‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 85 sur 223 · I. — LES PRÉDICATEURS AVANT BOSSUET · texte numérisé non relu

I. — LES PRÉDICATEURS AVANT BOSSUET

François de Sales. — Les premières années du" siècle avaient été comme parfumées par l'éloquence du plus aimable d'entre les saints, he futur évêque de Genève, François de Sales (1567-1622), se disting-ua d'abord par les succès que lui valurent son zèle et l'onction de sa parole dans des missions entreprises pour convertir les protestants de Savoie. Venu h Paris en 1602, il prêcha le carême dans la chapelle du Louvre. Henri IV le jug-ea « un esprit solide, clair, résolutif, point violent, (toint impétueux et lequel ne voulait emporter les choses (le haute lutte ou de volée ».

Ce sont en elTet quelquoE-uns des traits de cette élo-

quence insinuante qui se fait une force de sa douceur même. Le principal titre littéraire de François de Sales est son Introduction à la vie dévote (1608) Le livre s'adresse aux « g-ens qui vivent parmi le monde et les cours » et auxquels il s'agit de montrer comment la piété peut s'exercer dans les diverses conditions.

Comme les mères- perles vivent emmi la mer sans prendre aucune goutte d'eau marine, et que vers les îles Chélidoines, il y a des fontaines d'eau bien douce au milieu de la mer, et que les pyraustes volent dedans les flammes sans brûler leurs ailes ; ainsi sait une âme vigoureuse et constante vivre au milieu du monde sans recevoir aucune humeur mondaine, trouver des sources d'une douce piété au milieu des ondes amères de ce siècle et voler entre les flammes des convoitises terrestres sans brûler les ailes dos sacrés désirs do !a vie dévote.

C'est dans cette langue dont les grâces un peu mièvres appartiennent encore au siècle précédent, c'est dans ce style tout plein d'images rianles, empruntées à la nature ou à des légendes scientifiques, que François de Sales expose une doctrine dont le mysticisme discret n'est qu'un raffinement du cœur. Le livre eut un grand succès, et celui-là même que pouvait souhaiter son pieux auteur. « Avant l'illustre François de Sales, dit Bossuet, l'esprit de dévotion n'était presque plus connu parmi les gens du siècle. On reléguait dans les cloîtres la vie intérieure et spirituelle, et on la croyait trop sauvage pour paraître dans la cour et dans le grand monde. François de Sales a été choisi pour l'aller chercher dans sa retraite et pour désabuser les esprits de cette croyance pernicieuse. Il a ramoné la dévotion au milieu du monde. »

Prédécesseurs de Bossuet. — Dans ces premières années du siècle, le mouvement de renaissance religieuse est universel. Des maisons nouvelles sont ouvertes, les ordres se réforment, et il s'établit entre eux comme une émulation de piété qui va contribuer au progrès de l'éloquence. Il fallait, avant tout, créer une école de controversistes capables de faire face aux protestants : c'est dans cette pensée que M. de Bérulle, en 1012, fonda VOratoire, qui est moins un ordre ayant ses règles spéciales qu'uo

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groupe de prêtres savants dans le dogme. A cette malson se rattachent des sermonnaires déjà remarquables. Le P' Bourgoing (1585-1662), l'un des premiers supérieurs de l'Oratoire, apporte dans la prédication, à défaut des qualités impétueuses que lui prête Bossuet, un fonds solide de connaissances théologiques, une méthode sérieuse et simple. Mais le plus célèbre oratorien avant iVÏassillon est le P. Lejeune (1592-1662) Missionnaire infatigable, en dépit d'une cécité qui le frappa pendant qu'il prêchait et le rendit populaire sous le nom du Père aveugle, celui ci a pour principe et pour habitude de conformer son éloquence à la nature de l'auditoire auquel il s'adresse. Une familiarité qui, aujourd'hui, nous semble excessive lui valut l'action directe que sa peu-ole exerça sur les âmes.

Parmi les jésuites, plusieurs savent échapper à ce goût de l'affétere et de l'élégance mesquine souvent reproché aux écrivf.ins de la compagnie. Le Traité sur la prédication du Père Coussin contient d'excellents préceptes et témoigne de la conception d'un art sévère. L'un des plus vigoureux orateurs de ce temps est un jésuite, le Père Claude de Lingendss, qui, pour l'exactitude de sa fugique comme pour la f( rmeté de sa morale, a servi de modèle à Bourdaloue.

Les jansénistes appliqjent à la prédication leur théorie et leur habitude d'un style sobre, sans grande richesse d'imaginatior, sans mouvement ni éclatantes beautés, mais simple, grave, uni.

D'ailleurs l'éloquence de la chaire suit encore le développement général de la littérature et les progrès du goût. Si U. burlesque fait son apparition en chaire avec le petit Père André, augustin, ce cas reste isolé, et ici, nomme partout, c'est vers l'autorité et la règle que se portent les esprits. L'influence de Balzac est grande sur la prédication. Les sermons de l'oratorien Senault^ prédicateur favori d'Anne d'Autiiche, ont la correction ot la froideur fîes morceaux académiques.

Ainsi, l'éloquence avant 1660 est déjà florissante; ell* se dégage peu à peu des défauts qu'elle avait au siècle

passé : la trivialité, les élégances de mauvais goût, l'abus de l'érudition profane. Le moment est venu où l'on va prêcher « dans le grand goût » ; un Bossuet et un Bourdaloue ne seront que les premiers dans le nombre des prédicateurs éminents,

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