‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 58 sur 223 · I. LE THÉÂTRE AVANT CORNEILLE · texte numérisé non relu

I. LE THÉÂTRE AVANT CORNEILLE

Le théâtre irrégulier. Influence de l'Espagne. Hardy. — Le théâtre ne s'adresse encore vers l'an 1600 qu'à une élite de lecteurs instruits. On ne peut affirmer h propos d'aucune des pièces de Garnier et de Montchrestien qu'elle ait été représentée. Il restait h créer un théâtre ' qui s'adressât à tout le public et qui fût destiné

1. SituaUon matérielle du théâtre au XVII» si cle. — Il existe depuis l'année 1600 deux thf^àlres : 1° VHôlel de Bourgogne. Les confrères de la Passion louent la salle à des comi^diens qui preuJront sous Louis Xlll le tilre do Troupe Royale. f Le théâtre du murais établi d'abord rue de la Potoric et depuis 1635 rue Vieilledu -Temple. Les comédiens qui y sont installés, et font concurrence à l'hôtel de Bourgogne, payent une redevance de un écu tournois par représentation. C'est là que fut Joué le Cid. — Depuis 1638 la troupe de Molière joue »ltcrnatiTement avec les Italiens dans la sallodu Petit- Bourbon, en 1660 au Palais-Royal, — Âprdsla mort de Molière sa troupe se réunit à celle du Marais cts'iustallaà l'hôtel Guénégaud. Il n'y a donc plus que deux troupes jusqu'en 1680. A cotte date l'hôtel Guénégaud fusionne a>ec l'hôtel de Bourgogne. La Comédie Française est fondée. Ello s'installera on 1Ô89 rue des Fossés-Saint-Oermain Caujourd'hui rue de l'Ancienne-Coroédie).

Dans celte première période les acteurs les plus fameux sont ; Beiroso, Mondory. Plnriilor, Monldeury. Depuis un édit de 1611, la profession de comédien ne déroge l'as, Uicheiieu et Mazarin proli-gcut le théâtre.

Lcsicpréseulutioii» avaient lieu dans l'après-midi, commençant après les vépren, et Huissant avec la Hu du jour. I,a mise en scène est très primitive. Il n'y a pas de cliangenicnl do décor. Le tiiéàlrc représente ordinairement un a palais à volonté », L'unique décor du Cid fut une chambre a (|uatre portes.

L» ;iré»ence des speclaLeurs «ur la scène perpétue cet état de choses, cl conlribc» k re ! Iro nécessaire létahiïssomeiil do lu règle de î'uuitc de bec.

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à la représentation. C'est Alexandre Hardy qui va créer ce théâtre, en important chez nous la littérature dramatique de l'Espagne.

On ne sait presque rien de la vie de Hardy. Né vers 1560, il se mit au service d'une troupe d'acteurs dont il fut le pourvoyeur inépuisable, et auxquels il n'a pas fourni moins de sept ou huit cents pièces toutes en vers. Pour suffire à cette énorme production, Hardy puise à toutes les sources, latine et grecque, italienne, surtout espagnole. I/hisloire, la légende, le roman lui fournissent des sujets. Il ne dédaigne aucun genre : tragédie, tragi-comédie, pastorale. 11 ne s'embarrasse non plus d'aucune règle; telle de ses pièces dure vingt années : la soène se promène de Rome à Athènes, de France en Allemagne, de la terre au ciel et aux enfers. Nous avons quarante et une de ces pièces réunies et publiées par l'auteur : il n'y faut chercher ni composition, ni psychologie, ni style. Mais tputes ont une qualité ; le njouvement. Destinées à des spectateurs ign-^rants, qui ne s'occupent pas encore de la question d'art et s'intéressent h un drame pour les incidents qui le remplissent, elles ont frappé leur attention. Hardy a conquis un public aux auteui s dramatiques. f

Aussi bien est-ce une curieuse période à laquelle est attaché le nom de Hardy (1600-1630); également différente de celle qui a précédé et de celle qui va suivre, également éloignée de la tragédie imprégnée de lyrisme et de la tragédie classique, on pourrait l'appeler )a période du thoiUre en liberté ou du drame. En 1008, Jean de Schelnndre donne Tt/r et Sidon on deux journées et cinq mille vers. Kji 1028, François Of/ier met en tête de cette dernière pièce une préface où il expose qu'il faut se séparer des anciens et montrer au théâtre comme dans Ifi réfiKté le mélange des éléments sérieux et plaisants Le genre le plus en faveur est celui de In 'i agicomédie, genre mal défini qui ne parvint jamais à la conscience nette 'e lui-même et fut absorbé par la tragédie, mais qui au uébut essayait de se constituer un domaine intermédiaire. L'incertitude de la voie où l'on allait s'en-

g-ag-er, ia confusion des genres, l'ignorance du public telles étaient les conditions extérieures de lart dramatique En \ngleterre des conditions analogues avaient favorisé l'éclosion d'un grand génie. Chez nous, cc milieu était trop peu en harmonie avec la nature de l'esprit français, et avec des besoins qui se faisaient déjà sentir en d'autres parties de la littérature, pour que quelque grande œuvre vînt à s'y produire. Cette période, si intéressante qu'elle soit, n'est qu'une période de transition.

Influence de l'Italie. Théophile : « Pyrame et Thisbé ». — Hardy se vari'e d'avoir recherché la force, évité le phébus et les poin'es. C'est une allusion aux tendances d'une autre école qui, préférant à l'imitation de l'Espagne celle de l'Italie, introduisait dans la langue dramatique les pointes et les concetti mis à la mode peir le cavalier Marin. La tragédie de Tfiéophile {ib90-iQ26), les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé (1617) est le modèle de cet art nouveau : elle fit époque. On ne l'a pas jugée, quand on y a relevé des traces de mauvais goût. Ce qui frappa les contemporains, c'est qu'ils y trouvèi'ent un art plus délicat, une analyse de sentiments plus approfondie, et pour la première fois une langue qu'on pouvait prendre pour la langue du cœur. Théophile n'était pas un poète dramatique : il ne donna que cette pièce. Mais son exemple ne fut pas perdu. Les pastorales qui suivirent immédiatement, les Bergeries de Racan (1618), la Sylvie de Mairet (1621), VAmarante de Gombaud (1625) sont conçues dans cette manière élégante et raffinée ; et plus tard le souvenir de Théophile ne sera pas sans influence sur les débuts de Racine.

La tragédie régulière. Mairet; « laSophonisbe». — Théophile n'avait pris aux Italiens que leurs pointes : Mairet alla chercher chez eux la théorie du théâtre régulier. En ce genre comme en tous les autres le deinier mot devait être à lautorité et à la règle Aussi Mairet est-il en ce sens le véritable initiateur de la tragédie au xvii" siècle : si Corneille a fait la première tiagédie classique de génie, c'est Mairet oui a fait le première tragédie classique.

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Jean de Mairet, né à Besançon en 1604, débute »a thécitre îi seize ans, fait jouer avec succès Chrtjséide f^ Arimant, Sylvie, S y Iv anir e {i(\2h]. C'est ravertisscmcn! dont il .ccompagna cette dernière pièce (1627) qui contient l'exposé de la poétique nouvelle. Sur les conseils du cardinal de la Valette et du comte de Cramail, Mairet se serait tourné du côté des Italiens, et il aurait reconnu « qu'ils n'avaient point eu de plus grand secret que de prendre leurs mesures sur celles des anciens g-recs el latins, dont ils ont observé les régules plus religrieusement que nous n'avons pas fait jusques ici ». Il faut donc suivre l'exemple des anciens, séparer comme eux la tragédie d'avec la comédie, et suivre les règ-les de l'unité de temps et de lieu : « Il est nécessaire que la pièce soit dans la règle au moins des vingt-quatre heures. »

Deux ans plus tard (1620) Mairet appliquait ses propres théories dans une pièce dont le retentissement fut extrême : la Sopkonisbe. La pièce est conforme aux trois unités, certaines scènes sont conduites avec art, le style est soutenu, les Romains y parlent le langage de convention que le xvii' siècle leur prête sur la foi do Balzac. La voie était ouverte dans laquelle Corneille devait s'engager

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