Polybe, VI
progrès même do son évolution, plus avancée alors que celle de sa rivale, ci par conséquent plus voisine de la décadence ^
Sur la Grèce, ses jugements sont d'une clairvoyance effrayante. Le patriote qui a combattu pour elle, Tarnî du « dernier des Grecs », du noble Philopémen, se croit tenu, comme historien, de dire à ses compatriotes toute la vérité, et cette vérité est terrible. La Grèce se meurt, et par sa propre faute. Elle manque de moralité *. Elle a remplacé l'esprit public par un individualisme féroce, qui entretient chez elle des divisions incurables ', et qui la dépeuple *. Sur ce dernier point, en particulier, il est d'une netteté impitoyable : les familles grecques n'ont plus d'enfants; elles en élèvent un ou deux, pour qu'ils soient riches et vivent dans la mollesse; vienne une guerre ou une épidémie, la race disparait, et quand l'ennemi du dehors se présente, il s'établit sans coup férir dans un pays qui n'a plus de combattants à mettre en ligne : une population intelligente, aisée, cultivée, mais clairsemée, est une proie facile offerte aux races énergiques. — On a reproché à Polybe de manquer de patriotisme, de courtiser le succès : mais le vrai patriotisme no consiste pas à dissimuler à sa patrie les vices dont elle meurt; il y a certainement de l'amour dans l'âpreté de ces reproches, et sa vie suffit à le prouver. A-t-il du moins été juste pour le passé de la Grèce ? Ses jugements sur la démocratie d'Athènes et de Thèbes sont sévères «» : qui oserait dire qu'ils soient immérités ? Quelques mots sur la politique de Démosthène semblent plus difficiles à accepter *. Il est certain que son esprit positif était peu