‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 63 sur 98 · ORATEURS DE LA FIN DU CINQUIÈME SIÈCLE AYANT J. C · texte numérisé non relu

ORATEURS DE LA FIN DU CINQUIÈME SIÈCLE AYANT J. C

il s'éloignera, il prendra la fuite. Qui? lui, affronter un procès périlleux, lorsqu'il peut partir, emporter d'abondantes provisions, retourner dans cette île de Cypre, où il a des domaines considérables, donnés par la munificence d'un prince! Quelle considération le retiendrait ici? ne voit-il pas le triste état de la république? — Combien de telspensers sont loin de mon cœur, ô Athéniens! Non, quelques jouissances que m'offre l'étranger, quelque humiliée que puisse être Athènes, je ne saurais vivre éloigné de ma patrie ; et le litre d'Athénien me semble bien préférable a celui de citoyen des villes les plus florissantes. Pénétré de ces sentiments, je remets ma vie entre vos mains. »

Tout le reste du discours Sur les mystères est digne de ce début. Andocide s'élève jusqu'au pathétique, quand il raconte ce qui s'était passé dans la prison où il était enfermé avec ses proches, et comment ceux-ci l'avaient déterminé à faire des révélations. 11 y a aussi des portraits de quelquesuns de ses ennemis, qui sont tracés de main de maître. Les autres discours d'Andocide, Contre Alcibiade, Sur son propre retour, Sur la paix avec les Lacédémoniens , sans être des chefs-d'œuvre, sont remarquables par des qualités analogues, et précieux, comme le discours Sur les mystères, par les détails intéressants qu'ils nous fournissent concernant l'histoire contem poraine .

Lysla».

Lysias, que les Alexandrins nomment avec Antiphon et Andocide, est bien plus connu, non pas peut-être parce que nous possédons de lui un assez grand nombre de discours, mais parce que Cicéron a célébré plus d'une fois ses niérites. Il était né à Athènes, en 459. Céphale, son père, était un riche Syracusain, établi depuis quelque temps en Attique. Lysias, avec son frère aîné, Polémarque, alla habiter Thurii en Italie, après la mort de son père. Il y resta longtemps, et il ne revint à Athènes qu'en l'année de la mort dé l'orateur Antiphon. Après la prise d'Athènes par les Lacédémoniens, ils furent en butte, Polémarque et lui, à la haine des Trente. Leurs biens furent confisqués, et Polémarque forcé de boire la ciguë ; pour Lysias , il s'enfuit à Mégare avec d'autres proscrits. Il rentra dans Athènes après la destruction de la tyrannie , et il fut admis par Thrasybule au nombre des citoyens. On lui contesta depuis ses droits; et, pour un simple défaut

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de forme , il les perdit sans pouvoir jamais les recouvrer. Il mourut eu 379 , à quatre-vingts ans.

Lysias avait écrit plus de deux cents discours; mais il n'en avait prononcé personnellement que quelques-uns : sa condition d'étranger ne lui permettait pas de se mêler activement des affaires politiques, ni de montera la tribune; il écrivait pour d'autres, ou simplement pour être lu. C'est surtout Comme auteur de plaidoyers qu'on l'estimait chez les anciens. « Ceux, dit Cicéron dans le Brutvs, qui prennent Lysias pour modèle, prennent pour modèle un orateur judiciaire, non pas certes bien ample ni bien majestueux, mais néanmoins fin et élégant, et assez solide pour se bien soutenir dans les causes du barreau. » Ailleurs, Cicéron répète le même éloge, puis il ajoute : « On oserait presque déjà le nommer un orateur parfait. » Quintilien , après avoir aussi parlé de la finesse et de l'élégance de Lysias, ajoute judicieusement: « Si c'était assez pour l'orateur d'expliquer des faits , il ne faudrait chercher rien de plus parfait que Lysias , car il n'y a chez lui rien d'inutile, rien de superflu : cependant il ressemble plus à une claire fontaine qu'à un grand fleuve. »

Les Athéniens, si jaloux de leur atticisme, reconnaissaient dans Lysias, étranger pourtant, un des plus purs écrivains attiques ; et ce renom fit de lui, dès son vivant, un classique, un auteur qu'on étudiaitpour ladictionet pour lechôix exquis des termes. Mais, il faut bien le dire, c'était là toute l'éloquence de Lysias. Rien de plus tiède et même d'aussi peu intéressant que ses discours, à moins qu'on n'y cherche des renseignements historiques ou des particularités grammaticales. Lysias n'a pas même cette étincelle de la flamme oratoire qu'on sent chez Andocide. Voyez, par exemple, son accusation contre Ératosthène, celui des Trente au*» quel il attribuait la mort de son frère. Il raconte las malheurs de Polémarque et les siens presque aussi froidement que si c'était l'histoire d'hommes des temps antiques; et, quand il peint la sanglante oligarchie des Trente, il ne trouve pas un de ces accents énergiques qui décèlent une émotion véritable. Que s'il en est ainsi d un discours que Lysias avait prononcé lui-même, on peut juger de ce que sont des plaidoyers composés pour d'autres, ou des discours d'apparat. Son Oraison funèbre des guerriers d'Athènes, morts en secourant les Corinthiens est insipide. Nous ne pouvons pas nous faire à l'idée d'une éloquence sans en*

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