IV
lesétrangetés, les miracles romanesques, les métamorphoses; il y ade l'Ovideàchaque pagedansceshymnos, c'està-dire de Tesprit, sans aucun mélange de piété. Il y fait même une place à ses querelles littéraires : V Hymne à Apollon se termine d'une façon singulière par une allusion mordante à son ennemi Apollonios de Rhodes. Les interprètes s'en sont étonnés; on a quelquefois supposé que Callimaquo avait du écrire ces vers après coup, dans une révision de son poème : mais Thypothèse est inutile : Callimaque se souciait plus de sa grande querelle que du dieu de Cyrène, et il a trouvé l'occasion bonne pour en dire un mot.
L'art de l'écrivain traduit fidèlement son inspiration. — Dans la composition de ses hymnes, il cherche surtout le moyen de dérouler en bon ordre des morceaux où paraîtront son enthousiasme de conunande, sa merveilleuse érudition, son habileté à raconter; et il s'en tire avec beaucoup d'adresse. Il commence d'ordinaire par l'enthousiasme. Viennent ensuite, au hasard apparent des évocations, en réalité dans un ordre chronologique exact, les allusions rapides aux légendes qu'il ne tient pas à développer; enlin la légende principale, celle où il mettra tout son art, toutes ses politesses à Ptolémée, toutes ses inventions do mythographe érudit et spirituel. La pièce se termine en général par des vœux et des allusions. 11 ne faut pas chercher dans cet art de composition l'unité supérieure d'impression qui fait la beauté d'une ode de Pindare : aucun sentiment profond ne domine Callimaque; il fait une œuvre d'habileté savante, une mosaïque patiente et ingénieuse. — Son style présente le même caractère. Le dialecte des hymnes est d'ordinaire un ionien plus ou moins composite : deux fois seulement, des circonstances particulières l'ont aujené à se servir du dorien. Peu lui importe : il est savant, il connaît et manie tous les dia-
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lectes littéraires de la Grèce. Son vocabulaire est puisé à toutes les sources : il est riche, amusant, composite; il manque de pureté, et parfois de clarté. A côté d'un terme archaïque, rare et obscur, on trouve un mot de la langue commune : cela fait une bigarrure qui trahit à la fois beaucoup de savoir et un certain manque de celte qualité plus précieuse qui produit dans les œuvres d'art l'harmonie. Il a du moins le mérite de n'être ni vague ni banal ; ses mots, quelle qu'en soit l'origine, ont un sens précis; l'idée est nettement rendue; avec plus de netteté, il est vrai, que de poésie : sa précision a quelque chose de dur; on y voudrait plus de grâce, plus de mollesse, un peu plus d'images et de rêve. Sa phrase est vive, brève en général, toujours nette et bien découpée. 11 sait à la fois la dérouler avec élégance et la briser en petits membres courts pour simuler une émotion qu'il ne ressent pas. A ne regarder que l'extérieur, on dirait presque du Théocrite : c'est la même rapidité légère et forte, la même musique tour à tour caressante et haletante. Seulement, ce n'est là qu'une apparence : si l'on écoute les paroles de la chanson, on les trouve sèches et prosaïques *. — Sa versification aussi rappelle celle de Théocrite, par l'abondance des dactyles, par l'usage fréquent de la césure bucolique, par l'habileté à mettre en bonne place un grand mot, par l'emploi discret de la fin do vers spondaïque, par la coupe heureuse de la phrase poétique et l'allure dégagée de l'ensemble -. Mais, ici encore, cette ressemblance est superficielle : tout ce qui est du métier, Callimaque le possède en perfection. Ce qui lui manque, c'est le don inné d'accommoder cette forme impeccable à des sentiments qui l'exigent et la justifient; c'est, en un mot, cette petite