ARISTOTE ET THÉOPHRASTE
COMPARAISON D'ARISTOTE ET DE PLATON. — VIE D'ARISTOTE. — POÉSIES D'ARISTOTE. — DIALOGUES D'ARISTOTE. — TRAITÉS POPULAIRES. — CARAC- TÈRE DES GRANDS OUVRAGES D'ARISTOTE. — VIE DE THÉOPHRASTE. — LE LIVRE DES CARACTÈRES.
CoaiparalMn d'Artetete et de Platon.
Aristote nous apparaît avant tout comme le contradicteur de Platon ; non-seulement comme le contradicteur de ses doctrines, mais comme un écrivain qui avait pris à tâche de différer complètement, parle style, de l'auteur du Phédon et du Banquet. Ce n'est là pourtant qu'une image incomplète et trompeuse; et Aristote a été, dans la réalité, je ne dis pas plus digne de son divin maître, mais beaucoup plus semblable à lui qu'on ne le prétend d'ordinaire. Quant aux doctrines, Aristote a beau prendre sans cesse Platon à partie, ce qu'il a conservé de lui est bien plus considérable que ce qu'il a rejeté ; il n'a fait le plus souvent que répéter sous une autre forme, plus sévère et plus scientifique, ce que Platon avait chanté en poète, ou révélé en hiérophante ; et, là même où il attaque le plus vivement Platon, ce sont encore des conceptions platoniciennes qu'il perfectionne ou détériore, {>lutôt que des idées vraiment nouvelles qu'il introduit dans a science. Il est resté bien plus spiritualisteet bien plus platonicien qu'il ne l'avouait lui-même. Son originalité philosophique n'a brillé de tout son éclat que dans les sciences que Platon avait négligées ou n'avait pu connaître : partout ailleurs, ce n'est guère qu'une méthode nouvelle substituée à une ancienne méthode, et des résultats en général moins satisfaisants, même pour la raison.
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Quant au style d'Aristote, il n'en faut pas juger seulement d'après les ouvrages qui nous sont parvenus. Aristote avait eu plusieurs manières; et ce n'est que dans son âge mûr et dans sa vieillesse qu'il dépouilla complètement l'artiste, et qu'il écrivit avec ce dédain de l'élégance et de la grâce, avec cette concision excessive qui ne redoute pas les ténèbres, et qui réduit, peu s'en faut, la diction à une véritable sténographie de la pensée. Il avait composé des ouvrages admirables par la richesse et le coloris du style; et ses dialogues, sans égaler ceux de Platon, étaient comptés parmi les plus beaux monuments de la littérature grecque. 11 était poëte aussi, et poète en vers. Les débris de ses poésies, de ses dialogues, de ses traités populaires, et le témoignage unanime des auteurs anciens, prouvent qu'il avait été , durant longtemps, le continuateur des traditions littéraires de l'Académie.
Vie d' Aristote.
Aristote était né en 384, à Stagire, sur le golfe strymonien. Nicomachus, son père, qui était médecin d'Amyntas II, roi de Macédoine , le laissa orphelin fort jeune, sous la tutelle d'un certain Proxène d'Atarne, en Asie Mineure. A dix-sept ans, Aristote vint étudier à Athènes ; trois ans après il commença à suivre les leçons de Platon, et il ne quitta plus l'Académie qu'à la mort du philosophe. En 348, il retourne à Atarne, se lie d'amitié avec le tyran Hermias, et devient son gendre. En 345, Hermias est assassiné, et Aristote se réfugie aans l'île de Lesbos. Philippe, roi de Macédoine, l'appelle en 343 à sa cour, et lui confie l'éducation d'Alexandre. Quand Alexandre est monté sur le trône, Aristote vient se fixer à Athènes, et ouvre une école de philosophie, dans le gymnase nommé le Lycée. Mais, après la mort d'Alexandre, en 323, il fut obligé de quitter Athènes, pour échapper aune accusation d'impiété, et il s'enfuit à Chalcis, en Eubée, où il mourut de maladie, vers la fin de Tannée suivante, à l'âge de soixantedeux ans.
Poésies «Aristote.
Cet écrivain, que nous connaissons si froid, si sec, si rude, si peu facile à entendre, a eu cette singulière fortune qu'en dépit des ravages du temps, il nous reste, de ses poésies, des échantillons assez beaux pour nous forcer à saluer en lui le premier poëte lyrique de son siècle, et un poëte qui eût
mérité, même en un siècle plus favorisé des Muses, éloges et renom. Les fragments des chants épiques et des élégies d'Aristote sont trop informes ou trop insignifiants pour qu'on puisse juger s'il avait marché d'un pied suffisamment ferme dans les voies d'Homère et de Tyrtée. Mais le scolie sur Hermias, qu'on nomme aussi Y Hymne à la Vertu, est une des plus pures inspirations du génie antique.
« Vertu , objet des travaux de la race mortelle, le plus noble but que puisse poursuivre notre vie! pour ta beauté, ô vierge! mourir même est dans la Grèce un sort envié, et endurer, sans fléchir, d'accablantes fatigues; si vive est la passion que tu jettes dans le cœur, si pleins d'immortalité les fruits que tu portes! fruits plus précieux que l'or, qu'un père ou une mère, que le sommeil qui nous repose à la fin du jour. C'est pour toi qu'Hercule, nls de Jupiter, que les fils de Léda ont accompli de pénibles exploits, proclamant, par leurs œuvres, ta puissance souveraine ; c'est par amour pour toi qu'Achille et Ajax sont descendus au séjour de Pluton ; c'est pour ta beauté chérie que le nourrisson d'Atome [Hermias] a perdu la lumière du soleil. Aussi est-il glorieux par ses œuvres; et lès Muses le rendront immortel, les Muses, filles de Mnémosyne, qui célébreront en lui l'ami sûr et fidèle, l'observateur des lois dé Jupiter hospitalier. »
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Les dialogues d'Aristote étaient des ouvragés d'une lecture
plus grand et le plus fortuné des hommes ! sache que nous estimons heureux ceux qui sont morts, et que nous regardons comme une impiété de mentir ou de médire sur leur compte, maintenant qu ils sont devenus bien plus parfaits. Cette opinion est si ancienne, que personne n en connaît ni l'auteur ni la première origine: elle est établie parmi nous depuis plusieurs siècles. D'ailleurs, tu sais la maxime qui de tout temps est dans la bouche de tout le monde. — Quelle estelle? — C'est que le plus grand bien est de né pas naître, et que la mort est préférable à là vie. Les dieux ont souvent confirmé cette maxime par leur témoignage, et, en parti-