Sur cette distinction, voyez Lysias, ch. xv
D£NTS D'HALIGARNASSE; ŒUVRES CRITIQUES 361
l'appui des jugements émis. L*étude sur Lysias est particulièrement intéressante et tout à fait propre à faire apprécier le sens critique et le bon goût de Denys.
Le Dinarque est indépendant du précédent ouvrage, mais s'y rattache pourtant par le dessein et a dû le suivre d'assez près. L'auteur veut compléter sa première série d'études (c. 1). Toutefois, sa méthode est un peu différente, en raison même du sujet. Dans les Observations sur les anciens orateurs, Denys était préoccupé principalement de dire ce qu'il fallait admirer et imiter chez ses auteurs : ici, l'authenticité de beaucoup de discours attribués à Dinarque étant douteuse, il s'attache à bien établir les caractères qui permettront à ses lecteurs de reconnaître ce qui est de lui.
On peut rapprocher de ces écrits la Première lettre à Ammœos^ dont la date est incertaine. C'est une simple discussion de chronologie, provoquée par un incident de dispute littéraire. Un philosophe péripatéticien s'était fait fort, en présence d'Ammœos, de démontrer que Démosthène devait son éloquence aux préceptes d'Aristote. Indigné, Denys le réfute, en établissant que tous les grands discours de Démosthène sont antérieurs à la publication de la Rhétorique. Sa réfutation, fondée sur les témoignages des historiens, est un document capital pour le classement chronologique de ces discours.
Le Traité de r arrangement des mots (Ilepi cMv9678fA; dyooaTttïv), œuvre de la maturité de l'auteur*, est aussi
1. Dans le préambule, Denys oppose à rôtudo de la forme celle du fond, qui doit être réservée à une intelligence en pleine vigueur et à l'âge où los cheveux blanchissent. Celui qui écrit cela est évidemment un homme mûr. D'autre part, cet ouvrage est antérieur au Slyle de Démosthène, qui le cite à deux reprises (ch. xxxxix et l). 11 est vrai que Blass (ouv. cité, p. 8) a cru trouver au ch. XI du ic. <ruvô. une référence au Style de Dém,, ce qui renverserait le rapport chronologi^juo ; mais il y a là, je crois, une simple erreur; le ch. xi du iz. (rjvôéff. se référé, selon moi, aux ch. XXI et suivants du même ouvrage.
le plus remarquable de ses écrits. Cette fois, Tauteur s'en prend à tous ceux qui font peu de cas du style, à tous les tenants de la littérature négligée. Pour les combattre, il médite deux traités, qui embrasseront toute la doctrine du style, telle qu'elle avait été constituée depuis Aristote et ïhéophraste : le premier, sur le choix des mots {Wkoyri ôvoftdtTwv) ; le second, sur la manière de les arranger dans la phrase (dovOeci; ôvo[i.iTwv).ll commence par le second, qu'il dédie à son jeune élève, Rufus Melitius, pour son jour de naissance, et c'est le seul qu'il semble avoir rédigé. Dans une première parlie (c. 1-20), il montre, par des exemples frappants, l'importance de l'arrangement des mots; puis, il en étudie les secrets, sans dédaigner d'entrer dans des détails minutieux sur la structure des membres de phrase, sur l'accent et sur le rythme. Une seconde partie (c. 21-24), est consacrée à la distinction des trois genres d'arrangement, d'où résulte le caractère général du style : l'arrangement sévère (ajcrtipi cOvOeciç), l'arrangement brillant ou fleuri (y>.açupx ou avOiapà), et l'arrange ment moyen (xoivt;) K Enfin, dans une dernière parlie (c. 23 — fin), l'auteur étudie les rapports entre la poésie et la prose, relativement à l'arrangement des mots. Plein de renseignements techniques, l'ouvrage, dans son ensemble, se recommande à quiconque veut faire une étude précise du style des écrivains grecs. Il renferme en outre un grand nombre de citations, qui nous ont conservé plusieurs fragments précieux *.
1. Il ne faut pas confondre, comme on le fait ordinairement, les trois genres de aûvôeaiç avec les trois genres de style dont il est si fréquemment question dans la rhétorique ancienne et sur lesquels Denys lui-même s'est étendu dans sou écrit Sur le style de Démosthène, Le caractère total du style (),é^c(i>; -/«paxTrip) résulte à la fois de l'éxAOYr, et de la aûvOeat;. Celle-ci n'en est qu'un élément.
2. En particulier l'hymne de Sappho à Aphrodite (c. 23) et une partie d'un dithyrambe perdu de Pindare (ch. xxii).
DENYS D'HALIGARNASSE; ŒUVRKS critiques 3C3
L'étude Sur la force du style de Démosthène (Hepl Th% lariXTi; ATQaoGOevoy; Ssivotyito;), dédiée à Ammœos, est postérieure au Ilepl ouvOI'jea); (cité aux ch. 49 et SO).Une lacune au début est probablement la cause de certaines difficultés critiques qui ne laissent pas que d*étre embarrassantes. L'ouvrage semble avoir fait partie des Études sur les anciens orateurs ; car Denys lui-même, dans des écrits postérieurs, le cite sous ce litre général*. D'autre part, il difiere absolument, quant au plan, des études sur Lysias, Isée et Isocrate : c'est un travail bien plus largement conçu, qui comporte de nombreuses comparaisons, et qui devait être complété par une autre étude, de même ampleur probablement, Sur les idées et la composition dans Démosthène (ïlepl r?,; TTûay^taTur,; AiQ^iiOfjOÉvouç XeivoTTiTo;) *. Il est difficile de croire que deux morceaux aussi développés n'aient été que des chapitres de l'ouvrage sur les orateurs. Kn outre, l'auteur renvoie lui-même à un autre écrit de lui sur Démosthène, où était discutée l'authenticité des discours qu'on lui attribuait ' ; c'est celui-là, semble-t-il, qui devait faire suite et pendant aux études sur Lvsias, Isée et Isocrate. Ces difficultés se résolvent, je crois, assez simplement, si l'on admet que le Traité sur le style de Démosthène est un remaniement du chapitre des Anciens orateurs relatif à Démosthène. Denys expliquait sans doute, dans la préface aujourd'hui perdue, quels motifs l'amenaient à retoucher cette ancienne étude pour lui donner de nouveaux développements. Ces motifs, nous les devinons en partie. Il a voulu entrer plus avant dans l'étude de l'art de
1. Lettre à Pompée, ch. ii ; Seconde lettre à Ammœos, ch. i. En outre, dans lo traité mènip Sur le style de Df^mosthène, il cite le Juge' ment sur Lysias (J'« partie dos Éludes sur les anciens orateurs) (;n ces termes : èv rr, Ttpb Taurr,; yp*?^» ce qui semble bien impliquer que les deux ouvrages se faisaient suite.