‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 21 sur 98 · Vers 146 et suivants · texte numérisé non relu

Vers 146 et suivants

HYMNK MMIMQCES. 95

pollon dans k Grèce continentale. Ce n'est certainement pas l'œuvre d'Homère. 11 y en a plus d'une preuve, et notamment, les paroles que l'auteur de l'hymne met dans la bouche de Junon à propos de Yulcain. Elle dit que c'est elle-même qui a jeté son fils du haut du ciel ; qu'il est tombé dans la mer, et qu'il a été recueilli et élevé par Thétis. On connaît le passage de Y Iliade où Vulcain conte lui-même sa mésaventure : les deux traditions diffèrent absolument. Ce n'est pas non plus un boméride, un Ionien d'Asie qui a célébré le sanctuaire de Crissa; c'est bien plutôt quelque aède des contrées voisines du Parnasse, quelque héritier peut-être de la muse d'Hésiode, mais qui connaissait Y Iliade et YOdy$$ée> comme le prouvent de manifestes emprunts, dans l'énumératÎQn des contrées que parcourt le navire crétois conduit par Apollon.

Cet hymne est encore d une antiquité assez reculée. Il est antérieur à la guerre de Crissa et à 1 introduction des courses de chevaux dans les jeux pythiques : c'est à Crissa qu'était encore, au temps du poëte, le sanctuaire d'Apollon ; et la raison principale qui avait décidé le dieu à choisir ce lieu de préférence à tçut autre, c'est qu'on n'y entendait jamais le bruit des coursiers ni des chars. Il n'y a rien, dans tout l'ouvrage, qui mérite d'être particulièrement cité. Ce n'est pas qu'il soit sans mérite : le récit est vif et intéressant, la composition sage et bien ordonnée, et le style a cet éclat tempéré qui ne fait jamais défaut aux hommes de quelque talent. Mais l'originalité est absente. C'est ce qu'on appelle un ouvrage estimable. Je me borne donc à en donner l'esquisse en quelques mots.

Apollon descend de l'Olympe» et cherche dans la Grèce une place pour s'y bâtir un temple. Une nymphe de Béotie, Telpnuse, lui conseille de s'établir à Crissa, sur le flanc du Parnasse. C'était un piège qu'elle lui tendait malicieusement, car elle savait qu'un serpent terrible avait son repaire dans cette contrée, et que le dieu y courrait de grands dangers, Apollon suit le conseil de la nymphe : il bâtit son temple dans la solitaire vallée de Crissa; mais il tue le monstre, et, pour punir la perfidie de Telphuse, il fait disparaître la fontaine à laquelle la nymphe présidait, sous un éboulement de rochers. Apollon se transforme en dauphin, et guide vers Crissa un navire monté par des Crétois de Grosse. Ces Cretois, à l'invitation du dieu, y fixent leur

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séjour, et deviennent les prêtres et les gardiens du nouveau sanctuaire.

Hymne à Herenre.

V Hymne à Mercure n'a rien de cette gravité religieuse qui distingue les deux hymnes à Apollon. C'est une sorte de conte

S resque plaisant, écrit à la manière du récit des amours de [ars et de Vénus dans Y Odyssée. On voit, à l'enjouement du poëte, qu'il n'a nullement la prétention de faire l'hiérophante, et qu'il s'agit uniquement pour lui de vers et de poésie. Le Mercure qu'il chante est un nouveau-né. Mais cet enfant merveilleux quitte son berceau, et s'en va dans la Piérie voler les bœufs d'Apollon. Il les conduit dans une grotte près de Pylos, en dérobant sa marche par d'adroits stratagèmes ; puis, comme un sacrificateur consommé, il égorge et dépèce deux victimes, et en fait un solennel hommage aux différents dieux. Il avait rencontré en son chemin une tortue ; cette tortue, entre ses mains industrieuses, était devenue une lyre. Il se sert de l'instrument nouveau pour apaiser Apollon, qui a deviné le voleur de ses bœufs; et les deux fils de Jupiter contractent ensemble une étroite intimité. L'hymne, bien qu'un peu long, est agréable à lire ; l'esprit y pétille, mais discrètement. C'est de la poésie gracieuse, mais ce n'est guère plus que Y Hymne à Apollon Pythien une œuvre de génie. Ces deux morceaux sont à peu

f>rès contemporains. La lyre dont il est question dans ' Hymne à Mercure est un instrument heptacorde. Or, on sait que c'est Terpandre qui compléta la lyre, en ajoutant trois cordes à l'antique luth des aèdes. V Hymne à Mercure n'a donc pu être composé que depuis l'invention de Terpandre , c'est-à-dire vqrs la seconde moitié du vil6 siècle avant notre ère ; or, Y Hymne à Apollon Pythien l'a été antérieurement à une guerre qui appartient à la première moitié du vi6.

Hymne à Venu*.

L'Hymne à Vénus contient le récit des amours de la déesse avec le troyen Anchise. Vénus se montre à lui sur le mont Ida, sous la forme d'une jeune princesse phrygienne. Mais, à son départ, elle se fait connaître ; elle annonce à Anchise qu'il naîtra d'eux un fils; mais elle lui défend de jamais révéler le secret de la mystérieuse naissance de cet enfant, à moins qu'il ne veuille lui-même encourir la vengeance de

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