‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 189 sur 605 · POLYBE · texte numérisé non relu

POLYBE

Manuscrits. Les cinq premiers livres de Polybe nous ont été conservés dans leur intégrité par divers mss., dont le principal et le plus ancien est le Vaticanus \H (du xi« siècle); les autres (Laurentianita, deux Monaccnfies, Parisinus 164-8) sont récents et inférieurs, mais méritent d'être consultés à cause de certaines leçons de provenance ancienne. — Les livres vi-xviii nous sont connus par une suite d'extraits conservés dans un ms. d'Urbin (Urbinas 10*2), qui contient aussi des extraits analogues des cinq premiers livres. — Pour les derniers livres, enfin, en dehors des citations anciennes, nous en sommes réduits à des extraits disposés logiquement, dans la compilation que Constantin Porphyrogénéte(x« siècle) avait faitfaire des principaux historiens grecs. Cette compilation comprenait 53 sections dont chacune répondait à un ordre spécial de sujets. 11 nous

reste deux de ces sections : tzsol Troea-Cgtwv, et nspï «ûct^ç xat xaxtatç,

conservées surtout dans deux mss. de Munich (MonaceJises 185 et 187) et dans un ms. de la Bibliothèque de Tours. Des fragments des autres sections ont été retrouvés dans divers autres mss. : un palimpseste du Vatican {Vaticanus 73) édité par Angelo Mai (Trjo't yv^^'^ôv); un ms. de l'Escurial, édité par Feder (TTCjot ê7rtÇou)/iv) ; un ms. du mont Alhos (retrouvé par Minas, et aujourd'hui «léposô à la Bibliothèque nationale, suppl. gr. (K)7), publié par Weschcr, Poliorcélique des Grecs, Paris, 1867. Un certain nombre des fragments provenant de la compilation

POLYBB 261

de Constantin Porphyrogénète sont extraits des premiers livres de Polybe, dont nous avons le texte complet.

Éditions. Les principales éditions sont cellesde : Horvagius, Bàle, i549; Gasaubon, Paris, 1609; Schweighauser, Leipzig, <789-n95; Bekker, Berlin, 1844, -2 vol.; Dûbner (Bibl. Didot), Paris, 1839 (<865); Dindorf (Bibl. Teubner), 1866-1868; et surtout les deux plus récentes : la grande édition critique de Hultsch, Berlin (Weidinann), 1867-1871, 4 vol., et la révision de l'édition Dindorf par Buttner-Wobst, 1882.

Lexique. Schweighauser a publié à part (Oxford, 1822) le lexicon Polybianum contenu dans le tome viii de son édition.

Traductions. Polybe a été traduit en français par Félix Bouchot (Paris, Charpentier, 18*7; 3 vol.) — Trad. allemande de Haakh et Kraz, Stuttgart, 1858-1875.

SOMMAIRE

ï^troduction : grandeur originale de Polybe. — I. Biographie. — II. Ses œuvres. Plan de son Histoire; état actuel ; questions critiques et chronologiques. — IIL Sa conception théorique do Thistoire : l'histoire pragmatique ; les devoirs de Thistorien. — IV, Gomment il s'est préparé à remplir ces devoirs : ( 1. Sa connaissance des chosjs. Sa connaissance des livres ; sa critique et son impartialité. ( 2. Sa philosophie historique. — V. Méthode d'exposition. — VI. Son artd'écrivain. Composition. Dissertations ; nar-

~ rations; portraits; discours. Style. — VII. Applications et exemples. — VIII. Conclusion.

Pendant que les beaux esprits d'Athènes et d'Alexandrie s'amusaient à faire des vers ou de Térudition, Rome était en train de conquérir le monde, et les lettrés

j)e semblaient pas s'en apercevoir. L'originalité de Polybe fut de voir ce fait immense^ de le comprendre |)lein6ment, d'en saisir les causes profondes et d'en mesurer les conséquences. L'homme qui sut faire ces fihoses semble être d'une autre race que ses cbntcmponios : au milieu de tant de cénacles curieux, bavards et frivoles^ il est sérieux^ pratique, capable d'action et de réflexion; c'est un politique et un homme d'État; il y a en lui du Romain. L'apparition de son œuvre marque une date considérable dans l'histoire de l'esprit grec : dwl la première fois que cet esprit prend vraiment contact avec Rome, c'est-à-dire avec le monde de l'avenir ; et, bien que le génie politique de Polybe soit nécessairement un fait exceptionnel, on peut dire qu'avec lui commence une période nouvelle, où la pensée grecque, trouvant en face d'elle-même quelque chose d'autre et d'également grand, sera conduite à y regarder de plus près.

I^olybe était fils de Lycortas, l'ami et le disciple de Pbilopéinen, et qui fut^ stratège de la ligue Achéenne après la mort de celui-ci *. 11 naquit à Mégalopolis, en Arcadie, entre 210 et 205 sans doute -. 11 est probable qu'il reçut une éducation littéraire et philosophique di-

1. Sur la vie do Polybe, notice de Suidas ; nombreuses indications dans Polybe lui-même. — Cf. Fuslel do Coulanges, Polybe ou la Giè*e conquise (thèse), Paris, 1858. Cf. aussi Susemihl, II, p. 80 6t suiv.

2. Lul-mômo nous dit (XXIV, 6) qu'il n'avait pas, en 181, l'âge d'ôtre ambassadeur (probablement trente ans ; cf. XXIX, 9,6). D'autre, part, il devait avoir au moins dix-liuit ans en 190, s'il est vrai qu'il lit partie, comme le croit Mommsen (RÔm, Gesch,, 2« édit,, t." II, p. 449), des vsaviffxoi envoyi^s par la ligue Achéenne au secours d'Eumène contre les Galates (Polybe, XXI, 9).

gne de sa naissance : on trouve en effet dans ses œuvres la preuve qu'il avait beaucoup étudie Isocrate et les philosophes du iv« siècle *. Mais la vie pratique et politique le sai$it de bonne heure^ comme il était naturel dans ce milieu et à cette date^ près de Philopémen et de Lycortas. En 190, il semble avoir fait ses premières armes dans une armée de secours envoyée par les Achéens à Eumène menacé par les Galates *. En 183, après la mort de Pliilopémen, c'est à lui qu'échut l'honneur de rapporter les cendres du héros, victime des Messéniens '. En 181, n'ayant pas encore l'âge légal d'être ambassadeur, il est cependant chargé d'accompagner son père en Egypte, pour renouer une alliance avec Ptolémée Épiphane *. On le trouve ensuite étroitement mêlé, par la parole et par l'action militaire, à toute la vie politique de la ligue Achéenne, pendant la lutte de Rome et de la Macédoine (171-168) : il est du parti de la neutralité, en 171, avec son père '; mais en 169, quand la ligue se décida, malgré l'avis de Lycortas, et peut-être sur l'avis de Polybe lui-même •, à se déclarer en faveur des Romains, il fut nommé hipparque, Archon étant stratège ^. On le voit alors négocier avec les généraux romains sur l'envoi d'un contingent et trouver

1. Sa connaissance approfondie de Platon et des péripatéticiens pourrait s'expliquer par ses relations ultérieures avec PanétioSy qu'il connut à Rome chez les Scipions ; maison voit que plusieurs élèves d'Arcésilas étaient sortis de Mégalopolis, où Polybe a pu les connaître. Cf. Scala, Die Sludien des Polybios, Stuttgardt, 1890, p. Si- Si. Quant à l'influence d'Isocrate sur Polybe, elle est très profonde, plus qu'on ne le dit peut-être généralement, et semble impliquer une éducation littéraire fondée sur les principes isocratiques.

Page 1