‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 87 sur 223 · IV. — MASSILLON · texte numérisé non relu

IV. — MASSILLON

Massillon. — De Fléchier procède Massillon. Celuici, né à Hyères en 1662, entra à l'Oratoire à dix-sept ans et débuta par l'enseignement. En 1699, il prêcha le carême à Paris dans l'église de l'Oratoire de la rue Saint- Honoré, et l'Avent à Versailles; en 1701 et 1704, il prêcha le carême devant la cour. En 1715, il prononce Yoi^alson funèbre de Louis le Grande qu'il commence par ces mots; « Dieu seul est grand, mes frères... « En 1718, il prêche encore devan* le jeune roi les sermons qui composent le Petit Carême. Évêque de Clermont depuis 1717, il consacre entièrement ses dernières années à l'administration de son diocèse. 11 meurt en 1742.

Massillon apporte à la prédication de merveilleusesqualités dp rhéteur : une phrase abondante, un riche vocabulaire, une harmonie et une cadence toutes nouvelles dans la période. Mais aussi a-t^l tous les défauts d'uB

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rhéteur ; il abuse des fig-ures recommandées par les traités d'école : énumération des parties, subdivisions à outrance, fig-ures de pensées et figures de mots, périphrases nobles, antithèses précieuses. Ce qui est plus grave, c'est que Massillon, abandonnant la tradition ie Bossuet, ne se soucie plus d'appuyer sa morale sur !e dogme et proche en chaire une morale laïque. Ces défauts mêmes de Massillon ont assuré sa réputation au xviii* siècle. Aujourd'hui, nous ne voyons plus en lui qu'un maître de rhétorique accompli. Il est le dernier en date des orateurs remarquables de la chaire. Après lui, l'éloquence de la chaire n'existe plus; encore lui a-t-il fallu toutes les ressources d'un talent très souple, pour rendre une apparence de vie à un genre déjà épuisé.

RÉSUMÉ

154. La prédication a jeté un grand éclat au xvn* siècle. François de Sales (1507-1622), évêqae de Genève, prédicateur plein d'onction, a donné, dans son « Introduction à la vie dévote », un livre de piété écrit dans une langue gracieuse et délicate.

155. La fondation d'ordres nouveaux et la réforme du clergé ont préparé la renaissance de l'éloquence de la chaire. Le Père Bourgoing, le Père Lejeune et le Père Senault, à l'Oratoire, le Père Claude de Lingendes, parmi les jésuites, ont été les meilleurs prédicateurs avant Bossuet.

156. Né à Dijon en 1627, Bossuet, après un séjour à Metz, vient à Paris (1659) et prêche quatre stations devant la cour. Après avoir terminé réducation du Dauphin, il est nommé à l'évêché de Meaux. Il meurt en 1704.

157. Le bon sens, joint à l'énergie, est la qualité dominante dans le caractère de Bossuet.

L'ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE. 3l7

158. Les sermons, long-temps méconnus, sont la meilleure partie de son œuvre oratoire. Ce qui les caractérise, c'est que Bossuet unit toujours la morale au dogme .

159. Tu'oraison funèbre devient entre les mains de 3ossuet une leçon d'histoire, de religion et de morale. C'est un sermon fondé sur un grand exemple.

160 Le « Discours sur l'histoire universelle » est surtout une apologie de la religion dont la preuve est tirée de la perpétuité de l'Église. Mais, dans les chapitres où il s'occupe des empires, Bossuet, se plaçant au point de vue humain, montre une grande pénétration et crée la philosophie de l'histoire.

181. L' « Histoire des variations des Églises protestantes » est le chef-d'œuvre de Bossuet, grâce à la lucidité de l'exposé et à la vie avec laquelle sont tracés les portraits des docteurs de l'Ég-lise réformée.

102. Bossuet est, de tous les écrivains français, celui qui a le mieux su la langue. Son style, toujours approprié au sujet, est vif dans le sermon, sublime dans l'oraison funèbre, clair et simple dans les ouvrages de controverse.

163. Bourdaloue (1632-1704), que le xvii« siècle préfère à Bossuet, n'a ni a même fougue ni la même imagination : ses sermons sont remarquables par la vigueur de la logique et par le piquant des allusions contemporaines.

164. L'éloquence de Mascaron (1634-1703) est déparée par l'emphase, celle de Fléchier (1632-1710) par la préciosité.

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