‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 61 sur 98 · ORATEURS DS LA PIN DU CINQUIÈME SIÈCLE AVANT J. C · texte numérisé non relu

ORATEURS DS LA PIN DU CINQUIÈME SIÈCLE AVANT J. C

qui manquait la puissance oratoire. Les autres démagogues ne furent guère que des agitateurs de bas étage, des hommes qui n'avaient pour talent que les finesses, non usées encore, de la sophistique.

Alcibiade.

Il ne faut point compter parmi eux Alcibiade ni Critias. C'étaient, malgré tous leurs défauts et tous leurs vices, deux hommes d'État , deux véritables orateurs. Ajoutez qu'ils ne s'étaient pas formés à l'école des sophistes. Alcibiade avait appris à connaître les affaires dans la maison de Périclès, son oncle et son tuteur. Il n'avait pas fait grand profit des leçons de vertu que lui avait données Socrate ; mais il se souvenait de ses leçons de goût. 11 parlait avec une grâce parfaite et avec infiniment d'esprit; et un léger défaut dans la prononciation, un grasseyement un peu enfantin, l'hésitation même avec laquelle il cherchait quelquefois le mot propre , n'empêchaient pas qu'on l'écoutat avec plaisir, de même que sa morgue aristocratique et ses insolences de bon ton avaient le don de charmer les Athéniens. Mais il n'avait pas même besoin, pour réussir auprès du peuple, de se mettre en frais d'éloquence : aussi négligea-t-il de perfectionner ses talents, et demanda-t-il ses succès à d'autres prestiges, à sa jeunesse, à sa beauté, à son courage, à sa richesse et à ses libéralités.

Crltla*.

Critias , le tyran et le poëte élégiaque, était aussi un disciple de Socrate. L'ambition fit de lui un homme violent et sanguinaire, un sophiste au besoin, habile à couvrir les plus détestables pensées de généreuses apparences ; mais il se garda bien d'emprunter aux sophistes leur style et leur façon de dire. C'était un pur attique , et par la simplicité du tour et par la langue. Son éloquence, comme sa poésie, était un peu sèche, mais non sans vigueur ni sans éclat. Il avait laissé des discours écrits, et il méritait de figurer dans la liste des orateurs classiques; mais les critiques alexandrins se sont souvenus sans doute des vices et des crimes de l'homme, et ils ont condamné l'orateur.

Antlphon.

Il restait encore, après Périclès, quelques hommes de la

914 fHAMTM lîtllî.

vieille génération, que l'âge n'avait point désarmés, qui n'étaient m des sophistes nj des ambitieux, et qui perpétuaient, à travers cette corruption politique, les antiques traditions de l'honneur et de la vertu. Tel semble avoir été Ântiphon,ledigne ami de Thucydide et de Socrate. 11 était néen 480, à Rhamnunte en Attjque, Comme Thucydide, il eut plusieurs fois des commandements militaires, durant la guerre du Péloponnèse ; oo croit même qu'il fut archonte en 418. 11 était l'âme du parti aristocratique, En 411, il fut mis en accusation et condamné à mort, à 1 âge de soixante-neuf ans , sous prétexte de trahison, parce qu'il avait essayé de conclure la paix avec les Lacédémoniens. Son cadavre fut jeté hors du territoire, sa maison rasée , ses enfants et sa postérité dégradés de leurs droits civiques. Le discours qu'Antiphon avait prononcé pour sa défense était un chef-d'oeuvre ; mais ses jugçs étaient sourds, et l'avaient condamné d'avance.

Thucydide fait un beau portrait de cet homme éloquent et honnête1. « Antipbon, dit-il, ne le cédait en vertu h aucun Athénien de son temps; il excellait et à penser et à exprimer ses pensées.* Sa réputation de sévérité avait contribué à le rendre suspect au peuple; mais, pour ceux qui étaient en procès, soit devant les tribunaux, soit devant le peuple lui-même, l'appui d'Antiphon seul valait mieux que tous les conseils. » Antiphon était, comme os le voit, encore plus un avocat qu'un orateur politique. Il s'était voué surtout à la défense des accusés, et il avait écrit, dit-on, au-dessus de la porte de sa demeure : Ici l'on console les malheureux. Il avait amassé à ce métier une fortune considérable, et aussi en enseignant aux jeunes gens ces principes de Part oratoire que lui avaient révélés son talent, son expérience, et surtout' son âme. On prétend qu'à quarante ans et plus , il alla à l'école de Gorgias : sans doute ce fut, comme Socrate y allait, pour pénétrer les vanités de la sophistique, ponr apprendre à prémunir ses disciples contre les arguments captieux, et pour se confirmer lui-même dans ses graves et sévères méthodes. Les contemporains d'Aleibiade donnaient au vieil orateur de l'aristocratie le nom de Nestor; et le titre de Rhamnusien était devenu synonyme d'homme éloquent, grâce à l'éloquence du citoyen de Rhamnunte. Il déplaisait souverainement aux générations nou-

i. Thucydide, livre VÏH, chapitre lxviii.

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