I. — JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Sa vie; son caractère. Les « Confessions ». —
Nous avons pour la connaissance de la vie et du caractère de RoussPaU un'- source précieuse : les Confessions. Rousseau s'y e: t raconté ^ui-même avec une sincérité qui ne s arrête pas sur les limites du cynisme : nombre des faiblesses de sa nature et des hontes de sa vie ne nous sont connues que par l'aveu qu'il en a fait Néanmoins, il ne faut se servir des Confessions qu'avec réserve. Rousseau, qui les écrivait à l'àge de cinquante-quatre ans, déclare lui-même que, sur certaim points, ses souvenirs sont incomplets : et, de fait, nou le surprenons souvent en tlagranv délit d'erreur. De plus Flousseau n'a, non plus que tous les autres auteurs d confessions, de mémoires et de souvenirs personnel
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résisté au désir de dire du mal de ses ennemis, de faire sa propre apolog-ie, et de se présenter à la postérité justement dans l'attitude où il voudrait qu'on le regardât. C'est à Genève que Rousseau est né, le 28 juin 1712 : son père était horloger. L'éducation de Rousseau fu.t déplorable, sans suite aucune, et ne contribua pas médiocrement à développer les mauvais instincts dcr sa nature. Abandonné d'abord à lui-même par un père incapable de le diriger, il passa ses meilleures années chez le pasteur Lambercier, chez qui il ne voulut d'ailleurs pas rester Mis chez un greffier, puis chez un graveur, il s'enfuit, mena quelque temps une vie errante et misérable, se convertissant au catholicisme pour quelques louis, acceptant des situations intermédiaires entre celle de précepteur et celle de laquais, et s'en faisant chasser pour vol, trouvant enfin un asile aux Gharmettes, où il profite pendant huit ans d'une ' déshonorante hospitalité. Il arriva à Paris en 1741, à , vingt-neuf ans, n'ayant d'autres ressources que celles I qu'il espérait tirer d'un système nouveau pour la notation de la musique, système qui fut rejeté par l'Académie des sciences II trouva une place de secrétaire auprès du comte de Montaigu, la garda dix-huit mois, et revint à Paris, n'ayant pour vivre que le métier de copiste de musique. Mais il est désormais en relation avec M°" Dupin, Francueil, Grimm, Diderot, M""" d'É* pinay, et un premier succès l'a rendu célèbre : le Discours sur les sciences et les arts, couronné par l'académie de Dijon en 1750. Retiré à l'Ermitage chez M"" d'Épinay, il y commence la Nouvelle Héloïse. En i762, après la publication de VÉmile, un décret de prise de corps ayant été lancé contre lui, il quitte Paris, se réfugie d'abord dans le canton de Neuchâtel, puis en Angleterre, où l'avait appelé David Hume. Rousseau est mort à Ermenonville, chez M. de Girardin, au commencement de Tannée 1778. On a parlé, mais sang preuves, d'un suicide*-
1. LttxamoD du crùnc do Rousseau, lorsque fut ouvert tout récemment (18 «!#
456 LE XVIÎI* SIRCI.«.
La vie de Rousseau est laite d'épisodes revollanis : ses liaisons avec M"" de Warens et M"" d'Houdetot, son union avec Thérèse Levasseur, fille d'auberg-e, ■^ans beauté et sans pudeur; surtout linqualifiable abandon qu'il fit de ses enfants. On ne peut oublier que celui qui, dans VÉmile, a parlé avec tant d'éloquence des devoirs du père de famille, a mis ses, quatre enfants aux Enfants-Trouvés et a parlé de cette action en de? termes qui l'ag-g-ravent encore : « Je m'y déterminai g-aillardement, sans le moindre scrupule. » Ces hontes, qui pèsent si lourdement sur la mémoire de Rousseau ne suffiraient peut-être pas à le distinju^uer de quelques uns parmi ses plus illustres contemporains. Voici ce qui. chez lui, est particulier.
Le trait qui domine dans son caractère, c'est l'imper tance démesurée prise par la sensibilité.
Je n'avais aucune idée des choses, écrit Rousseau, que tous les sentiments m'étaient déjà connus; je n'avais rien conçu, j'avais tout senti. Les émotions conTuscs que jY-piouvai coup sur coup n'altéraient point l.i raison que je n'avais pas encore; mais elles m'en formèrent une d'une autre trempe, et me donnèrent de la vie huukaine des notions bizarres et romanesques dont l'expérience et la réflexion n'ont jamais bien pu me guérir.
Les premières lectures romanesques auxquelles se livra l'enfant, son éducation dépourvue de toute règle contribuèrent encore à développer cette sensibiHté qui ne tarda pas h devenir maladive. Celle sensibilité se traduira plus lard par Torg-uoil excessif, par la sus^ ceplibilité ombrageuse; Rousseau, plébéien ou tout aÇ moins bourgeois déclassé, en veut à une société o^ il ne trouve pas sa place, et éclate contre elle en boi^ tades et en sorties brutales, par une misanthropie quî s'exaspère dans la solitude. Dans les derniers tcmps^ la maladie prit un caractère déterminé et tourna h l^j folie des persécutions. Cette sensibilité pervertie explique la tournure du génie de Rousseau, son éloquence passionnée et paradoxale.
cvoibrc 1807), son cercieil <i6|joté la P«dUi<^o a dftuMiM i& fausfCUS <te tMertion.