‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 6 sur 223 · SERMENT DE LOUIS LE OERHAMQUB · texte numérisé non relu

SERMENT DE LOUIS LE OERHAMQUB

« Pro Deo araur et pro crialian poblo et nostro commun salvament, d'ist di in avant, in quunt Deiu^.savir et podir me dunat, ci

4 LES OlllGIMiS.

salvarai eo cist meon fradre Karlo et in ajudha et in cadhuna cosa, si cum om ^.er dreit son l'rado salvar dilt. in o quid il mi allresi fazet, et ab Ladhir nul plaid nunquam prindrai qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit. »

THAntcTioN. — Pour l'amour de Dieu et pour le chrétien peuple et notre commun salut, de ce jour on avant (Jorétiavant) en tuut que Dieu savoir et pouvoir n.c donne, si sauverji-jc ce mien frère Charles, et en aide et en chacune chose, ainsi comme homme par droit son frère sauver doit en ce qu'il (à condition qu'il) me fasse autant, et avec Lothaire nul plaid ne jamais prendrai qui à mon vouloir à ce mien frère Charles à dam soit.

SBKMENT DES SOLDAT!^ I) F. f IIAIII.ES IF nHAfVE.

« Si Lodhuvigs sagrament (juu suii uuore Kaiiu jurât, conservât, et Karlus meos sendra de sua p.irt non lo slanit, si io relurnar non Tint pois ne io ne neuls cui eo returnar int pois, in nuUa ajudha contra Lodhuvig uun li iv er. » |

Traduction. — Si Louis conserve le serment qu'à son frère Charles il jure, et si Charles, mon seigneur, de sa part ne le tient, si je ne l'en puis détourner; ni moi ni nul que j'en puis détourner, en nulle aide contre Louis ne lui y serai.

Tel est le plus ancien monument de notre langue. "|

Au X' siècle nous trouvons nos premiers textes littéraires : la Cantilène de sainte Eulalie qui raconte en ving-t-neuf vers le martyre de la sainte; la Vie de saint Léger* en quarante strophes de six vers; et le Frag~ ment ae Valenciennes, fragment, découvert à Valenciennes, d'une homélie sur le prophète Jonas, écrite en latin mélangé de français. ^

Le vocabulaire : formation populaire — La langue romane s'est forniro régulièrement. Le passage des mots du latin au roman s'accomplit suivant des lois fixes que le peuple applique inconsciemment. La plus im- [)ortarile est la règle de la persistance de Taccent tonique.

L'accent tonique est l'élévation de la voix sur une syllabe dans un mot. Lorsqu'un mot passe du latin au

I. 1^ incyon âge possède toule une Iitl(^'ra4ure, médiocre d'ailleurs, sur les ViM des saints : la Vie de tainl Alexis est anli^rictirc à la Chansnri de /?o/aN^ VoU ■ 0. Parts, ie Vie de saint Alexis 'Bibliolb^^at da l'École du?, llaule» Étude»), ■1

roman, la syllabe accentuée reste la même. Or, la syllabe accentuée étant la partie essentielle du mot, il s'ensuit que le mot roman qui remplace le mot latin n'cA est pas essentiellement différent.

dette règle 3st complétée par d'autres qui en sont les conséquences : 1° Chute de la voyelle médiane : la voyelle brève qui précède la syllabe accentuée disparaît [bonitàtem : bonté). — 2° Chute de ta consonne médiane : la consonne placée entre deux voyelles, dont la seconde est accentuée, disparaît [delicdtus ."délié).

Formation savante : les doublets. — Dès le xii" siècle la lang-ue est formée ; mais elle ne suffit pas à l'expression de toutes les idées. Les savants, amenés à créer des mots nouveaux, les empruntent à la langue même d'où le français était sorti, au latin. Seulement le sentiment de l'accentuation latine s'était perdu : on appliquait déjà au latin, comme on le fait aujourd'hui, une prononciation uniforme, qui reproduit toutes les syllabes du mot écrit. Aussi se borna-ton à calquer le mot latin en francisant la désinence {animositatem : animosité).

Ces mots, qui négligent ou qui violent même l'accent, ont introduit dans la langue une véritable perturbation. Tel est le procédé de formation savante ou pour mieux dire artificielle.

Il arriva que les savants tirèrent une expression d'un mot latin qui avait déjà passé dans notre vocabulaire. Le même radical latin a ainsi, à différentes époques, donné lieu à deux mots, l'un de formation populaire, l'autre de formation savante. Ce sont les doublets.

En voici des exemples :

Hospilale : — forme populaire, notée; forme savante, hôpital. Fragilem : — forme populaire, frêle; forme savante, fragile. IMerare : — forme populaire, livrer; forme savante, libère".

La syntaxe. — Le roman a conservé la déclinaison iatine, mais en la réduisant à deux cas: l'un pour le sujet, tiré du nominatif, lautre pour le régime tiré de l'accusatif. En général, celle dernière f*rroe a prévalu

6 LES ORTv'ÎINES.

dans la langue parce qu'elle riait la plus enijjloyce. !>u pronom [illi') le roman a formé l'article iuoomiu au latipâ. Il y a deux déclinaisons pour les noms masculins. Lafll première conserve au sujet singulier et au régime pluriel Vs du latin.

Cas sujet : sing. Li murs (murus) ; — plur. Li mur (mûri). Cas régimb : sing. Le mur (luuruni); — plur. Les murs (imiros).

La seconde déclinaison ne prend pas Vs au sujet singulier : // père (pater).

Les noms imparisyllabiques latins qui déplacent l'accent donnent lieu pour le cas sujet et le cas régime à deux formes distinctes : Sujet ; Senior^ li sire. Régime ; Seniôrem, le seigneur. On a eu ainsi de véritables doublets de formation pojjulaire. La déclinaison féminine n'a pas de cas distincts et prend seulement Vs au pluriel (singulier : la î'ose, pluriel : les roses).

La déclinaison de l'adjectif suit des règles analogues. 11 faut noter seulement que les adjectifs formés sur talis, grandis^ n'ont qu'une forme commune au masculin et a féminin (masc. et fém. : /r/, grand), tandis que ceu qui sont formés sur honus prennent Ve au féminin [bo bone).

La réduction des cas a pour conséquence l'emploi pi fréquent des prépositions.

Il y a quatre conjugaisons en tv, eir, re, ir. Les temps composés sont formés avec les auxiliaires avoir et être, qui précèdent le participe. Le futur et le conditionnel sont formés par une combinaison de l'infinitif et de l'auxiliaire avoir [j'aimcr-ai, j'aitner-aisK

C'est en obéissant à sa tendance à l'anïilyse que l'e prit français a modifié la syntaxe latine. Le roman intermédiaire entre le latin et le français moderne, est une langue h mi-chemin entre la synthèse efll l'analyse. "

Langue d'oïl et langue d'oc. Les dialectes : le français. — Le roman se divise en deux brandies principales :

1" La (angue doU parlée au Nord ;

LA POPULATION. LA LANGUE, t

2° La langue d'oc parlée au Midi.

Ces dénominations sont tirées du terme dont on se servait pour affirmer *.

La lang-ue d'oïl, la seule qui nous occupe, se subdivise elle-même en plusieurs dialectes : le dialecte bourguignon à l'Est, le dialecte picard au Nord-Est, le dialecte normand à lOuest, le dialecte poitevin au Centre Nord, le dialecte de l'Ile-de-France au Centre. Il est du reste impossible de tracer g^éométriquement une ligne de démarcation entre ces différents dialectes qui se pénètrent les uns les autres.

Au XII' siècle, bien que la rég-ion du Nord-Est fût alors un véritable centre littéraire, le dialecte de l'Ile-de-France commença à prendre le pas sur les autres, non qu'il eût en soi aucune supériorité, mais pour des raisons politiques. Vaincus, les autres dialectes ne disparurent pas ; mais on cessa de les écrire, et ils ne subsistèrent qu'à l'état de patois. Les patois ne sont donc pas des déformations du français ; ce sont les anciens dialectes provinciaux que l'on continue à parler et qui se sont morcelés de plus en plus.

Le dialecte roman de l'Ile-de-France devenu la lang-ue prédominante est l'ancien français.

Le français, en même temps qu'il conquiert les provinces du royaume, étend son influence à l'étranger. On le parle en Angleterre, en Hongrie, en Portugal, en Pologne. Partout on lit et on admire nos trouvères. Des étrangers adoptent notre langue pour écrire leurs ou< vrages. Le ¥\ovGï\\Àn Brune tto LatinOy le maître de Dante, écrit son Trésor de sapience en français, parce que c'est « la parleure la plus dclitable et la plus commune à toutes gens ». C'est ainsi que, dès le moyen âge, nouj pouvons constater la suprématie de notre littérature en Europe.

1. Oc vient du pronom latin hoc : « c est cela ». — OU est formé du pronom O, qui originairement avait à lui seul le sens de oui, et du pronom de la troisième pei^ sonne : il. — Supposons un dialogue : « Viens-tu 7 — Oui, je Tiens (O ji). — Vientil" — O il. » Le sentiment do celte conslrucliou se perdit, et on »o servit indistiaotemeni >!<' I:i forme Oit pour les trois personnes

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