Diog. L., V
THÉOPHRÀSTE 35
pendant Tanecdote de la marchando d*herbcs qui, à un léger accent, le reconnut pour étranger. Suivant une autre anecdote, Aristote aurait réédité à son sujet, en l'opposant à Callisthène, le mot de Platon sur Aristote lui-même et sur Xénocrate, dont Tun avait besoin du mors et Tautre de Téperon *. Sauf un exil momentané en 318, lors de Tédit de Démétrius Poliorcète contre les écoles de philosophes, sa vie se passa sans événements, toute remplie par l'enseignement et par la composition do ses livres. 11 eut, dit-on, dans sa longue vie, jusqu'à deux mille disciples : on cite parmi eux, en dehors des philosophes proprement dits, l'orateur Dinarque et l'homme d'état Démétrius de Phalère. Ses écrits furent en nombre immense. Diogëne Laërce en énumèro prés de deux cent quarante, dont quelques-uns fort étendus. Même en faisant, dans ce catalogue, une large part aux doubles emplois et aux fausses attributions, dont beaucoup sautent aux yeux, il reste encore une somme d'écrits surprenante. Quand on en parcourt les titres, on voit que Théophraste, comme Aristote, avait touché à toutes les parties de la science. Son œuvre est une encyclopédie. 11 a traité de métaphysique, de logique, de politique, de morale, de rhétorique, de poétique, de sciences naturelles; il en a traité dogmatiquement et historiquement; il a cherché le vrai pour son compte et rapporté les opinions des autres. Une faule .de ces titres sont semblables à ceux i^e» traités d' Aristote : Théophraste repasse sans cesse sur .Les traces de son maître, pour éclaircir;, pour compléter, pour approfondir, pour voir les faits de plus près et étudier les*opinions|antérieures. Ce qui Ta le moins occupé, c'est la recherche métaphysique proprement dite. Nous en avons dit la raison : le Lycée a toujours cru qu'Aristote avait atteint sur ce point la vérité totale- Parmi les plus importants et les plus célè-
i, Viog. Lm, 39.
bres de ses ouvrages, aujourd'hui perdus, citons seulement : les vingt-quatre livres Sur les lois, qui faisaient pendant au recueil des Constitutions d'Aristote * ; dix-huit livres Sur la physique ; seize livres sur les Opinions des physiciens: puis des ouvrages plus courts, mais dont les titres éveillent la curiosité et les regrets: Sur les proverbes, Sur le ridicule 9 Sur la comédie, Sur Faction oratoire^ etc.
11 nous reste aujourd'hui de Théophraste deux ouvrages complets : les Recherches sur les plantes (Hapt furûv iiTopîai), en 9 livres, et Les causes des plantes (Ilepi çutùv aÎTiùv), en 6 livres; en outre, les célèbres Caractères, dont la vraie nature soulève un problème assez délicat. Enfin de nombreux fragments , dont quelques-uns sont fort étendus, notamment un morceau tiré do sa Métaphysique ', et un autre' {tzi^l dlab-fir^m:; xat rcpt aiçOrjTûv) (jui est tout un chapitre de son ouvrage perdu sur les Opinions des Physiciens. Cet ensemble est assez considérable pour que nous puissions nous faire une idée nette de ses qualités de savant et d'écrivain.
Comme savant, Théophraste n'est pas un de ces esprits qui ouvrent des voies nouvelles. Il est plutôt de ces travailleurs habiles et actifs qui^ s'engageant à la suite d'un maître dans la route frayée par son génie, l'achèvent, l'élargissent, en explorent les alentours. Dans celte lâche encore belle, il apporte de rares qualités : d'abord une information prodigieusement étendue *, ensuite beaucoup de finesse, de bon sens, d'ordre et do clarté. Il n'a pas d'autre théorie métaphysique que celle d'Aristote; il ne
1. Cf. R. Dareste, Le traité des Lois de Théophraste, Paris, 1870, (extrait de la Revue de Législation) ; essai le reconstitution du plan de l'ouvrage.