VI PREFACE
clature des genres. Le mot épopée, ou le mot élégie, n'a point en grec le même sens qu'en français. Il est ridicule d'ailleurs de partager en trois ou quatre un poëte comme Simonide, ou de tailler, dans Xénophon, d'abord un historien, puis un philosophe, puis un stratégiste, puis autre chose. J'ai formé quelquefois des groupes , mais qui n'ont rien de commun , je l'espère, avec ceux des amateurs de genres. Certains noms ont leurs chapitres à part, et même de longs chapitres, mais non pas aussi longs que j'aurais voulu les pouvoir faire. J'ai tâché de garder la proportion vraie entre les hommes de génie et le menu peuple des hommes de talent. Homère occupe plus de trente pages ; tel historien, dont le livre pèse d'un poids énorme sur les rayons de nos bibliothèques, n'a pas trente lignes ; tel autre, non moins volumineux , n'a qu'une mention plus rapide encore. Mais j'ai recueilli pieusement les reliques de quelques poètes outrageusement mutilés par le temps. En général, j'ai fait beaucoup de citations : c'est par là peut-être que vaudra mon travail, si je les ai bien choisies. J'aurais même voulu pouvoir les multiplier davantage, et m'abstenir de prendre si souvent la parole. Je n'ai disserté que là où le commandait impérieusement la nature du sujet. J'aspirais simplement à être utile, surtout aux jeunes gens. Il s'agissait pour moi de raviver dans leur esprit le souvenir des études classiques, et de remettre sous leurs yeux les images des héros de la pensée, héros non moins admirables que ces preneurs de villes ou ces gouverneurs de peuples qui remplissent les vulgaires histoires. Au reste , je n'ai pas cessé un instant de songer que je m'adressais à cet âge où il ne fait pas bon d'entendre des paroles légères. J'ai observé rigoureusement les lois de ce respect dont parle le poète, qu'on
PREFACE. Vil
ne doit pas moins à la jeunesse qu'à la première enfance. Heureux si mes lecteurs reviennent de cette sorte de voyage à la recherche du beau, avec quelques nobles sentiments de plus dans le cœur, et munis de quelques provisions de plus pour cet autre voyage, qui est la vie !