sceaux est seulement frivole ; elle représente ce besom de divertissement qui s'empara de la société aux approches de la Régence. La duchesse du Marne, petite-fille du grand Condé, avait épousé le duc du Maine en 1692. Elle rêva grandeur politique et puissance. En attendant, eiic oe fit dans son château de Sceaux une petite cour, sorte de Versailles en miniature et qui fait avec le Versailles de Louis XIV un parfait contraste. Tandis que le règne s'achève tristement au milieu des malheurs pubUcs et des deuils privés, on ne songe, dans le vallon de Sceaux, qu'aux fêtes et aux amusements. I. duchesse, spirituelle et lettrée, étonne par son activité, sa fièvre de mouvement, sa « démonerie »; elle joue la comédie, s'avise à chaque heure d'une iàf-à nouvelle, ajoute les nuits aux jours. M"« de Launay^ femme de chambre de la duchesse et qui eut beaucoup à souffrir auprès d'elle, nous a fait le tableau de cette société dans des Mémoires qui se recommandent par l'aisance du récit et la limpidité du style.

Le salon de la marquise de Lambert. — Le salon de la marquise de Lambert représente la renaissance de l'esprit précieux. La préciosité n'est pa« raorte, malgré les coups que lui ont portés Boileau, Molière, La Bruyère. Elle va de nouveau rentrer dansl^j ]\ térature.

^98 LE XVÏll* SIECLE.

Le salon de M"* de Lambert n'est pas sans analogie âVecThôtel de Rambouillet. L'hôtel avait servi à élever l'esprit français et à épurer le goût, au milieu de la grossièreté cynique du règne de Henri IV. L'immoralité se retrouve la même à la fin du siècle ; M™* de Lambert essaye, vers 1690, de recommencer l'œuvre de M°" de Rambouillet : c'est un effort vers la moralité et la politesse. Hommes et femmes d'esprit se sont succédé pendant quarante ans dans l'appartement qu'occupait la marquise, au palais Mazarin : ce sont le marquis de Valincourt, le comte de Saint-Aulaire, le président Hénault, le marquis d'Argenson, l'abbé de Ghoisy, Marivaux, Terrasson, Mairan, Fontenelle, M"" de Launay, M°" de Caylus. La conversation est moins futile qu'à la cour de Sceaux, plus décente qu'à la cour du Régent. Elle porte sur les sujets mômes dont M"' de Lambert s'était occupée dans ses petits traités d'éducation, Avis d'une mère à son fils ot Avis d'une mère à sa famille, sur les questions de t»alanteric mondaine, sur les controverses littéraires auxquelles donne lieu la querelle des anciens et des modernes. La philosophie et la politique y font h peine leur apparition.

M""" Geoffrln. — Le salon de M™* Gooffrin est le salon de IKncyclopédie et des philosophes. On y rencontre Diderot, d'AIembert. Thomas, Marmontel, fl'Holbach. Les hôtes de M"" Geoffrin sont en môme temps ses protégés et ses débiteurs, elle leur donne des pensions : on se plaignait autour d'elle que l'Eu' cyclopédie lui eût coûté cent mille écus. Il fallait qu'elle fût riche, et elle l'était par son mariage avec cet excel. lent M. Geolfrin. Bourgeoise qui avait plus de bon sens que d'esprit et administrait son salon comme un ménage, classant ses invités par catégories, les artistes le lundi, les gens de lettres le mercredi, elle laissa la conversation prendre un ton plus lourd. D'ailleurs on n'agite autour d'elle que do graves questions C'est de ce salon qu'on peut dire qu'il eui, l& valent d'une institution. ■

M'°* du Deffand — Néanmoins c'est le salloa AqM

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