‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 62 sur 98 · ORATEURS DE LA FIN MJ CINQUIÈME SIÈCLE AYANT J. C · texte numérisé non relu

ORATEURS DE LA FIN MJ CINQUIÈME SIÈCLE AYANT J. C

velles; et pourtant l'admiration triomphât des préventions de la haine.

totscem* Attribué» à Afttlftboa.

Nous possédons quinze discours attribués à Antiphon. Hais la haute idée que nous sommes en droit de nous faire des œuvres qui lui avaient mérité l'honneur de figurer parmi les grands orateurs, ne permet guère de regarder ces discours comme authentiques. Ce sont des plaidoyers, dont trois seulement semblent avoir été prononcés dans des causes réelles. Les douze autres ne sont que des déclamations d'école , distribuées en trois tétralogie» : chaque tétralogie se compose de quatre discours, roulant sur le même sujet. U est fort possible que ces douze plaidoyers soient sortis de l'école même d' Antiphon, et que ce soient les rédactions de quelques exercices de ses disciples; mais la main du mettre n'y est pas visible. Les trois autres eux-mêmes ne sont guère plus dignes d'Antiphon* D'abord, on y chercherait en vain quelque chose qui ressemble à l'éloquence; et, au lieu de cette plénitude de pensées, de cette gravité, de cette ma-

Ï' «té, dont on prétend qu'Antiphon avait enseigné le secret à hucydide, on y trouve en abondance, et dans le style et dans la diction, les défauts de l'école de Gorgias , les antithèses, les désinences symétriques, et toutes ces combinaisons de mots et de syllabes dont les sophistes étaient si fiers. Le moins mauvais des trois, le plaidoyer pour un Mitylénien accusé d'avoir assassiné en voyage un certain Hérode, en est luimême infecté. Si ce discours est d'Antiphon , il faut que Thucydide nous ait bien trompés, ou que l'orateur ait été sujet à des chutes bien extraordinaires* Le Rhamnusien devait écrire pour ses clients des discours un peu plus pathétiques et un peu moins affectés que le plaidoyer pour Hélos de Mi* tylène. Peu nous importe d'ailleurs d'où viennent et ce dis-» cours et les deux autres, et surtout les trois tétralogies.

Andoclde.

La vie d'Andocide forme avec celle d'Antiphon un frappant contraste. Il était né à Athènes en 468. Sa jeunesse fut livrée à de folles dissipations, son Age mûr à toute sorte d'intrigues, et la vieillesse même ne le rendit pas sage. Il ao~ quit, par son talent, l'autorité que ne pouvaient lui donner ses vices. U fut un des citoyens charges de négocier , avec

Lacédémone, la paix de trente ans qui précéda la guerre du Péloponnèse. En 415, il fut enveloppé'avec Alcibiade dans une accusation de sacrilège , à propos de la mutilation des Hermès et de la profanation des mystères. Il s'en tira en accusant à son tour d'autres personnes qui n'avaient point été soupçonnées, et en profitant des privilèges accordés aux révélateurs. Il se mit ensuite à courir le monde, et s'enrichit par toute sorte de moyens. Rentre à Athènes, il en fut chassé parles Trente, et il n'y revint qu'avec Thrasybule. On reprit plus tard contre lui la vieille accusation de sacrilège; et, à soixantehuit ans, il lui fallut défendre sa vie de nouveau menacée. 11 échappa cette fois encore ; mais il prit le parti de quitter sa patrie, où presque tous les gens de bien étaient ses ennemis, et il alla mourir en exil , sans doute auprès de son ami le roi Évagoras , à qui il avait vendu à deniers comptants une petite-fille du juste Aristide , sa propre cousine et sa pupille.

Cet homme méprisable et méprisé se transformait à la tribune, ou en face de ses accusateurs, et il faisait oublier, à force de talent, toutes ses turpitudes. Ce n'était pas une éloquence impétueuse , ni ces mouvements sublimes qui ne partent que des grandes âmes. C'était un courant pur, lim-

Ï)ide , d'une rapidité modérée ; une clarté d'exposition paràite, un style sans aucun apprêt, simple, naïf, le style de la vieille école , et je ne sais quel parfum d'innocence qui ne sentait guère son Andocide. Tel se montre encore à nous cet orateur, dans les ouatre discours qui nous restent des sept qu'il avait écrits. On en jugera à Texorde du plaidoyer par lequel Andocide se défendit, en 400, contre l'accusation capitale intentée par Céphisius et appuyée par Lysias.

« Les intrigues et les animosités de mes ennemis, acharnés à me persécuter dès l'instant de mon retour dans Athènes, vous sont connues, citoyens; et de longues réflexions sur ce sujet seraient superflues. Je me borne à une juste demande, qui vous sera facile à accorder, et à moi bien précieuse. Songez qu'en comparaissant devant vous librement, sans caution, sans emprisonnement préalable, je m'appuie sur le bon droit, sur votre équité, certain que, loin de me laisser en proie à mes ennemis, vous m'arracherez de leurs mains par une sentence couforme aux lois et à votre serment. De toutes parts on me rapportait les paroles de ces hommes. — Andocide n'attendra pas son jugement;

Page 1