Domr^iiro
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des Satires où il se proclame le défenseur des « vieilles mœurs », après des Foresteries et des Idillies où il nous conte souvent ses aventures personnelles sans oser se désigner lui-m^'me autrement que par le pseudonyme de « Phuanon », il écrivitunouviage très important pour l'histoire littéraire. Ce fut VArt poétique, commencé probablement en 1574 et terminé en lôOo.Troischants et trois mille cinq cents vers suffirent péniblement h. Vauquelin pour exposer ses théories. Toutefois, dans ce livre mal écrit et mal composé, nous voyons un admirateur de Ronsard ne point se contenter des idées émises par la Pléiade. 11 désire qu'à l'imitation des auteurs latins ou grecs on ose associer celle des anciens auteui^s français. Il demande qu'on substitue au tan tque possible le merveilleux chrétien à celui d'Homère et de Virg-ile. Il fait do notre littérature nationale, vers laquelle il essaie de ramener l'atlention, un historique parfois incomplet mais souvent fort exact; et l'on peut regretter que Boilcau n'ait point consulté sérieusement VArt poétique de son devancier; nous n'aui'ions point à lui reprocher un si grand nombre d'inexactitudes on d'oublis.
iV. — l-i: THKATKE DE «îiyO A 1600.
La tragédie. Jodelle. La <• Cléopâtre ». — Lr
théâtre est l'un des principaux genres dont l'école de Ronsard réclamait la réforme. Etienne Jodelle eut le mérite de composer la première tragédie et la première comédie imitées de l'anlique.
C'était un jeune homme de vingt ans (né en 1532), doué d'une facilité merveilleuse qui fit illusion. Accueilli à la cour, favorisé par In .seconde Marguerite, sœur do Henri II, Jodelle a rang de poète officiel. Mais il ne sait pas diriger son talent ; il est apte h tout et ne s'arrête à rien, il se disperse. Une vanité insensée est l'un des traits de son caractère. Il disait : « Un Ronsard a le dessus d'un Jodelle le matin, l'après-dîner un Jodelle l'emportera sur Ronsard. » Cette excessive confiance en soi lui allira de graves désagréments, et le rendit ridJoAJle.
Déréglédans sa viecommedansson talent, ilmourutàquarante et un ans (1573), non de faim, mais de ses désordres. Il avait imputé sa détresse au roi dans un sonnet dont on a retenu ce beau vers :
Qui se sert de la lampe, au moins de l'huile y met.
En toute justice, il ne devait accuser que lui seul.
C'est en 1552 que Jodelle fit jouer devant le roi sa Cléopâtre. La représentation eut lieu à l'hôtel de Reims, et ensuite dans la cour du collège de Boncourt, toutes les fenêtres servant de loges et la cour de parterre. Jodelle et ses amis, Jacques Grévin, Nicolas Denisot, RemiBelleau, La Péruse, étaient les acteurs. Après la représentation, ils célébrèrent à Arcueil une fête d'un caractère tout à fait archaïque. On amena un bouc en grande pompe. C'était une fantaisie d'érudits. Les ennemis de Ronsard voulurent y voir une démonstration de paganisme, et le chef de l'école dut rétabUr la vérité dans son éloquente Réponse aux injures et calomnies de je ne scay quels prédicantereaux et miîiistreaux de Genève.
Système dramatique. — Dans cette pièce et dans celle qui la suivit. Bidon se sacrifiant (1555), il ne faut chercher aucune des qualités proprement dramatiques. Jodelle ne sait ni nouer une intrigue, ni faire sortir les scènes l'une de l'autre. Une brève analyse le fera facilement comprendre. Après que l'ombre d'Antoine a raconté les malheurs qui ont terminé sa vie, Cléopâtre recommence la même narration (Acte I). Octave discute ensuite avec ses confidents sur le sort qu'il doit réserver à la reine d'Egypte, et il décide de la traîner derrière son char de triomphe (Acte 11). Cléopâtre, informée de cette résolution, s'efforce d'attendrir le vainqueur; mais elle s'interrompt dans ses prières pour battre un de ses familiers qui a révélé la cachette où sont enfouis ses trésors (Acte III). Enfin, désespérant d'obtenir des conditions honorables, elle s'encourage à la morl^Acte IV), et bientôt nous apprenons le suicide de la fille des P'olé-
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mées (Acte V). De longues scènes et des discours emphatiques, séparés par quelques chants du Chœur sur des lieux con)muns de morale, voilà toute la tragédie de Jodelle. Les caractères nont pas de vie, le style est médiocre, le système de versification incertain. Pourtant la Clénpâtre est une date. Nous avions jusque-là des traductions de pièces latines et grecques : XaCléopâtre est la première pièce imitée librement et destinée à la repi'ésenlation. Jodelle a trouvé la forme qui restera, en dépit des modifications de détail, la forme delà tragédie classique: la division par actes, les récits, les monologues, le dialogue par antithèses, les chœurs, les vers de douze syl'abes. Sur beaucoup de points, la tradition est fondée.
C'est Sénèque bien plutôt que les Grecs qu'imitent les écrivains du xvi" siècle : ils ont été portés vers le dôclamaleur latin par le goût des développements oratoires et des sentences morales. Cette origine pèsera sur l'Iiisloiie de la tragédie française. Enfin avec les exemples de Sénèque, nous voyons déjà au xvi" siècle invoquer l'autorité d'Aristote et formuler la fameuse règle des trois unités. Néanmoins le système dramatique diffère, sous bien des rapports, de celui qui jirévaudra plus tard. La tragédie ne s'occupe pas encore d'étudier les passions, et ne fait pas consister Tintérèt dans la solution d'un problème moral. Elle est plutôt l'exposition d'une situation pathétique. Lorsque cette situation a été suffisamment développée à l'aide des monologues et des récits, l'au leur conclut parla nairation du cinquième acte. De plus la tragédie n'est pas encore arrivée à dégag» i l'élément purement dramatique : elle est imprégnée de lyrisme.
Robert Garnier. — Ce système est celui qu'ont applirpjé, avec plus ou moins de bonheur, Jean de la Péruse Juns sa Médèe (1553), Jacques Grévin {Moj't de César, 1500), Jacques de la Taille [David et la Mort d'Alexandre, i^2), Jean de la Taille [Saill le Furieux et Les (îabaonites, 1571), le conseiller Pierre Matltieu [CAytemnestre, 1580 ; Esther, 1.585; Vasti, 1589 ^Aman, 1589). Mais il nous faut ari-iver à Robert Garnier pour trouver
un auteur dramatique digne de ce nom. Ce n'est pas par aventure que celui-ci s'est essayé dans la trag-édie. 11 a tourn»:^ uniquement de ce côté l'elTort d'un beau g-énie.
Garnier (1535-1601) était un magistrat, lieutenant général à la sénéchaussée du Maine. Il fut mêlé aux 'guerres civiles, et sa vie semble avoir été cruellement agitée. Ses pièces furent-elles représentées? Il est impossible de l'affirmer, quoiqu'il semble difficile d'expliquer autrement sa persévérance dans un genre qui s'adresse au public.
Garnier a laissé huit tragédir s. Trois sont empruntées à la source latine {Porcie, Cornélie, iM arc- Antoine). Elles doivent à Lucain tout ce qu'elles ne doivent pas à Sénèque. Trois sont imitées du gre [Hlppolyte, la Troade^ . \ ntigone). Elles ont plus de mouvement et de simplicité. Mais Garnier a toujours été en progressant. Ses deux dernières pièces sont de beaucoup les meilleures. Bradamante est une tragi-comédie, 'est-à-dire une tragédie à dénouement heureux, la première qui compte parmi les pièces curieuses auxquelles a donné lieu ce genre in- 'ermédiaire.Le sujet est cette fois emprunté de l'Arioste : Jarnier s'est heureusement inspiré de son modèle. Il y a ici tout ce qu'on trouve si rarement dans le théâtre du xvi« siècle : de l'action, des scènes habilement variées, du piquant dans les dialog-ues, des caractères au moins esquissés, des détails d'observation personnelle sur l'homme et sur la société. Enfin les Juives sont le chefd'œuvre de Garnier et de tout le théâtre contemporain. Le sujet est emprunté à l'histoire religieuse. Le pathétique de la situation, l'éclat de certains tableaux, le souffle des morceaux lyriques, l'émotion rehgieuse très sincère, tout un ensemble de (pialités rares, fait qu'on a pu, sans trop exagérer, voir dans cette pièce un premier rayon à Est lier et d'Athalie.
Garnier est un écrivain. Ronsard a loué son « parier haut ». Le style en effet est chez lui excellent. Il a l'éloquence, la force, le trait : c'est le premier modèle du style qui convient à la tragédie. Les chœurs sont d'un poète lyrique qui a le sentiment de l'harmonie et la
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science du rythme. Garnier est le véritable ancêtre de nos grands poètes tragiques. Si c'est Jodello qui a tracé le cadre de la tragédie, c'est Garnier qui a montré comment on pouvait le remplir.
Montchrestien. — Antoine de Montchrestien (1575- 1621) appartient à la môme école et conçoit la tragédie précisément de la même façon que Garnier. Sa vie est plus dramatique que son théâtre. Fils d'un apothicaire appelé Mauchreslien, orphelin de bonne heure, il tua en duel un gentilhomme et dut se sauver en Angleterre Rentré en France, il se môle aux agitations protestantes lève des troupes pour le compte du duc de Rohan, ot meurt dans une escarmouche en 1021.
Il a composé sept pièces, dont deux seulement sont empruntées à l'antiquité : la Car t/iayinoi se {Sophon'ishe) et les Lacènes ; trois à l'histoire religieuse : Aman, Dnvid^ Susanne;une Bergerie, et son chef-d'œuvre : V Ecossaise. Cette pièce dédiée à Jacques I", a pour sujet la mort do Marie-Stuart. L'auteur a su donner à I^]lisabeth son vrai caractère, hésitant plutôt que sanguinaire, et la montrer obéissant à la raison politique plutôt qu'à la haine. Il mis de beaux vers dans la bouche do la reine d'Éco.sse résignée h mourir.
Ouvrez-vous donc, ô cieux, recevez en ce lieu Un esprit tout brûlant du désir de voir Dieu : Et vous, anges tuteurs de nos âmes fldèles, Déployez dons le vent les cerceaux de vos ailes Pour recevoir la mienne en vos bras bienheureux.
Montchrestien a moins de force que Garnier ; mais il a de la sensibilité, de la giâce. Gorneillo et Racine avaient étudié son théâtre et s'en sont souvenus.
La Comédie; 1' « Eugène » de Jodelle. — C'est encore à Jodelle que -^tous sommes redevables de U premi bre comédie. Ainsi que l'écrit Ronsard :
Jodelle le premier d'une plainte hardie Françoj'senieiit chanta la grecque tragédie Puis, en changeant de ton, chanta devant no« vàu La jeune comédie en langage françoys.
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L'^i^/y^w-^ faisait partie do cette représentation de 1552, à laquelle assista Henri II. Mais c'est ici qiio la Renaissance innove It; moins. Ij'Enghie n'est au fond qu'une farce, /a matière comique est celle qu'avait exploitée tout le moyen âge : mauvaises mœurs d'un riche abbé, inconduite des femmes. La seule nouveauté est toute extérieure : la division en actes, l'emploi de l'alexandrin aux premier et quatrième actes. '
Larrivey. — Il faut passer à côté de pièces agréables : la Trésorière de Grévin (1560), la Reconnue de Belleau (1563), pour arriver à un écrivain novateur, Pierre Larrlvey. Gomme beaucoup de ses contemporains, Larrivey est un personnag-e fait de contrastes. Prêtre et chanoine, il mena une vie exemplaire, composa des écrits de piété très édifiants, et publia des contes licencieux et des comédies non moins libres.
Larrivey est d'origine italienne. Son nom est la traduction du mot Giunto (arrivé). Chacune des neuf pièces dont se compose son théâtre n'est, tout aussi bien, qu'une traduction libre des italiens Razzi et Grassini, Dolce et Buonaparte {le Laquais^ la Veuve^ les Esprits, le Morfondu, les Jaloux, les Escholiers publiées en 1579; Constance, le Fidèle, les Tromperies, 1611). De cette imitation de l'Italie sont venus des éléments nouveaux. D'abord la complication de l'intrigue. La farce n'était qu'une situation comique avec quelques jeux de scène : l'Italie nous enseigne l'imbroglio. Ensuite l'habitude d'écrire en prose. Les farces sont toutes en vers de dix syllabes. Larrivey est un des premiers qui écrive des comédies en prose. Larrivey a donc ce mérite d'avoir transformé la comédie encore trop rapprochée de la farce avec Jodelle, en y mêlant des éléments empruntés à l'Italie. En outre sa langue est excellente, nette et vive, toute relevée de locutions populaires. G'esl par là qu'il apu servir à Molière, qui s'inspira d'ailleurs pour V Avare et quelques autres comédies, de certains passages des Esprits, de la Veuve et du Laquais.
Ces cinquante années sont donc pou' le théâtre une période de préparation. La tragédie ne prend pas entière-
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meut conscience de sa ualure, elle rcsle embarrassée d'élément? lyriques. Dans la comédie, l'intrigue ( pauvre et les caractères sont faiblement tracés. Mais do î'up et de l'autre côté une voie a été ouverte, le genre» est créé,
RÉSUMÉ
60. Ronsard est le chef d'une école nouvelle qui prenc le nom de Pléiade.
6i. Du Bellay en a rédig-é le programme dans - « Deffenee et Illustration de la langue françoise » (1549). Il veut qu'on substitue aux grenrestrop minces de notre poésie les g-enres renouvelés de l'antique. 11 d» mande qu'on enrichisse la langue, mais en usant de mots purement français. Du Bellay a le tort de croire que,, le développement d'une lang-ue est chose àrbitraire^JI que la poésie doit s'adresser à un petit nombre de Ir leurs. Néanmoins cette réforme va préparer la naissance de notre poésie classique.
02. Pierre de Ronsard (1524-1585) a joui surtout sous le règne de Charles IX, d'une immense réputation. Ses « Odes « et sa « Franciade » n'ont que de belles parties. II a pourtant le premier donné l'idée de lo grande poésie : sa lang-ue très française a de lacouleui et de réclat. Il manie vig-oureusement l'alexandrin : il emploie des rythmes variés et harmonieux.
63. Joachim du Bellay (1525-1 5C)0) arrive à l'on,:: nalité à mesure qu'il s'écarte des promesses de son ma nifeste. Dans les « Regrets », il donne le modèle de la poésie intime
64. Antoine de Baïf (1532-1589) réussit dans la tr ducUon, et dans la poésie familière des « Mimes ». 11 esl
lA PLÉIADE. LE THÉÂTRE. 125
Surtout connu pour avoir tenté d'introduire un syslèmo de vers mesurés à l'antique.
65. Rémi Belleau (1528-1577) est un poète descriptif dans les « Pierres précieuses », et champêtre dans la « Bergerie ».
66. Du Bartas (1544-1590), poète protestant, obtient un g-rand succès avec la « Semaine », œuvre énergique déparée parle mauvais goût et les excès.
67. D'Aubigné (1550-1630), poète et soldat, a des passag-es superbes dans ses « Tragiques » (1577), mé' lang-e de satire et d'épopée.
68. Desportes et Bertaut sont« retenus » parce qu'ils sont faibles : ils imitent servilement l'Italie; leur poésie stérile et maniérée appelle une réforme. Vauquelin de la Fresnaye sent d'ailleurs la nécessité de o,ette réforme et, dans son « Art poétique », tout en restant l'admirateur de Ronsard, il émetdes idées absolument neuves et donne sur notre vieille littérature nationale des renseig-nements dont aurait pu profiter Boileau.
69. Pour le théâtre, la Pléiade a voulu de même, aux genres usités au moyen âg-e, en substituer d'autres imités de l'antiquité. C'est Jodelle (1532-1573) qui a donné la première tragédie, « Cléopâtre » en 1552.
La forme extérieure de la trag-édie est trouvée : division en cinq actes, vers de douze syllabes, monolog'ues, récits, chœurs. On imite Sénèque plutôt que les Grecs; la trag-édie est oratoire et sentencieuse. Elle est en outre lyrique, et contient non pas la solution dialoguée d'un problème moral, mais l'exposition d'une situation pathétique. C'est par là qu'elle dillère de la tragédie du Kvn* siècle.