‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 219 sur 605 · LES DERNIERS ALEXANDRINS ; LES GRECS A ROME · texte numérisé non relu

LES DERNIERS ALEXANDRINS ; LES GRECS A ROME

SOMMAIRE

Introduction. — I. Los sciences. Astronomie : Hipparquc. Médecine : Héraclidc, Asclépiade. — II. La grammaire et la philologie. Denys de Thrace. Tyrannion (l'ancien et le jeune). Didyme. Tryphon. — III. L'Histoire. Apollodore d'Athènes, Môtrodore de Scepsis, Alexandre Polyhistor, Castor de Rhodes. — IV. La philosophie. Pauaitios. Posidonios. Phèdre, Philon de Larisse, Apellicou de Téos, Philodéme. Énésidèm^. — V. La Rhétorique. École do Pergamc ; école asiatique nouvelle : école de Rhodes.

En 146 avant J.-C, la Grèce fut réduite en province ' romaine; elle prit officiellement le nom d'Achaïe, et Corinthe devint la résidence d*un préteur. L'indépendance des cités grecques, plus nominale que réelle depuis près de deux siècles, achevait de disparaître, et : leurs interminables querelles s'apaisaient enfin dans leur : commune sujétion à un empire dont les contemporains •de Philippe etd*Alexandre avaient à peine connulenom. Cette conquête de la Grèce par Rome est un fait capital dans riiistoire de l'Europe et les conséquences générales ou lointaines en furent immenses ; mais les conséquences

immédiates^ dans Tordre littéraire surtout, n*en furent pas aussi sensibles qu'on pourrait le croire. La vie des cités grecques^ sous la domination romaine^ no fut pas très différente de ce qu'elle était depuis deux siècles : la grande politique était morte depuis longtemps; la vie municipale continua^ presque pareille à elle-même., un peu moins agitée seulement^ et les esprits les plus^actifs continuèrent de se tourner vers les travaux intellectuels. Or^ dans ceux-ci^ l'influence de Rome ne pouvait guère s'exercer d'abord très fortement : Rome était ignorante; les Grecs étaient des maîtres pour elle^ et des maîtres très Qcrs de leurs traditions. Il fallait le génie politique d'un Polybe pour renouveler l'histoire en découvrant, du premier coup d'œil, l'intérêt extraordinaire de cette c barbarie j> occidentale qui entrait en scène. D'ailleurs^ en dehors de la Grèce propre, l'Orient grec restait indépendant, pour quelques années encore : àPergame, à Alexandrie, rien n'était changé provisoirement. Rome, évidemment, grandissait de jour en jour, et les regards se tournaient plus souvent vers elle; on venait davantage dans la a Ville 7>, on y résidait même, on y enseignait, on y faisait des affaires, mais on y restait étranger; la différence des races était trop forte. Quelques-uns ouvraient les yeux sur le monde romain; très peu subissaient l'action de l'esprit romain. C'est peu à peu seulement, par une infiltration lente et irrégulière, que certaines idées romaines, certaines manières de sentir, certaines formes de goût se glissent qk et là dans les esprits grecs et annoncent, sur quelques [loints isolés do domaine littéraire, une transformation partielle. Cette transformation ne fut jamais bien profonde : le génie grec a trop de vitalité pour sff laisser absorber; et il est trop personnel pour sortir aisément de luimême. Il était impossible pcjurtant qu'il restât tout à fait réfraclaire. Ce sont ces premiers et très légers symp-

tômos de changemeot que nous avons à démêler, au milieu d'une production abondante et d'ailleurs assez semblable^ en ses traits essentiels, à celle des deux siècles précédents. Les écrivains continuent d'être nombreux, mais l'originalité, sinon le talent, reste rare. C'est toujours la curiosité qui domine ; les sciences et l'érildition sont exubérantes : elles poussent même des branches nouvelles. La philosophie, fort riche aussi, au moins par le nombre des écrits, fait entendre çà et là des accents nouveaux, et dans la rhétorique, enfin, on discerne, au milieu de beaucoup de choses traditionnelles, quelques traces d'une évolution.

C'est à cette période de l'Alexandrinisme finissant qu'appartient l'honneur d'avoir produit le plus grand astronome de l'antiquité, Hipparque, de Nicée en Bithynie *. Le temps de la vie d'IIipparque est déterminé avec une grande certitude par la date connue de ses observations astronomiques*, comprises entre 161 et 126. La plupart de ces observations ont été faites à Rhodes, dont le nom commence dès lors à paraître fréquemment dans l'histoire des choses intellectuelles. On ne sait s'il vécut longtemps à Alexandrie. Hipparque fut un travailleur infatigable. Il avait beaucoup calculé, et beaucoup écrit. De ses ouvrages, il ne nous reste qu'un Commentaire des Phénomènes (PAratos, en 3 livres, qui est considéré en général comme un ouvrage de jeunesse '. Mais ses principales découvertes nous sont assez bien connues par

1. Strabon, XII, 4. J 9; Suidas, "iTcitapxo; ; Élien, Hiit. Anim., VII, 8.

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