Vers 83 et suivants
POÉSIE ÉLÉGIÀQUE ET POÉSIE UMBIQUE. 117
Je n'ai pas la superstition des choses de l'antiquité au point d'admirer comme un chef-d'œuvre la boutade du poète d'Amorgos. La fin du poème manque de précision et quelquefois même de clarté; il n'y a pas beaucoup d ordre dans la succession des divers caractères, ni beaucoup d'art dans les transitions qui les rattachent les uns aux autres. Mais les vers de Simonide offrent assez de traits heureux pour que la lecture n'en soit pas sans agrément.
le Dfargltèe.
L'opinion commune attribuait à Homère un poëme satirique intitulé Margitès , du nom du personnage qui y était tourné en ridicule. Aristote lui-même ne doutait pas de l'authenticité de cet ouvrage. Mais le Margitès était composé de vers hexamètres et de vers ïambiques irrégulièrement mélangés, comme on le voit encore dans le peu qui en reste. La présence de l'ïambe ne permet pas de le ranger parmi les
[productions d'Homère. Il n'est pas probable non plus qu'il e faille rapporter à une époque beaucoup moins ancienne Îue celle qui nous occupe. L'étrangeté même du mélange es deux mètres me porte à croire que le Margitès doit compter au nombre des premiers essais suscités par les inventions d'Archiloque. Le poëme débutait comme il suit : « Il vint à Colophon un vieux et divin aède, serviteur des Muses et d'Apollon qui frappe au loin : il tenait dans ses mains une lyre aux sons harmonieux. » Le mot lyre, à lui seul, prouverait que le Margitès n'était point d'Homère. Je serais fort embarrassé de dire en quoi consistait le poëme. Tout ce qu'on sait, c'est que Margitès y était présenté comme un sot, ou à peu près, qui avait une assez haute opinion de lui-même. « Margitès, suivant le poëte, dit saint Basile, à supposer que l'ouvrage soit d'Homère, n'était ni laboureur, ni terrassier, et n'entendait rien à quoi que ce fût d'utile aux choses de la vie. » On a les deux vers dont saint Basile donne ici le sens, et un autre vers où il est encore question de Margitès : « Il savait beaucoup de choses, mais il les savait toutes mal. » La perte du Margitès est grandement regrettable. Cette satire, au jugement d' Aristote, avait été à la comédie ce qu'étaient à la tragédie Y Iliade et Y Odyssée : les poètes comiques y avaient trouvé le prototype des caractères qu'ils mettaient sur le théâtre , et du style approprié à la peinture des ridicules et des vices.