LA CRITIQUE AU XVI1° SIÈCLE
La Querelle des aneiens et des modernes. *»
L'œuvre de Boileau est la p.us haute expression de la critique au xyii" siècle. Mais, pendant toute la durée du siècle, les discussions littéraires ont été à la mode : dans les salons, où l'on se partage, à propos de deux sonnets de Benserade et do Voiture, en jobelins et en uranistes ; à l'Académie, où Chapelain juge le Cid; dans tous les cercles lettrés, pour lesquels un Saint-Évremond rédige de: lissertations en forme. Le plus important de ces débats est célèbre sous le nom de « Querelle des anciens ot des modernes ».
ciertes, !e courant général, au %vn^ siècle, porte les gran<l» écrivains vers le respect des auteurs anciens. Mais d'autres causes agissaient dans un sens inverse. 0 était d'abord le mérite des modernes, qui appelait et permettait d'établir la comparaison. Puis l'antiquité est mal connue : ceux qui lisent les auteurs dans le texte na leB comprennent pas toujours; ceux qui ne savent pas le ?Htin et \g grec n'ont à leur disposition que des traduo-
lions inexactes faites dans le système des hellea infidi'les de Pcrrot d'Ablancourt. Les femmes, qui ont tant d'influence sur la société, sont, par nature, ennemie^ des anciens. Enfin, des scrupules relig-ieu\ font douter si des œuvres inspirées par la morale païenne ont pu atteindre à la perfection.
Dans une première période, les partisans des modernes sont représentés surtout par Charles Perrault, homme d'esprit, auteur des charmants Contes de fées (1697), qui lit en pleine Académie le 26 janvier 1687, un discours où il est dit
Que l'on peut comparer, sans crainte d'être injuste, Le siècle de Louis au beau siècle d'Auguste.
Il développe cette théorie dans ses Parallèles des anciens et des moderjies. Fontenelle compose dans le même sens ses Dialogues des morts. Les anciens ont pour eux Boileau, Huet, La Fontaine. Le débat se termina par la réconciliation de Boileau et de Perrault.
\{ devait renaître quinze ans plus tard. L'antiquité puiaissait victorieuse avec la traduction de Vlliade de M"" Dacier et le Télémaque de Fénelon, lorsque Charles Perrault trouva un successeur dans la personne de Lamotte. Celui-ci venait de traduire Vlliade en vers, et n'avait pas craint de l'abrég^er en douze chants et d'y faire toutes sortes de corrections. M"" Dacier riposta violemment à cette impertinence : et la querelle se trouva ranimée et envenimée. C'est alors que les deux partis s'en remirent fi la décision de Fénelon.
« Lettre » de Fénelon « sur les occupations de l'Académie française ». — C'est dans la « Lettre à l'Académie » que Fénelon, tout en évitant de sacrifier un parti à l'autre, se pose en arbitre. Le dixième chapitre est consacré i\ l'examen du débat; mais, dans toute la « Lettre », on sent que Fénelon songe à la question posée. Or sa préférence pour les anciens éclate à chaque page. S'agit-il de langage ou de versification ? Les anciens, qui ont l'inversion, les mots composés, l'alliance des syllabes brèves et longues, sont nar là bien supérieurs aux
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modernes. Pour l'éloquence, ns ont une sorte de longue tradition qui nous manque, et les conditions de leurs sociétés étaient singulièrement favorables au développement de l'art de la parole. De même pour la tragédie et pour l'histoire. Fénelon, d'ailleurs, par des citations si nombreuses qui se pressent sous sa plume, prouve suffisamment que les anciens sont pour lui les modèles qu'il faut étudier et retenir ; et, lorsque enfin il décline l'honneur de décerner le prix, c'est derrière une citation empruntée aux anciens qu'il se dérobe.
La victoire restait donc aux anciens. Mais, du reste, cela importait peu. La querelle avait été utile, à cause des idées qu'elle avait fait naître. C'est la première fois que la question du progrès — mal posée, d'ailleurs — fait son apparition dans notre littérature.
RÉSUMÉ
183. Boileau (1636-1711) a composé des « Satires », aes a Épltres », le « Lutrin », 1' « Art poétique ». Dans toutes ces œuvres, il est, avant tout, un critique littéraire.
184. C'est dans 1' « Art poétique » qu'il a exposé sa doctrine. C'est la doctrine de la raison. La raison est d'après cette doctrine la faculté poétique par excellence. Elle a pour objet de découvrir le vrai, qui se confond avec Je beau. Exprimer le vrai, trouvé par l'observation, c'est donc le but que doit se proposer l'écrivain, il doit de même subordonner le mot à l'idée, et la rime au bon sens.
185. Boileau a résumé et précisé les tendances de ses iîontemporains. Il a fixé le goût pour un siècle. Et, si aujourd'hui nous ne croyons plus q^ue son œuvre vaille pour tous les temps, nous devons en retenir cependant les conseils qui se rapportent au respect du bon sens et de la morale.
180. Gomme écrivain, Boileau, dont le style esi parfois pénible, a l'exactitude et la précision ; son mérite est d'avoir créé la langue de la critique litté raire on vers,
187. On appelle Querelle des anciens et des modernes un débat dans lequel on a comparé les mérites des écrivains anciens et de ceu^ du siècle de Louis XÏV. L'antiquité est mal comprise; les scrupules religieux mettent en défiance contre l'idéal païen : telles sont les causes de cette querelle où se pose déjà la question du progrès.
188. Elle se divise en deux périodes. Dans la première, Perrault et Fontenelle tiennent pour les modernes, Boileau pour les anciens. La seconde période met aux prises M"* Dacier et Lamotte. Fénelon prononce en faveur des anciens.
LECTURES RECOMM.\NDÉES.
Hipp. Rigault, la Quei'elle des anciens et des modernes, — A. Fabre, les Ennemis de Chapelain. — Lanson, Boileau (les grands écrivain» français). — Brunelière, i'Êvolution des genres, l. — Faguol, Le xvn* siècle. ^ L. Levrault, Auteur^ (rançais (études critiques et analyses).
TEXTES A CONSULTER
Boileau : Œuvres (Gidel, chez Garnier; Cazier, che? Cyli»).