‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 56 sur 223 · II. — VOITDRE · texte numérisé non relu

II. — VOITDRE

Sa vie. Le familier des grands. — Il est d'usage de rapprocher Balzac de Voiture, les dates le veulent ainsi : c'est un rapprochement par contraste. Tandis que Balzac se confine dans la monotonie de son existence solitaire et de ses procédés oratoires, Voiture alerte et sémillant vit à Paris au milieu de la société élégante dont il fait les délices, et n'a d'autre prétention que d'être le plus agréable diseur do riens. Il a tout sacrifié au plaisir de la vie mondaine et aux satisfactions d'une gloire de salon ; il y a sacrifié jusqu'aux qualités sérieuses qui étaient en lui, et jusqu'à la repu* tation de meilleur aloi et plus solide où il aurait pu prétendre.

Vincent Voiture est né en 1598 à Amiens, d'un père marchand de vins. On prétend sans preuves qu'il rougit plus tard de son origine : en agissant ainsi Voiture aurait mécormu son plus réel titre do gloire. Kn ellet, ce don nous devons être reconnaissants à Voiture, c'est d'avoi su par le seul mérite de son esprit suppléer à la naissance et à la fortune, et s'introduire auprès des grands : il a fait à la valeur intellectuelle sa place dans les salons et «Jans le monde. Plus tard les écrivains, maîtres de l'opinion et de la société, exerceront une sorte de royauté littéraire : Noiture en a rendu possible l'avènement. Seulement ii ne faut pas se méprendre sur le rôle que joue Voiture dam kl société de son temps. Il fonrlo la dignité de Ihomni

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de letti\iâ : c'est dire que cette dignité en esi à ses débuts, iû qu'il lui arrivera de se compromettre en plus d'une aventure fâcheuse. Que Voiture ait ou n'ait pas été berné, parce qu'un jour il n'avait pas su amuser M"^ de Bourbon, il reste toujours que Voiture faisait personnag-e d'amuseur. C'est à ce titre qu'on l'accueillait: « Savez-vous, disait un des hôtes de M"»® de Rambouillet, que ce Voiture a bien de l'esprit? — Mais, monsieur, pensiez-vous que c'était pour sa noblesse ou pour sa belle taille qu'on le recevait partout? » On l'invitait pour qu'il eût de l'esprit devant le monde. Si l'on veut y regarder de près, on verra qu'il entre beaucoup de dédain dans l'estime qu on fait de Voiture. On a pour lui des indulgences qui sont insultantes. « Si Voiture était de notre condition, disait M. le prince, il n'y aurait pas moyen de le souffrir. » Voiture se venge en usant à l'excès de ces libertés qu'on lui laisse. On cite de lui toutes sortes d'impertinences. « Et ma foi, ajoute Tallemant qui nous les rapporte, c'est le vrai moyen de se faire estimer des grands seigneurs que de les traiter ainsi. » Toujours est-il qu'il faut marquer avec précision celte nuance : on ne traite pas Voiture ni l'homme de lettres en égal. Ce n'est pas encore Tamitié, ce n'est que fa familiarité.

Voiture vint à Paris fort jeune, et des vers qu'il adressa à Gaston d'Orléans lui valurent une charge de contrôleur chez ce prince. Ses rapports avec Gaston tiennent une grande place dans sa vie: il suivit son maître dans ses aventures et lui rendit d'importants services. Gaston s'étant révolté en 1G32, Voiture traverse la France en partisan; il passe à l'étranger, et reste un an à Madrid chargé d'une mission auprès du comte d'Olivarès. Il y a en Voiture un diplomate et un bon intendant, et il faut regretter qu'on ne nous ait conservé que ses lettres frivoles, et point sa correspondance sérieuse. De Madrid Voiture passe h Londres, à Bruxelles. Kn 1634 seulement il rentre en France. Vers 1635 il fait sa paix avec Richelieu. C'est alors qu'il écrit sa lettre sur la prise

€ Corbie, si dilférente de toutes les autres lettres du

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recueil. Il y fait preuve de raison, de sagesse, de clair- Yoyance. Au cœur des événements, alors que la politique de Rich3lieu n'avait pas encore porté tous ses fruits, Voilure la juge avec un coup d'œil d'une sûreté parfaite. Voilure nnourut (iG48) alors que la société de riiùtcl de Rambouillet commençait à se disperser. On a dil que c'avait été son plus grand trait d'esprit, de mourir à temps.

Voiture à l'hôtel de Rambouillet. Ses « lettres ». — C'est ù l'hôtel de Rambouillet qu'il faut chercher Voiture: il en est l'hôle assidu. Il est la plus exacte expression de cette société: il a trouvé le ton et le genre qui lui convenaient. Les lettres qu'on trouve dansT/ls^/'^f sont d'une langue et d'un style qu'on croirait déjà de Voiture. Mais il y a une différence capitale : tandis que les correspondants de VAsfrée sont sérieux. Voiture, et c'est son charme, ne prend pas au sérieux ce qu'il écrit. Il plaisante, et sa plaisanterie est élégante. Il pratique l'ironie, et cette ironie n'est pas méchante. Il sait garder cette nuance souvent insaisissable : il a le sourire io l'homme de bon goût et de bon ton. II badine. Le pro« cédé est nouveau, et la création, si mince soit-elle, en revient ù Voiture,

Dans cette lettre fameuse de la berne, quelle est la part de la réalité? où commence l'invention? C'est la fantaisie qui môle ainsi la fiction et la vérité. Or la fantaisi^^ chez Voiture est toujours éveillée, prête à protUcr de lou? les incidents et à exécuter sur n'importe quel thème d'ingénieuses variations. C'est une fête dont il nous donne le récit en y ajoutant toute sorte d'épigrammes et de sous-entendus. C'est une rencontre de brigandgjj qui lui fournit matière à un tableau plaisamment sombre. Il envoie à M"" de Rambouillet un recueil ie Callot et il le fait précéder d'une lettre sous le nom de ce gra veur. Au duc d'Enghien après le passage du Rhin il écrit la lettre de la Carpe à son compère le Brochet. Aussi est-ce se placer à un point de vue très défavorable pour juger Voiture, que de lui demander compte de 1 VîJeur absolue do chacune de ses lettres. Ces lettre

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n'étaient pas faites pour être lues isolément Elles ne servent souvent qu'à accompagner un divertissement inventé pai Voiture; le divertissement est le principal, et la lettre n'est que l'accessoire. Un jour, des nommes Jéguisés en Suédois remettent à Julie, grande admiratrice (le Gustave-Adolphe, une lettre signée de ce prince. La lettre était de Voiture, le déguisement était aussi de lui. Voilà ce qui amusait, et voilà aussi pourquoi nous ne retrouvons pas dans ces lettres le plaisir qu'y ont prii les contemporains. Ils admiraient l'homme du monde è. l'imagination fertile et divertissante. Nous ne jugeons que l'écrivain spirituel; or l'esprit ne résiste pas au temps.

Voiture n'avait pas publié une seule ligne de son vivant. Il disait: « Vous verrez qu'on aura la sottise de publier mes œuvres. » Son neveu, Martin Pinchêne, fit ia sottise en 1649. Mais Voiture est un homme heureux. Même après sa mort, sa réputation lui survit : Boileau le mettra encore à côté d'Horace. Gardons-nous donc de contester le mérite de ses écrits, parce que nous ne sommes plus en état de le goûter : c'était encore faire accomplir un progrès à la prose, que de lui enseigner l'urbanité, le tour galant et imprévu.

m. DESCAflTES.

Sa vie. — Si nous nous occupions de suivre le progrès des idées, et d'apprécier chaque écrivain d'après la vigueur de son esjfrit, nous nous ferions scrupule de rapprocher de Balzac et de Voiture, ces artisans de mots, un penseur dont l'influence a été si considérable sur le monde moderne ; mais nous n'avons en vue que la constitution de la prose française, et nous n'étudions loeuvrc de Descartes que dans l'influence qu elle a eue sur le développement de la langue et de la littérature.

René Descaries est né à La Haie en Touraine (1506). Mis au collège des .Jésuites de La Flèche, il y fit avec un succès qu'il constale lui-même, et peut-être avec plus de goût qu'il ne l'avci-e, le cours d'études alors en usQjre. ,

« Je ne voyais point, dit-il, qu'on m'estimât inférieur à mes condisciples. >» 11 étudia ainsi les langues anciennes, la mythologie, l'histoire, IV^loquence, la poésie, les mathématiques, la morale, la théologie. 11 ne se contenta pas môme de cet enseignement, il parcourut « tous les livres traitant des sciences qu'on estime les plus curieuses et les plus rares, qui avaient pu tomber entre ses mains »• Le résultat de cette investigation en tous sens ne fut pas favorable à la science qui se trouve dans les livies, et il sembla à Descartes qu'il n'en avait retiré d'autre profit que de sentir mieux son ignorance.

« C'est pourquoi, écrit-il, sitôt que l'âge itie permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs, je quittai entièrement l'étude de» lettres, et, me résolvant de ne cherriier plus d'autre BCiehce que celle qui se pourroit trouver en moi-même ou bien dans le grand livre du monde, j'employai le reste de ma jeunesse à voyager, & voir des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses humeurs et romlitions... »

Descartes a seize ans; il vient d'abord à Paris, puis sert successivement dans les armées de Mnuiice de Nassau et du duc de Bavière. Il voyage en Allemagne, en Suède, en Danemark, en Hollande. En 1G28, il est au siège de La Rochelle. L'année suivante il se fixe en Hollande où il est attiré par un air qui lui semble meilleur que celui de France, et aussi par l'espoir de trouver pour ses doctrines plus de liberté. Après vingl ans de séjour en Hollande, il cède aux sollicitation^ de Christine qui l'appelait auprès d'elle à Slockholmij Le climat le tua (l(i50).

L'homme. — Toute la vie de Descartes s'(5xpliqu< pari'elîort d'une pensée qui veut rester maîtresse d'eikv même et n'étr« détournée par rien de son objet : la découverte de la vérité. Après s'être mêlé aux hommesJI Descaries constate qu'il y a dans leurs mœurs « quasr' autant de diversité qu'entie les opinions des philosophes '». Aussi prend-il la Ksolution de n'étudier plus qu'en lui-même, à l'aide de la seule raison C'est do cette façon qu'il arrive enfin h trouver ce fond solide su'* lequel il pourra bâtir. En 1019, il se trouvtiil en AUûgJ

mag-ne : « N'ayant par bonheur aucuns soins ni pa» sions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle où j'avais tout loisir de m'entretenir de mes pensées. » C'est L\, qu'il eut sq révélation : la nuit du 10 novembre est restée célèbre comme la fameuse nuit de Pascal. Désormais assuré qu'il a trouvé le chemin qu'il doit suivre, il n'admettra plus que rien vienne le distraire de l'application de sa méthode : de là l'impatience avec laquelle il supporte Jes objections ; de là le soin jaloux qu'il met à se séparer du monde, et à s'enfermer dans sa pensée. Pendant les ving-t années qu'il passe en Hollande, il change sans cesse de résidence, afin de se soustraire également aux recherches de ses amis et de ses ennemis. 11 s'est imposé un régime de vie accommodé à ses études, mangeant peu, réglant son appétit et son sommeil, il fait au corps sa part, pour que le corps ne vienne pas à la réclamer et à la prendre plus large qu'il ne convient pour un philosophe : l'ascétisme d'un Spinoza est dangereux pour la liberté même de l'esprit, et c'est grâce au juste équilibre de toutes les fticultés de l'être que l'esprit arrive au plein développement de lui-même. La santé, le silence des passions et la solitude ne suffisent pas : il faut enoore qu'il s'y joigne l'absence des préoccupations et des inquiétudes. Descartes sacrifie à ce repos nécessaire jusqu'au succès immédiat de quolquesrunes de ses idées. Il ne publia pas son Traité du monde, "^paroe qu'il y soutenait les théories de Galilée qui venaient d'être condamnées : cette prudence ne feit pas tort au caractère de Deseartes, et nous ne pouvons reprocher au philosophe d'avoir pris ses sûretés pour que rien ne vînt le troubler dans le laborieux elfort de sa pensée.

Le « Discours de la méthode ». — C'est dans le Dheoiirs de la méthode que Deseartes a donné le résumé, et pour ainsi dire lancé le manifeste de sa philosophie. Le premier titre auquel il avait songà indique bien son intention : « Projet dHme science uae verselle qui puisse élever notre nature à son plus haut

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degré de perfection. » Descartes abandonna ce titre sur le conseil du Père Mersenne, et en KVÎ? paru! le « Discours de la métïfode pour bien conduiie sa raison et cherche, la vérité dans les sciences, plus la dioptrique, les météores et la géométrie qui sont des essais de celte méthode ».

La méthode nouvelle tient toute entière dans les quatre règles formulées par Descartes :

« 1° Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle...

« 2° Diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu'il se pourrait...

« 3° Conduire par ordre mes pensées en commençant par les objets les plus simples.

« 4° Faire des dénombrements entiers. »

Descartes a donc trouvé le critérium de la certitude : c'est Tévidence. Cette marche qu'il fera suivre à son esprit, c'est l'analyse. Sa méthode est la méthode dee mathématiques appliquée à la philosophie.

Sûr de l'efficacité de cette méthode, Descartes rejette tout secours étranger, il doute volontairement de toutes les idées qu'il tient de l'éducation, de toutes les données qu'il tient de l'imagination et des sens (doute méthodique). Il reste une affirmation à laquelle il ne peut étendre ce doute universel, c'est que pour douter, et pour penser sous doute, il faut tout au moins qu'il existe. « Je pense, donc je suis. » Voilà donc une première réalité, aperçue directement par la pensée : c'est celle de l'âme distincte du corps.

Mais poursuivant cette analyse intérieure. Descartes trouve en lui l'idée d'un être parfait. Cette idée ne peut lui venir ni de lui-même, ni du monde extérieur : elle vient donc d'un être réel qui est Dieu.

Passant ù la physique, Descartes expose des doc- il trines dont une science jilus avancée a fait justice [esprits animaux, automatisme des bétes). Mais en donnant une démonstration nouvelle de ces deux prmcipes sur lesquels repose le spiritualisme, l'immatérialité de rame et l'existence de Dieu, surtout er se fondant) sur la seule raison pour l(>s découvrir à nouveau,

Descartes avait affranchi la pensée, et ouvert la voie h la. philosophie moderne.

L'importance du Discours de la méthode au seul point de vue littéraire est aussi considérable. En même lemps que la pensée échappait à la scolastique, la philosophie faisait son entrée dans la société et dans la littérature. C'est à la suite de Descartes et en profitant de son exemple que Bossuet pourra écrire sa Connaissance de Dieu et de soi-même, Malebranche sa Recherche de la vérité, Fénelon son Traité de l'existence de Dieu, et plus tard Leibniz, pour écrire ses Nouveaux essais sur l'entendement, choisira la langue française. C'est que Descartes avait créé cette langue philosophique qui, en dépit d'essais antérieurs, n'existait pas "ncore en France.

Le mérite qui nous frappe d'abord dans ce Discours, c'est l'aisance parfaite avec laquelle Descartes expose ses idées. Cet ouvrage contient en germe la philosophie de plusieurs siècles : or il suffit à Descaries de quelques pages. Il n'a pas même besoin d'une terminologie spéciale, il s'exprime dans la langue de tous, dans une forme accessible à ceux qui sont le moins préparés aux choses de la spéculation. Cette faciUté du style ne coûte d'ailleurs à Descartes aucun sacrifice • sa pensée est ici tout entière exprimée avec autant de rigueur que de simplicité.

Mais ce n'est pas seulement de la langue philosopîiique que Descartes offrait le premier modèle; il donnait aux auteurs d'oeuvres purement littéraires une leçon de rhétorique, qui pour aller contre les enseignements de Balzac n'en était pas moins profitable. La forme avec Balzac restait vide, Descartes répudie tous les ornements factices : avec lui la phrase ne sert plus qu'à l'expression exacte de la pensée. Il y a ici équilibre entre l'idée et son expression qui n'y ajoute rien, mais qui est capable de la rendre toute entière. Cet équilibre exact entre l'idée et la forme est précisément la marque distinctive de la prose classique. Lç Discours de la méthode en est le premier exemple.

Influence cartésienne. — Le succès du cartésianisme va être universel. Si Descartes est combattu par les jésuites, il ne compte que des amis à l'Oratoire qui lui fournira son principal disriplo, le Père Malebranche ; à Port Royal, où Nicole, Arnnuld, Pascal môme ne lui font que des objections de détail; chez les béné dictins chez les minimes, parmi lesquels se trouve le Père Mersenne qui est le confident de Descartes. Dans le haut clergé, Bossuet et Fénélon sont pour lui. Et sur la fin de sa vie, Retz retiré du monde préside dans son château de Commercy des réunions cartésiennes. Dans le monde, Condé, les durs de Nevers, de Vivonne, de Luynos, sont les partisans de Descnrtes. I^a noa- «elle philosophie pénètre dans les salons : on est cartésien chez M"" de Sablé comme on \e sera cher la duchesse d'j Maine; M°" de Grignan est cartésienne pratiquante et djsseitante. Parmj les écrivains, un La Fontaine écrira : « Descartes, ce mcMftel dont on eût fait un dieu chez les païens ».

Cette influence philosophique ne pouvait manquer d'entrahier une influence littéraire. L'esprit cartésien a marqué profondément son empreinte dans la littérature classique. Il ne pouvait en être autrement, car les principes dont se recommande Doseartos étaient précisément ceux au nom desquels se faisait la réforme littéraire. Cette raison dont Descartes proclaniait l'autorité souveraine, et démontrait le |>ouvoir, était justement la méni^ faculté dont Malhert)e s'était elTorcé d'établir l'ompipe en littérature.

Cette rencontre des tendances de la philosophie et de la littérature va contribuer h répandre l'influence de Descartcs : il serait facile de la suivre à travers les chefs-d'œuvre du théâtre, de l'éloquence, de la morale. . Le ton abstrait, l'impas-sibilité de la déduction qui va droit f | son chemin vers une ou deux questions nettement posées, sans se laisser distraire de sa lig-ne par le hasarn Jes reneuntres, enfin le parti pris de diviser les difficultés, de s'appliquer à un seul objet pour le bien embrasser, de tout simplifier et de se simplifier soi-même en allant

jusqu'à supprimer lé corps par fiction, voilà autant du principes cartésiens et en même temps de caractères de. la littérature au xvii* siècle. Chaque art et chaque science va s'enfermer à l'exemple de Descartes dans son poêle solitaire, et y vivre d'une vie indépendante. Partout des classes et des frontières : l'âme abstraite du monde qui l'entoure sera Tunique scène pour le poète dramatique. Dans l'âme même, l'art du xvii" siècle choisit, il s'attache de préférence à l'essence, à ce qui est le fond commun des sentiments. Le genre classique introduit une aristocratie dans l'art : il ne prend des choses que l'essentiel, de l'univers que l'homme, de la société qUe les g-rands, non les petits, de l'individu que l'âme, non le corps, de l'âme que la substance, non les phénomènes.

Le rôle de Descartes dans la littérature du xVii* siècle est donc double : il consiste d'abord dans l'exemple donné par le Discours de la méthode, ensuite dans l'influence indirecte de ses doctrines qui étaient en parfait accord avec les tendances littéraires ©t qui les ont fortifiées.

RÉSUMÉ-

116. Balzac (1594-1655) rend à la prose le même service que Malherbe avait rendu à la poésie : il fonde la tradition de la prose régulière.

117. Ses œuvres consistent en lettres, entretiens el traités. Le style en est pompeux et emphatique. Mais l'influence de Balzac Vaut mieux que ses œuvres, Balzac a enseigné à la prose française le nombre et l'harmonie de la période.

118. Voiture (1598-1648) est surtout un homme au monde et un homme d'esprit. Sa vie presque tout entière s'est passée h l'Hôtel de Rambouillet, dont il fait les délices. Il a rendu à la littérature un doubk service. D'abord il est le premier écrivain qui ait vécu auprès des

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grands seigneurs sur un pied d'égalité relative. Ensuite, il a donné dans ses « lettres » l'exemple d'une prose rapide, légère, et d'un badinage de bon goût.

119. Deseartes (159G-1650) est un des plus grands esprits de l'humanité. Son « Discours de la méthode » a renouvelé la philosophie. Le rôle de Descartes comme écrivain est aussi considérable. Il a créé en France la langue de la philosophie. Son style clair, simple, énergique, est le premier modèle de cette perfection que Balzac avait cherchée et à laquelle Descartes arrive par une autre voie, la première image de cette prose classique où l'idée et son expression sont dans un parfait équilibre.

120. En outre l'esprit cartésien va exercer sur la littérature une influence d'autant plus grande, qu'il est en accord avec les tendances qui sannonçaient depuis le commencement du siècle, et qui devaient avoir pour effel d'établir l'autorité de la raison.

LECTURES RECOMM.\NDÉES.

Bouillier, Histoire de la philosufiUie cartcsiamc. — Rranlz, l esthétique cartésienne. — Alfred Fouillée, Dcsmr/cs (les grands écrivains français). — Brunetière, É^ud'-s m<t7i/es, III et IV — Landormy, Discours de ta méthode, texte avec notice biographique et bibliographique, introducliou his^torique et com mcnlaire perpétuel. — Landormy, Descartes (Les philosophes),

TEXTES A CONSULTER

B'i/snr(Moreau). — Voilure (Vhu'.m]. — Dcscori es fCousjr, ,

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