I. — BOILEAU
Sa vie ; son caractère. — Nicolas Boileau est né à Paris le l" novembre 1036 : la légende veut que ce soit dans la chambre même où avait été composée la Mé^ nippée. Fils d'un g-relTier, il fut destiné à quelque charge analogue ; mais à la mor*. de son père (1657) et libre de suivre ses goûts, il se tourna du côté de la littérature :
La famille en pâlit et vit en fri'missant, Dans la poudre du greffe, un poète naissant.
Il prit le nom de Desptéaux, se lia avec les écrivains dont il devait rester jusqu'au bout l'ami et le défenseur, et composa en 1660 sa première satire. Il publia en 1666 un recueil contenant sept satires ; de 16()9 à 1674 il composa la plupart de ses É pitres, VArt poétique et les quatre premiers chants du Lutrin. Célèbre dès \q début
BMLEAU. »S9
bien vu par LouisXIV, il entra à l'Académie à quarantesept ans, en 1684. Dans les dernières années, il connut pourtaPxt, de même que Racine, une demi-disgrâce. « Les jésuites, ennemis acharnés de Port-Royal, suscitèrent des ennuis au poète qui avait osé dire ;
La vertu n'était point sujette à l'ostracisme, £t ne s'appelait point alors un jansénisme.
« ils empêchèrent Boileau d'imprimer en 1710 quelques pièces qui leur déplaisaient : le roi, excité par eux, lui refusa un privilège pour l'édition qui était alors sous presse à moins que les pièces désagréables aux jésuites ne fussent supprimées et les manuscrits remis entre ses mains. Boileau aima mieux supprimer l'édition tout entière, mais il s'entendit avec un libraire pour que ses œuvres fussent publiées dans leur intégrité après sa mort; cette sage précaution nous a valu l'excellente édition de 1713* . »
D'ailleurs les dernières années du poète furent tristes. Il survit à tous les grands écrivains du siècle. Les infirmités sont venues : Boileau est sourd, presque aveugle. Il a quitté sa maison d'Auteuil et est venu loger chez le janséniste Le Noir, son confesseur. C'est là qu'il mourut le 13 avril 1711.
La vie de Boileau est, comme son œuvre tout entière, celle d'un honnête homme. Il est bon et désintéressé. L'avocat Patru étant tombé dans une extrême pauvreté, Boileau lui achète sa bibliothèque et lui en laisse la jouissance ; de même, il offre sa pension en échange de celle de Gorneillequi venait d'être supprimée. Cette bonté s'allie avec beaucoup de franchise et une certaine brusquerie : Boileau est un homme tout d'une pièce. C'est par son bon sens qu'il a plu à Louis XIV : la flatterie n'y a pas été nécessaire, car il ne faut pas appeler flatterie ce qui est le style officiel et le ton obligé, et Boi'.eau est d'ailleurs mauvais courtisan.
i* A. Oazier» Préface de sou édilion do Boileau (Coiui, édiieur).
S«ft LE XVn* Sli^OLE.
KO.X Pisons : c'est dans une œuvre didactique at mg^lièrement composée qu'il va passer en revue les prin<v* pales questions qu'on discutait autour de lui, et faire la théorie des différents genres. Des quatre chqnts dont se compose ïArt poétique, le preraiei- tj^ait£ d'une manière générale de l'art d'écrire en vers, le deuxième aborde <«8 g-enres secondaires tels que l'élégie, l'odô, la satire, et môme l'épigramme, le sonnet et le rondeau' ; le troisième aborde les graud» genres : tragédie, épopée, comédie ; le qualriômo contient des préceptes moraux. Nous avons donc tous les éléments qui nous permettent de reconstituer dans son ensemble la doctrine de Boileau.
Et d'abord Boileau a une doctrine. Il n'admet pas que le jugement de goût soit chose particulière, relative à un temps et à certains individus. Tout au contraire, une œuvre d'arta ses règles qui s'imposent. Ces règles, on peut les enseigner et on doit les apprendre. Par là se trouve légitimé le rôle de la critique : le poète aqra près de lui un sage ami capable de juger son œuvre et do la redresser au nom des principes établis. — Cette doctrine est absolue. Boileau dédaigne et rejette tout ce qui n'y est pas conforme : ainsi toute notre ancienne littérature. Au besoin même, il plie h cette doctrine et y fait rentrer des œuvres qui n'y sont pas complètement adéquates; ainsi, en admirant les Grecs et les Latins, il ne les comprend pas toujours, et il fait volontiers d'Homère un poète qui aurait passé par son école.
Celte doctrine si nettement arrêtée et dans laquelle Boileau a si entière confiance, en quoi consiste-t-elle? Boileau fait de la poésie un art difficile, résultat de || TelTort et du travail, une carrière épineuse, où il ne faul entrer qu'après avoir consulté longtemps son esprit et Jl ses forces, où les périls sont nombreux, où le succès est "'
i. On a souvent roprochA & Boileau <tc n'avoir pas parlé de 1» i.fhic cl do La t'ontaine, et on n pris (iri^lexlc do celle omission pour incriminer t.iulôt le ^oiit et tantôt le caractère même ilc Boileau. Or II faut roiDarquer que Uoile^u n'a parié bam ff^u^ ui du po6ma didactique, ni de lYpilro, U'ailU'ura, «n 16~4, l«a m pr«ni>vr ÎWreA des Fables ont seuls (laru. Et comment Boileau aurait-il dMné iea règles d'vD genre dont c'est le propre de n'avoir point de réglée 1