Id., VII
3. /cf., VII, 142 : ^avT* d^aSev 6£pco{ (lâXa tciovoc, ùnott h* ôiceapac^
théogrite; son originalité 187
nosira sapù ; Isl culture^savante, cliez lui, n'a pas étouffé la sensation; Thomme naturel survit dans le lettré.
Il a d'ailleurs le don dramatique. Cet homme si ardent sait sortir de lui-raème. Il sait entrer dans Tespril des autres, penser ce qu'ils pensent, sentir ce qu'ils sentent. Les personnages qu'il rencontre ou qu'il imagine ne sont pas seulement pour lui de vains fantômes, ou des silhouettes, ou des taches de couleur : ce sont 3es êtres vivants, qu'il voit vivre, c'est-à-dire penser et sentir, dans un certain milieu avec lequel ils sont en harmonie. De sorte qijie ce sensitif est en môme temps très ohjectif. Au service de cette riche nature, il a d'ailleurs les dons d'expression qui font l'artiste : une imagination vive qui réveille pour lui les sensations et recrée les personnages; un art de versification et de style qui lui permet de traduire, par la musique des mots, toutes les nuances de sa pensée, toutes les vibrations de son âme, et qui se prêle à rendre le bavardage de deux commères aussi vivement que les plaintes ardentes d'un amoureux. Par ce rare mélange de qualités diverses, Théocrite est à la fois le plus lyrique et le plus dramatique des alexandrins, et cela dans une fusion exquise autant que neuve des deux éléments essentiels de sa nature.
Le côté purement subjectif et lyrique de son génie se lûontre à nous isolé et distinct dans quelques pièccîs où il vaut la peine de l'examiner d'abord : ce sont les chansons amoureuses proprement dites (XII, XXVIII, XXIX, XXX), quelques idylles qui ne sont guère encore que des chants d'amour placés dans la bouche de personnages fictifs (la magicienne, II; l'amant d'Amaryllis, III; le Cyclope, XI); et enfin l'Épithalame d'Hélène (XVIII). L'Epithalame est le plus impersonnel de ces chants; on pouvait s'y attendre : un épithalamc est une ode d*apparal, par conséquent une peinture plus générale que personnelle de l'amour légitime, et d'un amour à
son aurore. On trouve dans celui-ci de la grâce, une fraîcheur délicieuse, plutôt que de la passion proprement dite; Tiniitation littéraire, d'ailleurs, et en particulier l'imitation de Sappho, semble avoir été pour beaucoup dans l'inspiration du poêle. La XII® idylle, a au bien-aimé » ('Air/i;), est le chant de l'amour heureux : quelques vers y peignent avec force, ou avec grâce encore, Télan tendre de la passion (« j'ai couru . vers toi comme le voyageur brûlé par le soleil court vers Tombre d'un chêne »); mais Tamour heureux a plus de loisirs et de liberté d'esprit que Tamour contrarié : on s'en aperçoit ici à quelques traits qui ne sont qu'ingénieux ou délicats, k quelques allusions érudites ou mythologiques qui trahissent l'alexandrin. On peut en dire à peu près autant de la XXIX* idylle, et même de la m* (Le chevrier, ou Amaryllis). C'est surtout dans la XXX', sous son propre nom, ou encore dans la II* et la XII®, sous le nom de la magicienne et du cyclope, que Théocrite a exprimé toute la force de l'amour, exaspéré par le dédain, devenu douloureux et terrible.
La(( magicienne» est une jeune fille qui cherche dans la magie un moyen de ramener son amant : un regard a suffi pour la livrer au délire; depuis, elle se consume et se dessèche, elle a recours à tous les sortilèges Dans un monologue entrecoupé de refrains, elle poursuit d'abord, avec l'aide de sa servante, sa conjuration magique, puis, restée seule sous la lumière de la lune, elle raconte la naissances do son amour et ses mortels tourments. Toute la pièce est brûlante de passion : Théocrite qui s'est souvenu de Sappho *, inspirera à son tour la Médoe d'Apollonios et la Didon de Virgile :
Vo'.ci que se tait la mer et se taisent les vents : mais audeians de ma poitrine ne se tait pas la douleur. Car je brûle