Polybe, XVIII, 14 (surtout
APPLICATIONS ET EXEMPhKS ÎÎ03
fait pour goùler, dans une politique géniSrouso, le oiMA sentimental qui nous émeut aujounrhui encore, et que cette disposition lui a peut-èlre fernuS les yeux sur len mérites^ même pratiques, do cette politique. Il faut cependant noter, pour être tout à fait juste, qu'il défend duuH ce passage des hommes d'Étatmogalopolituins, nés compatriotes^ violemment attaqués par Déinostlu^ne connue traîtres, et que son plaidoyer, d'ailleurs modéré, part d'un sentiment facile h comprendre .
Si nous passons, de ces vues générales et philosophiques^ à des sujets plus particuliers, nous trouviM'ons chez lui les mêmes mérites d'historien judicieux et |>énétrant. Son récit de la marche d'Annihal^ d'Kspagne en Italie^ est, dans rensembks'd'une netteté supérieure ^ Pour l'apprécier pleinement, il suffit de le conjparer au récit correspondant de Tite-Live, plus hrillmit presque toujours, mais bien moins satisfaisant dans le détail^ quoique visiblement inspiré par celui de son prédécos* seur '. Tite-Live est pittoresque, dramatique, oratoire; Polybe, plus terne, est plus précis, et fait mieux vAmiprendre les choses. Par exemple, au passage du ithonei comment Annibal peut-il réunir tant de bateaux? Tite- Live en donne une raison morale : les barbares avaient hâte de débarrasser leur territoire de l'armée earthagi^ Dois*^. Soit ; mais Polvl^e nous explique qu'il y avait sur le Rhône une navigation c^munerciale très active, et que les hsde'aux ne manquaient pa.'i: il indique en outre avec pré>ri5^i'>o ce q Je ^jiii cats bateaux, lian* le pa^«^;re de» Alpes, il y i uû endroit diffidle ou l'armée semble pré» d'ëiT*r arrêlAe. Inui- Tite-Live, la de*><:ription du lieuert fcrl--fci/!e, m%i' iac.'jïiiprél,^:i^ible ; dafi»5 Polylje, Ufii ^M jitrîfcr.it-at'r'iit ^,Wit I. e< é vj i«::jt qîj*r T i?e-Li ve t//«jt en ^j^
i r'.sf^i-.-'^ 7t:, au sa.
donné qu'une idée fort inexacte ^ — Le récit de la bataille de Cann es prêterait àdes observations analogues : celui de Tite-Live, très beau de sentimentet très romain, est bien moins intelligible, quant au détail précis des opérations militaires, que celui de Polybe, où ne manque d'ailleurs pas une sorte de grandeur qui vient des faits plus que des mots *. Et c'est ainsi partout: Polybe a toutes les qualités d'un <k historien pragmatique », sinon d'un rhéteur, et il arrive quelquefois par surcroît à l'éloquence et à l'émotion, par la force de la vérité clairement déduite. Nous avons dit plus haut que ses portraits étaient moins des portraits proprement dits que des dissertations sur les mérites de ses héros. Il convient d'ajouter du moins que ces dissertations sont instructives, et nous font, en somme, bien connaître les personnages dont il parle. Son Philopémen ' et son Annibal * ne sont certes pas vivants; ils ne se dressent pas devant le souvenir avec la netteté d'une image tracée par un Michelet. Mais on sait avec précision, après les avoir lus, ce que l'historien avait pu découvrir de leurs qualités et de leurs défauts, de leurs vertus et de leurs vices : les éléments du portrait ont été rassemblés avec diligence et soigneusement examinés. Vienne maintenant un artiste, il pourra compléter l'œuvre et dresser la statue.
Polybe a été jugé très diversement. Un rhéteur puriste, comme Denys d'Halicarnasse, devait être surtout choqué de son stylo et mal comprendre son mérite d'his-