‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 7 sur 98 · LANGUE ET MYTHOLOGIE GRECQUES · texte numérisé non relu

LANGUE ET MYTHOLOGIE GRECQUES

ORIGINE PROBABLE DES GRECS ET DE LEUR LANGUE. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA LANGUE GRECQUE. — DIALECTES ÉOL1EN , DORIEN , IONIEN , ATTIQUE. — QUALITÉS LITTÉRAIRES DE LA LANGUE GRECQUE. — DU MERVEILLEUX POÉTIQUE. — RELIGION PRIMITIVE DES GRECS. ~ RÔLE DES POÈTES DANS LA FORMATION DES LÉGENDES RELIGIEUSES.

Origine probable de* ctrec* et de leur langue.

La race hellénique se croyait autochthone, c'est-à-dire née de la terre même qu'elle habitait. Fière à bon droit des merveilles qu'elle avait enfantées, elle repoussait toute idée de parenté avec les races moins heureusement douées qui bordaient ses frontières, et elle les enveloppait indistinctement dans l'injurieuse dénomination de barbares. Des peuples qui pourtant parlaient sa langue, mais dont la civilisation lui semblait trop imparfaite, n'échappaient pas à cette proscription. Ce ne fut que fort tard, et après avoir fait leurs preuves, que les Macédoniens et les Épirotes furent admis à participer aux privilèges de la noble famille. Quant aux nations étrangères, celles dont la langue sonnait aux oreilles helléniques comme un gazouillement sans signification, ainsi que s'exprime le poète antique, les Hellènes ne supposaient pas même qu'elles pussent avoir avec eux la plus lointaine communauté d'origine. Ils étaient parents néanmoins, et parents assez proches, non-seulement de leurs voisins mais de bien d'autres : de ces Phrygiens, da

:!c4s}ïydiens/tiu'ils méprisaient; de ces Perses, d'abord ' presque" leurs maîtres, puis leurs esclaves; de vingt peuples enfin dont le nom même n'avait pas percé jusqu'à eux.

La science moderne a prouvé que les Hellènes, ou les Grecs, comme nous les appelons d'après les Romains, étaient venus de loin dans leur pays, et que ce grand courant de migrations, dont on peut suivre les traces du sud-est au nord-ouest, à travers l'Asie et l'Europe, les avait déposés sur cette terre prédestinée. On a confronté la langue d'Homère et de Démosthène avec ce qui reste des anciens idiomes de l'Asie Mineure, avec l'arménien moderne, empreinte

Sresque effacée d'un type antique ; avec la langue primitive es Perses, conservée dans les livres attribués à Zoroastre; avec le sanscrit , souche première des langues indo-européennes. Tous ces idiomes, si divers en apparence, ont une foule de mots dont les radicaux sont sensiblement les mêmes; tous ont, dans l'ensemble, la même structure grammaticale et les mêmes modes de dérivation et d'inflexion. 11 a donc été permis de conclure qu'une grande partie des nations de l'ancien monde formaient une véritable famille ; car la parenté des langues est la preuve manifeste de la parenté des races.

Les peuplades qui occupaient le sol de la Grèce aux époques les plus reculées, Pélasges, Dryopes, Abantes, Léleges, Épeens, y furent donc apportées par le mouvement qui semble entraîner la civilisation suivant le cours du soleil même. Quelles langues parlaient-elles à leur arrivée? nul ne le saurait dire ; mais, à coup sûr, ces langues contenaient déjà en elles les éléments fondamentaux de ce qui fut plus tard la langue grecque.

J'ai dit ce que nous savons. Les Grecs auraient pu en savoir autant; mais l'orgueil national les aveuglait. Ils ne voulurent jamais connaître d'autre langue que la leur, ni admirer d'autre peuple qu'eux-mêmes. Cependant, quelquesunes de leurs traditions domestiques les pouvaient instruire. Homère ne dit point que les Grecs parlassent, au siège de Troie, une langue différente de celle des peuples de l'Asie, Troyens, Lyciens, Dardanes et autres, contre lesquels ils luttaient. On doit croire qu'ils s'entendaient, puisqu'il les fait converser entre eux : ils avaient donc un idiome sinon commun, du moins analogue. Persée, suivant quelques-uns,

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