‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 245 sur 605 · Ch. Lvii, fîn · texte numérisé non relu

Ch. Lvii, fîn

Démosthène, faire mieux ressortir par des comparaisons sa supériorité sur tous les autres prosateurs, et en particulier sur Thucydide et Platon, qui avaient l'un et l'autre leurs admirateurs exclusifs. Dans ces développements nouveaux, il a profité des théories sur le style qu'il venait d'exposer dans le traité de V Arrangement des mots. Nous y retrouvons les qualités critiques de l'auteur; mais le jugement sur Platon dénote une sévérité étroite, due à d'étranges préjugés de rhéteur. Nous savons par le Traité du sublime (c. 32, 8), que Cécilius, l'ami de Denys, était un « ennemi » de Platon. Denys, lui, proteste de son admiration pour le génie du grand philosophe et même pour son talent d'écrivain: ce qui n'empêche pas qu'il ne comprend ni son ironie charmante, ni sa fantaisie, ni la souplesse ondoyante de son style.

C'est ce jugement sur Platon qui a motivé la Lettre à Cn. Pompée. Denys y répond à une lettre de Pompée, qui s'était étonné de ses critiques; il les maintient en lesexpliquant, et, malgré ses protestations, il les aggrave par là même. Dans la seconde partie de la même lettre (à partir du ch. 3), il expose le plan do son Traité de limitation, auquel il travaillait alors, et cite par avance de nombreux extraits de la seconde partie.

Ce traité de limitation (xepi Mi7.7;g€(ù;), presque entièrement perdu, dut paraître peu de temps après. C'était en quelque sorte le résumé de tout l'enseignement de Denys. L'imitation méthodique des grands écrivains était, avant lui déjà, une des trois parties cataloguées de l'éducation de l'orateur*; mais il s'était appliqué plus que personne à l'éclairer par des jugements réfléchis : toute

i. Rhél. à Ilcrennius» 1. I, ch. ii : c Hscc omnia tribus rébus assequi potcrimus, arte, imitationc, cxercitutionc. > L'imitation est là une sorte d'intermédiaire entre la théorie (ars) et la pratique (cxereUalio).

DENYS D'HALIGARNASSE; œuvres critiques 365

sa critique tendait principalement à distinguer ce qu'il fallait imiter en chaque auteur. I/ouvrage, d*après ce qu'il nous apprend lui-même *, comprenait trois parlies. — La première traitait de Nmitatiofi en général : c'était donc une sorte d'introduction théorique, dont il nous reste à peine quelques lignes; le chapitre de Quintilien Sur V imitation (1. X, c. 2) peut nous donner une idée des questions qui s'y trouvaient débattues. — La seconde partie, probablement beaucoup plus étendue, énumérait les auteurs qui doivent être imités, en donnant une appréciation résumée des principaux caractères de chacun d'eux. Nous en avons encore la préface et deux séries de jugements. Les uns sont cités par Denys luimême dans sa Lettre à Pompée; ils nous ont été ainsi conservés textuellement et dans toute leur étendue ; ce sont les jugements sur Hérodote, Thucydide, Xénophon, Phihstos et Théopompe, c'est-à-dire sur quelques-uns des principaux historiens. Les autres, abrégés nous ne savons par qui, et réduits parfois à l'état de simples formules, nous sont parvenus avec la préface comme un ou\Tago distinct, sous le titre de Jugements sur les anciens ('Ap/ai(ùv Xwî<7i;). Quintilien, en composant le chapitre premier de son X® livre, avait sous les yeux le texte complet de Denys, qu'il a suivi de près et quelquefois traduit. — La troisième partie de l'ouvrage traitait de la manière d'imiter (-ci; Set [i.i;j.gïcOai); il ne nous en reste rien.

L'écrit Sur le caractère de Thucydide (Ilept toO 6o\j/.uliîou )rapr/,Ty;po;) fut adressé à Q. /Elius Tubero, sur sa demande, pour motiver d'une manière plus complète les jugements déjà portés sur Thucydide dans l'étude Sur le style de Démosthène et dans le traité de t Imita- Hou -. Aucun ouvrage ne montre mieux les graves dé-

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