ARISTOTE ET THÉOPHRASTE
sans trop de labeur. Je ne dis rien de la Poétique, qui n'est qu'un informe lambeau d'un ouvrage perdu, ou que l'ébauche d'un ouvrage inachevé : ce détritus ou cet embryon, précieux pour les renseignements qu'il fournit à l'histoire, est plein de théories hasardées, et prouve qu' Aristote s'entendait mieux à composer de beaux vers, qu'à définir l'essence delà poésie ou à régler les lois des genres littéraires. Il a fallu toute f'infatuation aristotélique d'Heinsius, de d'Aubignac et d'autres, pour trouver un code littéraire dans cet obscur fatras, et toute leur impudence pourimposer, aunomd'Aristoteet de la raison, ce qu'ils avaient rêvé en cherchant à comprendre la purgation aes passions par la terreur et la pitié, et comment tout ce qui est dans l'épopée est dans la tragédie, et comment l'homme est poète parce qu'il a l'instinct de l'imitation à un plus haut degré que le singe.
On rencontre pourtant çà et là, dans les traités acroamatiques, à travers ce prodigieux dédale de distinctions, de définitions et de syllogismes, des choses un peu plus humaines, et qui rappellent l'Aristote platonicien. Il y en a jusque dans la Métaphysique. Ainsi, par exemple, les pages admirables où Aristote décrit les caractères de la vraie philosophie, et en particulier ce charmant passage1: « De même que nous appelons homme libre celui qui s'appartient et qui n'a pas de maître, de même cette science, seule entre toutes les sciences, peut porter le nom de libre. Celle-là seule, en effet, ne dépend que d'elle-même. Aussi pourrait on ajuste titre regarder comme plus qu'humaine la possession d'une telle science. Car la nature de l'homme est esclave par tant de points, que Dieu seul, pour parler comme Simonide, devrait jouir de ce beau privilège. Toutefois, il est indigne de l'homme de ne pas chercher la science à laquelle il peut atteindre. Si les poètes ont raison, si la divinité est capable de jalousie, c'est à l'occasion de la philosophie surtout que cette jalousie devrait naître, et tous ceux qui s'élèvent par la pensée devraient être malheureux. Mais il n'est pas possible que la divinité soit jalouse; et les poètes, comme dit le proverbe, sont souvent menteurs. » Au reste, ces bonnes fortunes de style sont rares, même dans la Rhétorique, même dans les ouvrages de morale.
Si j'ose dire bien franchement toute ma pensée, il me sem-