‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 3 sur 605 · ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ALEXANDRIE

quête d'Alexandre^ qui disputent à Athènes la primauté

dans les choses de Tesprit ^

Entre le canal de Pharos et le lac Maréotis, sur une ioague bande de terre, végétait une obscure ville égyptienne. Alexandre comprit l'avantage unique de cet emplacement et y fonda Alexandrie. Cinquante ans plus tard, sous les premiers Ptolémées, la jeune cité comptait plus de trois cent mille habitants : c'était la plus grande ville du monde. Cette prodigieuse croissance, qui ressemble à celle de certaines villes américaines d'aujourd'hui, avait son origine dans le commerce. Alexandrie se trouvait au point de contact des ditférenles civilisations de l'antiquité : l'Egypte, l'Orient, la Grèce, la Méditerranée occidentale se donnaient rendez-vous dans son immense port. Toutes les marchandises du monde s'y entassaient, amenées par des hommes de toute race, de toute religion, de toute culture. Les échanges y créaient d'immenses fortunes. A côté de la vieille ville, Rhacotis, où survivait l'ancienne Egypte des Pharaons, la ville nouvelle, Néapolis, développa rimposante magnilicence de ses larges rues droites où s'élevaient des édilices grecs. Les Ptolémées étaient intelligents et ambitieux. Quand ils virent leur capitale devenir la plus riche cité du moiule, ils voulurent qu'elle en fût aussi la plus savante et la plus lettrée. Déjà Ptolémée Soter avait commencé à y réunir des livres : il avait chargé de celte tache, dit-on, Démétrius dcPhalère, chassé d'Athènes par le Poliorcète. Mais c'est surtout Ptolémée Philadelphe, fils et successeur de Soter, qui fut le véritable créateur do la suprématie littéraire d'Alexandrie, si c'est à lui qu'un doit «tlribuer, comme il est probable, la fondation du Musée

i. Sur Alexandrie, cf. Strabon, XIII, p. 191. V. aussi ( louât, hétie Alexandrine, ch. I, où l'on trouvera d'abondants détails sur ce qui ne peut être ici qu'effleuré, et Tarticle Alexandrie dans l'Encyclopédie de Paiily.

et rinsiallîttion dofînitivo de la bibliothèque. Celle-ci, au moment de la mort de Soter, comptait déjà, dit-on, deux cent mille volumes. Mais Philadelphe la doubla, et construisit pour la loger un édifice approprié, qui faisait partie, semble-t-il, des bâtiments du Musée. Une seconde bibliothèque, logée au Sérapéum, contenait encore environ cinquante mille volumes, probablement des doubles de la grande bibliotlièque. Evergètc, après Philadelphe, continua d'enrichir la collection avec une ardeur passionnée qui ne reculait devant aucune dépense : on raconte qu'ayant emprunté aux Athéniens, moyennant une caution de soixante-quinze mille francs, l'exemplaire officiel des tragiques, copié autrefois sous l'orateur Lycurgue, il abandonna sa caution et garda l'exemplaire *. Bref, la bibliothèque finit par comprendre environ sept cent mille volumes ; c'est le chiffre qu'elle avait atteint lorsqu'elle fut brûlée en 47, après l'entrée de César à Alexandrie*. Déjà des particuliers, avant les Lagides, avaient formé des collections de livres. La plus importante avait été, dit-on, celle d'Aristote, qui du reste fut achetée en bloc par Philadelphe'. Aucune n'était comparable à celle d'Alexandrie. Toute la littérature grecque était là, depuis Homère jusqu'aux plus récents philosophes. Un bibliothécaire en chef, assisté sans doute de collaborateurs nombreux, surveillait ce trésor. Il ne se bornait pas à le surveiller; il s'appliquait à le rendre plus accessible et plus utile, à l'accroître aussi, par des tables, des catalogues, des commentaires, des éditions nouvelles, des études lexicologiques et grammaticales de toutes sortes. Chaque bibliothécaire était nommé à vie. Tous furent des savants illustres. Le premier en date est Zénodote ; viennent ensuite Cal-

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