‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 143 sur 223 · II. LAMARTINE · texte numérisé non relu

II. LAMARTINE

Sa vie; son caractère. — Le premier en date parmi les grands poètes du xix" siècle, et à qui revient la gloire d'avoir donné le signal du mouvement, c'est Lamartine.

Alphonse de LamaiHine est né à Mâcon le 21 octobre 1790. Son père ardent royaliste, s'était, après la Terreur dont il faillit être victime, retiré dans sa propriété de Milly, près de Màcon. C'est là que le jeune homme fut élevé, au milieu des tendresses de la famille et des émotions douces de la nature qu'il goûta profondément.

J'aimais les voix du soir dans les airs épandues, Le bruit lointain des chars gémissant sous leur poids, Et le sourd tintement des cloches suspendues Au cou des chevreaux dans les bois.

On confia d'abord le soin de son instruction à un prêtre distingué, mais romanesque,' qui eut sur le tour de son imagination une grande iniluence et dont il se souvint lorsqu'il écvWxlJocelyn. Mis au collège de Lyon, puis au séminaire de Belley, il fit de 1res médiocres études. C'esl au sortir du collège qu'il se forma par des lectures faites d'ailleurs au hasard, par la contemplation des choses de (a nature et par la lôverie. En 1814, il enira au service dans les gardes du corps, et le quitta aprèsles Gent-Jours. G*esi on 1820 qu'il publia le-s Méditations. Le succès» tout a fait imprévu, prit aus^^iti'tt des proportions considé-

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rables. En 1821, il est à Florence comme secrétaire d'ambassade. Il publmles iVouvelles Méditations en 1823. Reçu à l'Académie française en 1830, i.' partit, deux années après, pour visiter la Grèce, la Syrie, la Palestine et écrivit au retour son Voyage en Choient. Mais la vie politique l'attirait. Élu député en 1833 sans avoir encore d'idées très nettes, il se rang^ea peu à peu du côté de l'opposition et s'éprit en poète de l'idée démocratique C'est dans cet esprit qu'il publia, en 1847, son Histoire des Girondins. 11 avait contribué fortement à la chute de la monarchie de Juillet; membre du gouvernement provisoire en 1848, il rentra dans la vie privée après les événements de 1851. Sa vieillessse fut triste; pressé par des besoins d\irg'ent, il dut se consacrer à des travaux de librairie indignes de son génie II est mort le 28 février 1800.

Nature aristocratique, avec des dédains et des insouciances d'artiste, Lamartine a transporté la poésie dans la vie réelle, publiant des livres de génie et cherchant d'un autre côté des raisons à sa vanité, faisant de la politique idéaliste et désintéressée, et de toute façon planant au-Jessus des médiocrités de l'existence.

Son œuvre (1). — Son œuvre tient dans quelques livres: car il en faut d'abord éliminer toute une série de productions hâtives et sans valeur littéraire ; ensuite, on a fort bien dit que, si Lamtu'line est un poète degénie, ce n'est pas un artiste de talent. Lui-même s'est défini « un amateur » en poésie. Aussi, lorsque l'inspiration vient à faire défaut, il ne sait pas, comme d'autres, /a remplacer par les habiletés de la facture. Mais il suffirait, pour faire de Lamartine le maître de la poésie mo-« iernc. du recueil des Premières Méditations.

t. Voici la liste des principales œuvres do Lamnrlinc :

Méditations poétiques (1820); — Nouvelles Méditations (1823) ; — Le Chant du SîcredSÎS); — Harmonies (1829); Voyage en Orient (18J5) ; — Jocelyn (1836),

— 1^ Chute d'un ange (1838); — liecueillemrnts poétiques (1839); — Histoire 'tes (iirondtns {iUl) ; — TVoii mois au pouvoir (1848); — Histoire delà Révolution de Février (1849); — Confidences (1849); — Toussaint' Louverture (1850);

— Nouvelles Con/Wc»«s (1851); — Geneviève (\fH\); — Le aitleur de pierres de Saint Point (1851 ) ; — Graiiella (185Î) ; — fiistoiredc la licstauration (1851i663); — Cours familier de littérature (1856).

LA POÉSIE. in

C'est sans prétentions et en se jouant que l'auteur les avait composées : à peine son geait-il à la publication. II avait seulement voulu donner leur expression à quelques émotions profondément res^ enties. Or c'est justement par là que le livre fit révolution. On y trouve réunies toutes les qualités qui avaient manqué aux versificateurs du siècle précédent pour être des poètes lyriques. Ceuxlà faisaient indifféremment et sur tous sujets des vers sonores où ne passait rien de leur âme ; c'est de luimême que Lamartine nous entretient. Ils étaient restés étrangers à cette source la plus élevée de l'inspiration, la foi religieuse; Lamartine célèbre les émotions du croyant (La Prière; la Foi; Oieu; le Chrétien mourant) ; il célèbre l'amour sérieux et profond. (Xe Lac)^ la nature (L'Automne). — Tous les sentiments dont vit la poésie lyrique venaient de rentrer dans la littérature.

C'est dans le même sys'fème que Lamartine a composé les Nouvelles Méditations, les Harmonies poétiques et religieuses, les Recueillements. Il a essayé, dans Jocebjn^ d'écrire une sorte d'idylle épique qui, en dépit de l'étrangeté du sujet, contient d'admirables épisodes. La Chute d'un ange est un essai de poésie philosophique. Dans ses écrits en prose, Lamartine conserve la pureté de la forme, et on peut dire qu'il y reste poète. Ses discours poHtiques sont le développement d'idées générales et de chimères généreuses; son Histoire des Girondins est tout en prétendant à un mérite d'un autre genre, un des chefs-d'œuvre du roman historique.

Son génie. L'écrivain. — Le génie de Lamartine n'a pas la souplesse et la var? été : c'est dans l'expression très pure de sentiments toujours élevés qu'il triomphe, Il a l'inquiétude des grands problèmes de la destinée humaine :

Plus je sonde l'abîme, hélas t plus je m'y perds. Ici-bas la douleur à la douleur s'enchajiie, Le jour succède au jour et la peine à la peine. Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieu: Soit que, déshérité de son antique gloire. De ses destins perdus il gardo la méuioirei

Sou 'yue de ses désirs l'iinaiense profondeur Lui pI•és..•»^e de loin sa future grandeur, Imparfait Ou déchu, Ihouime est le grand mystérr Dans la prison des sens cuchfilné sur la terre, Esclave, il sent un cœur né pour la liberté ; Malbeui 3UX, il aspire à la félicité, il veut sDuder le monde et son œil est débile; 11 veut îinier toujours; ce qu'il aime est fragile.

La solutio 1 qu'il apporte à ces questions est marquée au coin d'ur double idéalisme, platonicien et chrétien Lamartine a lui-môme défini très heureusement le caractère de sa poésie qui consiste à mêler à toutes les impressions les sentiments de l'infini, à retrouver Dieu partout. Il écrit : « Quelle qu'ait été, quelle que puisse être encore la diversité de ces impressions jetées par la nature dans mon âme, et par mon àme dans mes vers, le fond en fut toujours un profond instinct fie la Divinité dans toutes choses ». — Et ailleurs : « Ce sentiment naturel, constant, passionné de la présence, de lag-iandeur, de l'ubiquité de Dieu, est la base fondamentale de cet instrument que la nature en me formant a mis dans ma poitrine ».

Poète de la nature, Lamartine a compris l'àme des choses plutôt qu'il n'a essayé d'en reproduii'e le relief et la couleur. Il aime surtout ces heures crépusculaires ou cette saison d automne dont les aspects accompagnent délicieusement la rêverie. Et sa pensée sans objet fixe se perd en (les nuances non définies et que lui seul a su traduire :

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne, Au coucher du soleil, tristement je m'assieds. Je promène ai hasard mes regards sur la plaine Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Mais à ces doux tableaux mon &me indilléroiite N'éprouve devant eux ni charme ni transports...

Que me font ces vallons, ces pai.iis, les cbfiumières, Vauis objets dont pour moi le charme est envolé? Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé,.

LA POÊSIK 49Ç

Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore, Vague objet de mes vœux, ui'<Mancer jusqu'à toi? Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore? Il n'est rien de couiuiun entre la terre et uioi.

La limpidité de la forme, l'harmonie de la versification, ce sont chez Lamartine les qualités de l'écrivain. Mais il les a portées à un plus haut point qu'aucun poète. C'était, chez lui, l'efTet d'une facilité sans exemple. Lui seul a répandu, sans effort, sans travail, sans retouches, des strophes parfaites pour le dessin comme pour la so^ norité. Mais cette même facilité lui a été nuisible : elle est coupable des négligences, des expressions vagues, des rimes pauvres qu'on trouve jusque dans quelquesunes des meilleures pièces de Lamartine.

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