LYRISME ET DRAME DANS THÉOGRITE
toute pour cet homme qui a fait de moi, malheureuse, au lieu d'une épouse, une femme coupable et perdue *.
Polyphome aussi, le Cyclope, se meurt d'amour : assis au bord de la mer, sur un rocher, ses yeux cherchant Galalée qui se dérobe, il exhale sa plainte en une longue suite de couplets passionnés et désolés. L'art savant du poêle alexandrin se Irahit, sans doute, dans ces chants, tantôt par la naïveté voulue du langage, tantôt par des souvenirs mythologiques. tantcM par la grâce piquante de certaines peintures. Mais le fond du sentiment est sincère. L'amour de F*olyphème, comme celui de la magicienne, est un amour simple, surtout physique. C'est un délire qui envahit rame brusquement, et qui consume le corps, comme dans l'ode de Sappho. Ce n'est pas une de ces amourettes qui s'amusent à des présents « de ponmies. de roses, de boucles de cheveux *. » (i'est une c< fureur », prés de laquelle tout languit ^. C'est une maladie, qu'il faut soigner comme les autres, par des remèdes appropriés : mais nul remède n'est eflicace, sauf un, qui est de chanter son amour :
CoBftre l'amour, ô Nicias, il n'est point d'autre remède, ni onguent ni poudre, que les Muses : celui-là est doux et salutaire, mais il n'est pas facile de l'employer *.
Thôocrite. avant (Jœthe, avait trouvé ce remède sou verain de Tamour, la création poétique : véritable « purfation de la passion », comme eût dit Aristote. Ajoutons que cet amour ardent et sensuel s'exprime toujours chastement: la passion peut être furieuse, mais les mots en général, sont honnêtes *.
i. Vers 38-41.