‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 47 sur 98 · Le signe (?) indique une simple probabilité · texte numérisé non relu

Le signe (?) indique une simple probabilité

parEurysthée. Démophon, fils de Thésée, leur donne asile dans Athènes.

420. Andromaque. Hermione, pendant l'absence de Pyrrhus, veut faire périr Andromaque et son fils Molosse. Pelée, aïeul de Pyrrhus, les sauve des fureurs d'Hermione et de son père Ménélas.

418. ^Suppliantes. Thésée, touché par les supplications des mères de ces chefs argiens qui avaient péri sous les murs de Thèbes, réclame leurs corps, restés sans sépulture; sur le refus des Thébains, il conquiert, par la force des armes, ces tristes dépouilles, qui reçoivent les honneurs accoutumés.

415. Les Troyennes. Partage des captives après la prise de Troie, et mort d'Astyanax, fils d'Hector, précipité du haut des murs de la ville.

412. Electre. Même sujet que les Choéphores d'Eschyle et YÉlectre de Sophocle.

412. Hélène. Ménélas retrouve en Egypte son épouse, parfaitement chaste et fidèle. Ce n'était qu'une ombre d'elle-même, façonnée par Junon, et non point sa personne véritable, que Paris avait séduite et emmenée à Troie.

(?) 410. Iphigénie en Tauride. Iphigénie, prêtresse de Diane, reconnaît Oreste et Pylade, qu'on lui amène pour les sacrifier à la déesse , et elle s'enfuit avec eux loin de la Tauride.

408. Oreste. Oreste et Electre, après le meurtre de leur mère, sont condamnés à mort par les citoyens d'Argos. Avec l'aide de Pylade, ils entreprennent de se venger de Ménélas et des siens; mais l'intervention des dieux sauve toutes les vies menacées, et rétablit la paix dans la famille des Atrides et dans la ville d'Argos.

(?) 408. Les Phéniciennes. Même sujet que les Sept contre Thèbes d'Eschyle. Le nom de la pièce vient de ce que le chœur est composé de femmes phéniciennes, qui se sont arrêtées à Thèbes, en se rendant à Delphes pour y être consacrées au culte d'Apollon.

(?) 408. Hercule furieux. Hercule, à son retour des enfers, se défait de Lycus, qui s'était emparé de la royauté dans Thèbes. Junon frappe le héros de démence : il tue sa femme et ses fils; puis, revenu à lui-même, il veut quitter la vie. Thésée le console et l'emmène à Athènes , où il expiera ses crimes involontaires.

Après la mort d'Euripide, probablement en 406, on représenta trois tragédies que le poète avait composées ou achevées pendant son séjour en Macédoine. Une de ces tragédies, intitulée Alcméon, n'existe plus; mais nous possédons les deu* autres, qui sont les Bacchantes et Iphtgénie à Aulis. Le sujet des Bacchantes est un de ceux que traitaient de préférence les premiers tragiques : c'est la mort terrible de Penthée, mis en pièces par les ménades, pour s'être opposé à rétablissement du culte de Bacchus en Grèce. Celui d'Iphigénie à Aulis n'a pas besoin d'être indiqué. Je remarquerai seulement que Diane enlève la victime , et qu'elle substitue une biche à la place de la fille d'Agamemnon.

Aucune des tragédies que je viens d'énumérer n'appartient aux débuts d'Euripide, puisqu'en 438 il y avait déjà Îuatorze ans qu'il présentait des pièces au concours. Le hésus, dont il est impossible de fixer même approximativement la date, est, selon toute vraisemblance, de l'époque où Euripide se cherchait encore et ne s'était point trouvé. Cette tragédie est tellement inférieure à toutes les autres, que plusieurs critiques doutent de son authenticité. Ce n'est pas qu'elle n'offre aucune trace de talent ; mais on peut dire qu'il était difficile à un homme comme Euripide de tirer

1)lus mal parti des aventures contées dans le dixième livre de 'Iliade , et de mieux défigurer les grands caractères tracés par Homère.

&e Cyelope.

Le Cyclope, dont on ignore également la date, mais qui vaut infiniment mieux dans son genre que le Rhésus dans le sien, mérite de nous arrêter un instant, puisqu'il est le seul de tous les drames satyriques qui nous ait été conservé.

C'est l'aventure d'Ulysse dans la caverne de Polyphème. Mais Euripide a égayé la légende fournie par le neuvième livre de Y Odyssée, en y introduisant l'élément indispensable à tout drame satyrique, à savoir les satyres. Les satyres, et Silène leur père, sont tombés entre les mains de Polyphème, tandis qu'ils couraient sur les mers à la recherche de Bacchus, qu'avaient enlevé des pirates. Polyphème en a fait ses esclaves: ils sont occupés à paître ses troupeaux, à bien tenir en ordre son habitation; et l'on voit, au début de la pièce, le vieux Silène , armé d'un râteau de fer, et s'apprétant à net-

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toyer l'antre du cyclope. Ulysse, aidé de ses compagnons, les délivre de leur captivité, par les mêmes moyens dont il se sert dans l'Odyssée.

Polyphème est bien tel que Ta peint Homère ; mais à ses traits connus Euripide a ajouté une sorte de jovialité un peu grossière, qui ne lui messied pas. Avant même de s'être enivré, et avant d'avoir aperçu Ulysse, il ne dédaigne pas de

flaisanter avec les satyres : « Mon dîner est-il prêt? — Oui. ourvu seulement que ton gosier le soit aussi. — Les cratères sont-ils pleins de lait? — Oui ; à en boire , si tu veux, tout un tonneau. — De lait de brebis ou de vache, ou de lait mélangé ? — A ton choix ; seulement ne m'avale pas moimôme. — Je n'ai garde; vous me feriez périr, une Fois dans mon ventre, par vos sauts et vos gambades1. » Un peu plus tard, dans ses réponses au fils de Laërte, qui demande la vie

Eur lui et les siens, il expose, avec une verve bouffonne , principes de sa philosophie d'anthropophage, et il va jusqu'à l'impiété et à l'ordure, quand il se compare à Jupiter, et qu'il exprime à sa manière l'estime qu'il fait du bruit de la foudre. Mais, après qu'il a bu, il se déride tout à fait ; et le terrible personnage dépasse de beaucoup les bornes de cette plaisanterie décente que permettait, suivant Horace, la gaieté du drame satyrique.

Silène , voleur, ivrogne et menteur, au demeurant amusant compagnon, et qui se signale, pendant le festin du Bcyclope, par plus d'une espièglerie, n est pas dessiné non us conformément au type quelque peu sévère que préfère orace, etqu'avaient sans doute réalisé Sophocleou Eschyle.

Les satyres n'ont pas les défauts de leur père ; ils en ont un autre, qui n'est pas fort noble non plus, mais qui les rend plus divertissants encore que Silène : ils sont poltrons à merveille. 11 faut les voir et les entendre , au moment décisif, après qu'ils ont promis à Ulysse de le seconder dans son entreprise , quand le tison est prêt , et qu'Ulysse les appelle à l'œuvre.

« Ulysse Silence, au nom des dieux, satyres ; ne bougez ; fermez bien votre bouche. Je défends qu'on souffle, ou qu'on cligne de l'œil, ou qu'on crache; gardons d'éveiller le monstre, jusqu'à ce que le feu ait eu raison de l'œil du cyclope. Le CflOEGR. Nous faisons silence , et nous renfonçons notre

i. Euripide, le Cyclope, yers 214 et foirants.

haleine dans nos gosiers. Ulysse. Allons, maintenant, entrez dans la caverne, et mettez la main au tison ; il est bien et dûment enflammé. Le choeur. Est-ce que tu ne régleras

Eas quels sont ceux qui doivent saisir les premiers la poutre rûlante, et crever l'œil du cyclope? Car nous voulons avoir part à l'aventure. 1er demi-chcbor. Quant à nous, la porte est trop loin pour que nous poussions d'ici le feu dans cet œil. 2e demi-chœur. Et nous, nous voilà tout à l'instant devenus boiteux. 1er demi - choeur. C'est le même accident que j'é-

[>rouve aussi. Debout sur nos pieds, nos nerfs nous tirailent, je ne sais pourquoi. 2e demi-choeur. Vraiment? Ier dbmichûeur. Et nos yeux sont pleins de poussière ou de cendre , venue je ne sais d'où. »

Ulysse gourmande leur lâcheté : ils répondent en invo-

auant l'intérêt de leur peau ; ils disent connaître un chant 'Orphée, qui suffira d'ailleurs à l'affaire, et qui mettra seul le tison en branle. Ulysse les quitte, et court dans la caverne. Alors ils retrouvent toute la bravoure de leurs paroles, et ils encouragent, par de vives exhortations, ceux qui font pour eux la besogne. Ils s'amusent ensuite du cyclope aveuglé et tirent bon parti de l'équivoque inventée par Ulysse; et le nom de Personne fournit une scène d'un comique fort gai, que complète le tableau des tâtonnements du cyclope et de ses fureurs impuissantes.

Je ne prétends pas mettre cette bluette dramatique au rang des chefs-d'œuvre. Mais la marche de la pièce est vive, les caractères nettement exquissés, la diction pleine d'entrain. C'est une lecture fort agréable, et qui n exige aucun de ces efforts auxquels nous sommes réduits à nous condamner, pour pénétrer le sens des vers d'Aristophane, trop souvent impénétrable à notre ignorance. Ce n'est pas tout à fait de la comédie ; c'est encore moins de la tragédie, malgré les noms des personnages : c'est un je ne sais quoi qui n'est ni sans mérite ni sans charme.

Revenons aux tragédies.

Cténte dramatique d'Euripide.

Je ne partage aucune des préventions qui ont armé Schlegel contre Euripide, et dont d'autres critiques plus bienveillants n'ont pas su tout à fait se défendre. Je ne ferme pourtant pas les yeux sur les défauts que présentent la plupart de ses pièces, encore qu'ils soient amplement

compensés par des qualités admirables. Je conviens donc qu'Euripide a eu tort de sacrifier quelquefois l'unité d'action au désir d'entasser les incidents et les catastrophes ; que la gradation des scènes n'est pas toujours fort sensée, et qu'il compte trop, pour exciter ou ranimer l'intérêt, sur les coups de théâtre et les péripéties imprévues. Je lui reprocherai aussi d'avoir beaucoup trop souvent éludé, par des moyens vulgaires, les capitales difficultés de l'art. Il est par trop commode d'envoyer, au début d'une tragédie , quelque dieu ou quelque héros, qui nous dit son nom, qui nous conte pourquoi il est venu, et quel est le lieu où il nous apparaît, et ce qui s'y est déjà passé, et ce qui s'y passe maintenant ; une sorte de cicérone enfin , dont le discours officieux nous introduit dans l'action de la pièce et tient à peu près lieu d'exposition. Il n'est pas moins commode, quand on ne sait comment dénouer une action, ou quand on ne s'en veut pas donner la peine, d'appeler un dieu à son aide, pour donner aux choses une tournure satisfaisante. Horace dit avec raison que la divinité ne doit intervenir dans la tragédie , que si le nœud est vraiment digne d'être dénoué par un dieu. Le Philoctète de Sophocle était peutêtre présent à l'esprit d'Horace, au moment où il formulait cette règle de bon sens. Hercule y apparaît, parce qu'il y doit apparaître , et parce que nos vœux l'y appellent. Mais plusieurs de ces dieux qu'Euripide fait descendre de la machine ne viennent que parce que le poëte a besoin d'eux. Je regrette aussi qu'Euripide semble s'être défié de son génie lyrique. Le chœur, dans ses tragédies, est réduit à des proportions trop exiguës : il figure, pour ainsi dire, par manière d'acquit ; il n'y est point véritablement personne, et n'a guère qu'un rapport indirect avec l'action.

Il faut donc bien convenir, avec Aristote, qu'Euripide n'est pas toujours heureux dans la conduite de ses pièces , et que Sophocle avait mieux entendu que lui l'art de combiner le drame avec les chants du chœur. Mais il m'est impossible de m'associer entièrement à d'autres reproches que certains modernes lui adressent. S'il était vrai qu'Euripide eût altéré à son gré la mythologie, serait-ce bien à nous qu'il conviendrait de lui en faire un crime? Mais je crois qu'il n'avait pas même besoin d'inventer, pour donner aux vieilles traditions le caractère qu'il désirait. Des milliers de poètes, avant lui , les avaient altérées , surchargées, maniées et re-

maniées dans tous les sens. Il y avait, sur chaque sujet, une foule de versions différentes. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, Stésichore avait essayé, bien avant Euripide, de prouver qu'Hélène n'avait jamais mis le pied dans Troie, et de réhabiliter sa vertu. Je crois bien que la mythologie n'était pour Euripide qu'une matière poétique, et qu'il en usait assez librement avec elle, surtout parce que les traditions les plus accréditées n'avaient ni sa foi, ni même son respect. Mais, si Euripide est coupable pour s'être fait une trop haute idée de la divinité, pour en avoir conçu l'unité, la spiritualité , l'ineffable toute-puissance , nous devons applaudir au noble dévouement des citoyens qui ont accusé Socrate et à l'admirable vertu des juges qui lui ont fait boire la ciguë ; nous devons nier tout progrès moral , et condamner tout ce qui nous a faits nous-mêmes ce que nous sommes.

Quant à l'idée du destin, qu'Euripide a trop affaiblie, selon les mêmes critiques, je dirai d'abord que la fatalité est loin d'être toute l'âme de la tragédie avant Euripide. Il y a quelque chose de bien plus humain, qui se montre à côté d'elle, et qui sert à en corriger les effets. La fatalité fait le coupable involontaire ; mais le coupable réagit à son tour, et victorieusement, contre la fatalité : Oreste parricide, OEdipe, parricide et incestueux, rentrent en grâce avec eux-mêmes, avec la divinité et avec les hommes, par l'expiation de la souffrance , par la prière et le repentir. Euripide ne peint pas des hommes précipités directement par les dieux dans d'inévitables infortunes : il a, selon la judicieuse expression d'un critique, déplacé la fatalité; il ne l'a pas effacée. Chez lui , les dieux envoient aux mortels d'invincibles passions , et ces passions sont la source de tous leurs maux.

On dit qu'Euripide avait été marié deux fois, et que ces deux unions n'avaient pas été fort heureuses. De là , à en croire quelques-uns, la mauvaise opinion que le poëte s'était faite de l'autre sexe, et qu'il a si souvent exprimée dans ses vers. On le caractérisait même par le surnom de misogyne, ou d'ennemi des femmes. Il est vrai qu'il se trouve en plus d'un endroit de ses poèmes des mots que les femmes n'ont pas pu prendre pour des compliments ; mais il s'agit de savoir si les personnages qui les prononcent parlent selon leur caractère, ou si le poëte perce à travers le masque de ses personnages. Il était bien difficile d'éviter de pareils

traits dans les rôles que passionnent les désespoirs de l'amour. Eschyle lui-même, qui n'a jamais peint des héros amoureux, pourrait en fournir de semblables, et particulièrement dans le rôle d'Étéocle des Sept contre Thèbes. D'ailleurs Euripide a donné , ce semble , un éclatant démenti à sa réputation, en créant ces pures et touchantes figures de

B' unes filles qui se résignent à la mort, Iphigénie, Polyxène, acarie ; d'épouses dévouées jusqu'au sacrifice de leur vie, Évadné et surtout Alceste; en traçant enfin, dans YOreste, le tableau de la tendresse presque maternelle d'Electre pour son frère.

Quoique Euripide ait abusé trop souvent des apophthegmes et des sentences morales; quoique ses héros aient Pair quelquefois de sortir, tout frais émoulus, des leçons d'Ànaxagore ou des spirituelles causeries de Socrate, on peut dire, en général, que cette altération des caractères antiques était dans le droit d'Euripide, tout autant que celles dont ne s'était fait faute , dans l'intérêt de ses compositions, aucun de ses devanciers, ni Sophocle, ni même Eschyle. Euripide n'est blâmable que pour les avoir rajeunis et civilisés ft l'excès, non pas tous encore, mais un trop grand nombre, à commencer par Hippolyte et môme Achille. Que si ses héros prononcent quelquefois des paroles malsonnantes, faut-il mettre sur son compte tout ce que leur fait débiter la passion ou la colère, et lui intenter un procès, comme ce contemporain qui le traduisit en justice, parce qu' Hippolyte avait dit : « La langue a juré, mais l'âme n'a pas juré * ? » Eschyle et Sophocle, à ce compte, ne seraient guère moins répréhensibles. Les légèretés de Jocaste, par exempte, auraient dû faire taxer d'impiété le pieux auteur A'OEdipe-roi et d'OEdipe à Colorie. Euripide avait raison , quoi qu'en dise Schlegel, de soutenir que, pourvu qu'un personnage portât à la fin la peine de ses méfaits, le poète était en droit de le peindre même vicieux et scélérat, et de mettre dans sa bouche des discours blasphématoires. Mais je ne le félicite que médiocrement d'avoir un peu trop mérité l'éloge que lait de lui Quintilien, qu'il est, de tous les tragiques, celui dont l'étude est le plus utile aux aspirants orateurs. Ses personnages discutent et avocassent quelque-

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