‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 22 sur 98 · HYMNES HOMÉRIQUES · texte numérisé non relu

HYMNES HOMÉRIQUES

Jupiter. C'est à quelque homéride qu'il faut attribuer l' Hymne à Vénus. Tout y a la senteur homérique, le sujet lui-même, le ton général du style, le soin que met le poète à ne pas s'écarter de la tradition consacrée par Homère. Ainsi, Homère avait dit : « Énée régnera sur les Troyens, et les fils de ses fils, dans les siècles futurs1. » L'auteur de l'hymne dit à son tour : « Tu auras un fils qui régnera sur les Troyens, et sa postérité ne s'éteindra jamais *. » On conjecture même

se

prétendaient les descendants d'Enée, et dont les familles subsistaient encore vers l'époque de la guerre du Péloponèse. Mais nul ne pourrait fixer, à deux siècles près, la date de Y Hymne à Vénus. Ce morceau, du reste, est assez court; c'est une narration rapide et coulante, mais qui se distingue

Elus par l'absence de tout défaut que par de grandes quatés.

Hymne h Cérès.

De tous les hymnes homériques, le plus précieux, sans contredit, c'est Y Hymne à Cérès, retrouvé seulement au siècle dernier par le philologue Ruhnkenius. C'est tout à la fois et un monument historique d'une haute importance, et un ouvrage fait de main de maître. Nul doute que le poète ne fût un initié des mystères d'Eleusis ; et nous avons là, selon toute probabilité, la plus ancienne de toutes les productions connues de la muse attique. Tout y a la couleur athénienne : légendes , rites, cérémonies, jusqu'au choix de certains noms et de certaines tournures. Cet hymne n'est pourtant pas un de ceux qu'on nommait télètes, ou chants d'initiation. Le ton en est simple et populaire ; c'est aux profanes que s'adresse le poète, mais dans un dessein religieux : il célèbre la gloire du sanctuaire d'Eleusis ; il vante le bonheur des initiés , et dans cette vie et dans l'autre ; il cherche évidemment à inspirer aux hommes le respect des sacrés mystères et le désir d'y participer. Ce n'est donc pas, comme les autres hymnes, un morceau d'apparat, un simple jeu d'esprit, un développement sur un thème mythologique: c'est quelque chose de plus sérieux ; c'est de la religion , presque

u culte, presque de la liturgie.

i. Iliade, chant XX, vers 307, 308. — 3. Hymne à Vému, vers m, 188.

9S QUFITM Tl.

Voilà ce qui explique que le poète ait quelquefois été si heureusement inspire : sa piété lui (ait atteindre au pathétique, comme le patriotisme ionien élevait à la dignité et an ton d'Homère Fauteur de Y Hymne à Apollon Délien. Cette Cérès dont il conte les tribulations, c'est une véritable mère. Plutôn lui a ravi sa fille ; elle, inconsolable de cette perte, elle cherche partout, jusqu'à ce qu'enfin elle apprend ce

3ue Proserpine est devenue. Les JÉleusiniens, qui avaient onné l'hospitalité à Cérès, sans la connaître, lui élèvent un temple, après qu'elle leur a manifesté sa présence. Cependant la déesse fait sentir sa colère aux hommes, en refusant de leur accorder ses dons accoutumés. Mais Jupiter l'apaise, lui rend sa fille ; et, en vertu d'un accommodement qui met d'accord tout le monde, Proserpine doit passer alternativement les deux tiers de l'année avec sa mère, et l'autre tiers avec son époux. Cérès, revenue à la joie et au bonheur, enseigne aux Éleusiniensr en retour de leur hospitalité, les cérémonies sacrées de ses mystères.

Une telle légende était assurément de nature à toucher une âme de croyant. Le poète souffre de la douleur de Gérés. Voici en quels termes il peint l'entrée de la déesse, déguisée en vieille femme i dans le palais de Céléus : « Cérès, la déesse des saisons et des riches présents , ne veut point s'asseoir sur le siège brillant qu'on lui offre. Elle reste sh lencieuse, et tient ses beaux yeux baissés. Mais la sage Iambé lui apporte un siège de bois , qu'elle recouvre d'une blanche peau de brebis. Cérès s'y assied, et de ses mains elle ramène son voile sur son visage. Longtemps elle resta sur le siège, tout entière à sa douleur, sans prononcer un mot, sans s'adresser à personne ni de la voix ni du geste: elle était là immobile, affligée, oubliant le manger et le boire, et consumée du désir de revoir sa fille1. » L'entrevue de la mère et de la fille, devant le temple d'Eleusis, était un tableau saisissant, tout plein de vivacité et de grâce ; mais les traits en ont été en partie effacés par le temps. Sous les mots mutilés qui çn restent , on voit resplendir encore guelque chose de l'antique beauté. Je n'ajoute rien; je me borne à transcrire : « Mercure arrête le char devant le temple odorant de sacrifices, où habitait Cérès à la belle couronne. Dès qu'elle a vu sa fille, elle s'est élancée , comme une ménade

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