‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 92 sur 98 · CHAPU» XLVI · texte numérisé non relu

CHAPU» XLVI

goût, pour qu'on puisse l'attribuer à un homme qui fut doué de talents politiques, qui avait pratiqué les affaires* et qui passait pour un continuateur des bonnes traditions oratoires.

^llu» ArUtlde.

Nous possédons un grand nombre de discours d'Élius Aristide , disciple d'Hérode Atticus ; et ces ouvrages sont d'un grand intérêt pour l'histoire de la décadence du paganisme. Aristide était un païen fervent, et même une sorte d'illuminé. Il était Bithynien de nation. Après de longs voyages, il se fixa à Smyrne, et il y remplit jusqu'à sa mort les fonctions de prêtre d'Esculape. Smyrne ayant été renversée, en 178, par un tremblement de terre, il détermina Marc-Aurèle à la rebâtir. Aristide ne fut guère moins célèbre que son maître : les contemporains n'hésitaient pas à le mettre au premier rang des orateurs. Je n'ai pas besoin de dire qu'il n'a rien de commun avec Démosthène. C'est un déclamateur habile et un écrivain châtié; il imite assez heureusement les antiques modèles ; il traite les lieux communs de morale avec une véritable supériorité. Mais ce style élégant et clair, ces idées empruntées à tout le monde , tout cet art et tout cet esprit ne constituent, en somme, que des œuvres d'un genre faux, fade et ennuyeux, sinon, comme je l'ai dit, aux yeux de ceux qui étudient l'état moral des âmes durant cette période extraordinaire. On sent, dans les écrits d'Aristide, l'influence des prédications chrétiennes. Ainsi il adresse aux Smyrnéens un discours Contré l'usage des représentations comiques, qui semble avoir été inspiré par les sermons des premiers Pères de l'Église sur cet inépuisable sujet. Au reste, Aristide s'occupe, en général, beaucoup plus du choix et de l'arrangement des mots que des choses mêmes ; et , pourvu qu'il charme l'oreille, il s'inquiète assez peu de parler au cœur ou à l'esprit. Cette éloquence n'est pas celle que Socrate définit dans le Gorgias. Je ne m'étonne donc point qu'Aristide ait écrit deux discours consacrés à la défense de la rhétorique contre les attaques de Platon.

ttermogèn*

Le sophiste Hermogène, né à Tarse en Cilicie, passa dans son temps pour un prodige : il est inconnu aujourd'hui, et il mérite de rôtre. Sa Rhétorique, que nous possédons presque entière, Qst l'ouvrage d'un esprit très-délié, très*subtil, d'un

AUTRES ÉCRIVAINS DU S1ÈCLB DES ANTON INS. 4Si

anatomiste consommé en fait de mots et de figures. Mais ces catégories savantes et ces règles géométriquement déduites n'apprennent rien d'essentiel ; et l'imitation de Démosthène, qu'il prêche sans cesse, n'est pas cette contemplation du beau qui élève notre âme et qui la sollicite à produire à son tour de nobles pensées : c'est quelque chose de quasi-mécanique; c'est l'éloquence prise à la main, et transportée hors de chez elle, c'est-à-dire anéantie. On s'étonne, dit un critique, d'une telle indifférence pour ce qui fait l'âme de la véritable éloquence; et l'on est humilié à la pensée que la Rhétorique d'Hermogène ait pu si longtemps éclipser, dans les écoles, Platon, Âristote et Cicéron. Je dois remarquer que la précocité extraordinaire des talents de ce sophiste fut sans doute pour beaucoup dans l'engouement dont furent l'objet sa personne et ses écrits. A quinze ans, Hermogène progressait la rhétorique avec éclat; et Marc-Aurèle lui-même fut alors curieux de l'entendre. Il n'avait que dix-huit ans quand il composa le traité tant admiré jadis ; et à vingt-cinq ans , il avait cessé d'être un homme ; il perdit la mémoire et la parole; et il végéta, dans un état presque complet d'idiotisme, jusqu'à un âge très-avancé,

maxime de 9yr.

Maxime de Tyr est plutôt un philosophe qtfun sophiste. Il a eu le bon esprit de n'écrire que sur des sujets sérieux et de viser à être utile. L'ouvrage que nous possédons sous son nom se compose d'une suite de petits traités sur des questions de philosophie morale. C est la doctrine

Çlatonicienne mise à la portée de tout le monde. Maxime de yr n'a rien d'original : il se borne à commenter les pensées de Platon ; mais il s'exprime en bons termes, et u ne manque ni d'imagination ni de goût. C'est un des auteurs de ce temps qui méritent le mieux d'être lus; et, quoiqu'il n'ait jamais passé pour un phénix d'éloquence, il est plus éloquent en réalité que tous les déclamateurs qui pullulaient alors, ou, si l'on veut, il est moins étranger qu'eux aux choses du sentiment et de l'âme. Cet homme estimable vivait à Rome sous le règne de Commode. Il ne faut pas le confondre avec le stoïcien Maximus, qui fut un des maîtres de Marc-Aurèle.

432 CHAPITRE XLYI.

ftextu* Emptrleu*.

Sextus Empiricus, qui écrivait aussi sous le règne de Commode, est le plus savant de tous les sceptiques anciens. Son érudition est immense, sa logique imperturbable, son esprit net et délié. Nous avons de lui deux ouvrages écrits dans un très-bon style, très-simple et très-clair, les Hypotyposes pyrrhoniennes et le traité Contre les dogmatiques, vulgairement cité comme un ouvrage contre les mathématiciens. Sextus était un médecin, comme l'indique son surnom.

Appien, etc.

Appien d'Alexandrie, avocat et jurisconsulte à Rome, puis intendant des affaires domestiques des empereurs, fut contemporain de Trajan, d'Adrien et d'Antonin le Pieux. D avait écrit en vingt-quatre livres une histoire romaine par peuples et par provinces, depuis les temps les plus reculés jusqu'à Auguste. Il reste environ la moitié de cet ouvrage. Appien est de l'école de Polybe ; mais il n'a pas le discernement et l'exactitude de ce grand historien, à plus forte raison sa profondeur et son génie. C'est un narrateur sec et froid, mais non pas pourtant ennuyeux, surtout quand il conte de grands événements , comme la guerre de Pont et la guerre civile. Son style a peu de défauts graves, et encore moins de remarquables qualités.

Je pourrais allonger beaucoup ce chapitre, car le siècle des Antonins fut d'une extrême fécondité en écrivains de toute sorte ; et il n'y a pas de période, dans la littéraire grecque, qui nous ait laissé un plus grand nombre d'ouvrages. Mais bien peu de ces écrivains méritent de figurer dans notre

! paierie; et quelques-uns, illustres à d'autres titres, ainsi es médecins Arétée et Galien , ne sauraient être appréciés par les profanes, et ne souffriraient pas même ce que nous avons pu nous permettre avec le vieillard de Cos. Je passerai sous silence et ces hommes justement fameux, et le menu peuple des sopïïistes, des grammairiens et des écrivailleurs. Je nommerai pourtant Pausanias, non pas à cause de son talent, mais parce que son livre est un des plus utiles, et, en dépit même de son imperfection littéraire, un des plus intéressants que nous aient légués les anciens. Cest une description complète de la Grèce européenne. L'auteur, qui avait parcouru les contrées qu'il décrit, ré-

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