‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 140 sur 605 · Jd^lUi VI et VIII · texte numérisé non relu

Jd^lUi VI et VIII

part *. La scène se passe à Alexandrie, un jour de fête en riionneur d'Adonis. Les héroïnes sont deux commères, Gorgo et Praxinoa, que leurs affaires, sans doute, ont amenées de Syracuse à Alexandrie, et qui vont voir la fête. Nous sommes loin des bergers de Sicile. Ce mime délicieux pourtant appartient aussi au groupe des œuvres parfaites qui sont le plus nettement caractéristiques du génie de Théocrite. L'idéal de la vie rurale y manque, il est vrai. Mais certains détails encore et la structure générale du poème procèdent de la même inspiration. Les deux commères, comme les bergers de .Sicile, sont vraies, simples, naïves. Elles ont le caquet de la ville, et la riposte vive ; mais elles sont abondantes en proverbes; elles s'ébahissent de tout ce qu'elles voient; elles ont peur du grand cheval bai; elles se plaignent de leurs maris et sont pourtant de braves créatures. Elles ne chantent pas elles-mêmes, mais elles vont entendre un chant, et ce thrène gracieux en l'honneur d'Adonis, qui couronne le mime, y répand un parfum de poésie qui achève la beauté de cette peinture amusante et gaie d'un coin de la grande ville.

Les autres œuvres de Théocrite sont moins caractéristiques et moins complètes : plusieurs sont très belles encore.

Cinq idylles sont des récils d'aventures héroïques plus ou moins inspirés de l'épopée. — La treizième, Bylds, est le récit de la mort du jeune ami d'Héraclès, enlevé par les Nymphes des eaux au moment où il plonge un vase dans le bassin de la source. La narration proprement dite est courte et peu circonstanciée. La pièce, adressée à Nicias, s'ouvre et se termine par des réflexions sur l'amour qui lui donnent un caractère intermédiaire

i. IdyUe XV.

THÉOGRITE; IDYLLES DIVERSES 199

entre Vépopie et Télégie : c'est plutôt une élégie épique qu^une épopée. Elle est d'ailleurs gracieuse. — Il en est à peu près de même de la vingt-sixième, les BacchanieSy où Théocritc raconte avec une élégance un peu brève la mort de Penlhée déchiré par sa mère Autonoé. Les derniers vers de la pièce, remplis de réflexions religieuses sur le respect du à Dionysos, la rapprocheraient plutôt d'un hymne. Elle fut peut-être composée pour quelque fête célébrée par Ptolémée. — L'Idylle des Dioscures (XXII) présente un caractère encore plus singulier : c'est bien un récit épique consacré à la gloire de Castor et de Pollux; mais la première partie, relative à la lutte de Pollux contre le géant Amycos, contient une partie dialoguée qui fait songer à une sorte de mime épique. L'appel aux rois divins, vers la fin du poème, semble indiquer que Théocrite était alors à la cour du roi d'Egypte et qu'il sollicite discrètement ses largesses. Les deux récits du combat de Pollux contre Amycos et du combat de Castor contre Lyncée sont vivants et pittoresques; les discours échangés ont tantôt une précision spirituelle et tantôt une élégance agréable. Quelques traits de bel-esprit s'y mêlent. En somme, l'œuvre est d'un art franchement alexandrin et ne révèle pas, malgré ses mérites, le poète supérieur des belles idylles rustiques. — Héraclès tueur du lion (XXV) est plus semblable à un fragment d'épopée proprement dite. C'est l'histoire d'Héraclès arrivant le soir chez Augias, domptant un taureau dangereux, et racontant à ses hôtes sa victoire sur le lion de Xémée. Le récit est d'une ampleur facile et harmonieuse. Ce qu'il renferme peut-être de plus caractéristique, c'est d'abord la très belle description du retour des troupeaux d'Augias, innombrables comme les nuées chassées parles vents*, morceau digne

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