DION DE PHUSE ; SON ÉLOQUENCE
veloppe. Il en est de inùiiie des exemples, en récils ou en fables, qu'il niùlo sans cesse au tissu de ses développements nuiraux. Malgré ces défauts, Dion a un don de séduction, que nous sentons encore aujourd'hui. Son langage, d'une allure un peu lente, plaît par sa douceur et par l'absence complète d'emphase. Une phrase quelquefois traînante, mais souple et comme caressante, qui enlace l'auditeur et (jui l'amuse par ses détours; une remarcpiahle abondance d'idées secondaires, comme il convient à la causerie» : une inmgination spirituelle: une grâce naïve de conteur. De même que tous ses contemporains, il imil(î, soit à dfîssein, soit même sans le vouloir, par un simple eîlet de réminiscence. On retrouve chez lui des tours, des ex[)nv'>si(ms. qui rappellent Démostliène ou iMaton. Mais tout cela, en somme, est lieureuscnient fondu dans une couleur générale (jui lui est propre *. Ce qui en fait surtout la qualité, c'est ce qu'elle laisse pour ainsi dire transparaître d(^ l'homme lui même. Dion est un atticiste tempéré, (|ui a gardé quelque chose d'asiati(jue; il l'est sans effort et avec sincérité : il parle une langue qui, à coup sur, n'était pas celle qu'(m parlait couramment autour de lui, une langue plus pure, plus choisie, classique, et par conséquent légèrement archaï(iue, mais un(î langue qu'il a faite sienne, et il la parle avec une aisance charmante. Entre les écrivains de ce temps, c'est à coup sur un des plus aimables-.
Ainsi, tandis qu'Kpictète nous éloignait de la pure tradition hellénitjue, Dion nous y ramène. Nous allons la ressaisir plus pleinement encore chez Plutarque, qui est, en ce siècle à demi romain, le (irec par excellence.
1. Philostr., i>ass. cité I Zvyxsîtisvoc jiàv to)v àp'.ata 6Îpr,|iévcDv toO àpÎTTOU, pXérwv 8s rpo; tyjv Ar,(ioaOévo'j; r,/(o xai ID.aTwvo;. r, xaÔâi:£p aî |iavao"; toî; opyavoi; 7rpoTr,-/6t o Atwv xh la--»ToO ïî-.ov Çuv i^O.tli. èiïEff- Tpajijxsvr,.
i. Sur la langue de. Dion, voir W. S(Miniidt, Allicismus, t. I, p. 72-
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Iinmcdiatcmont au dessous des houimes de génie, Plularque. presque aussi populaire que les plus célèbres d'eulre eux, est supérieur aux simples écrivains de talent par(|uel<iue chose qui vient de Tamc. firaceà un ensemble de (jualités que nous devons essayer d'analyser, il a, pour ainsi dire, résumé dans son œuvre l'image complète d(»ranli(juilé hellénique, au moment où celle-ci touchait à sa lîn : el il lui a prêté une forme simple, attrayante. éiuin(*mmenl propre à la faire connaître et aimer. Il est <h)uc, i)0ur la postérité, un des représentants accrédités <Ie riiellénisme, ^l'un hellénisme un peu dilué peut être, nuiis élargi, vraiment universel et humain : et voilà pounpioi il convient de le mettre ici au centre de ce <*hapitre, où nous étudions justement cet épanoui.ssement final des vieilles traditions grecques dans la grande lunn'ére de l'empire romain.
Xé au cceur de la (irèce propre S à Chénmée en Béotie, entre les années i3 et "W) de notre ère, Plutarque grandit au milieu des souvenirs nationaux, près de Delphes, près des champs de bataille les plus célèbres dans les annales de son pays « Platées, (liéronée. Haliarte, Coronée, les ïhermopyles, etc. » ; près de Thèbes, alors ruinée, mais quilui raj)pelait toujours PindareetKpaniinondas: non loin deTlx-spies. où Pou adorait Kros, d'Orchomèneoù avaient régné les Charités, et d'Ascra où
1. ^^n^ PlutuniiK-, noti^'o insignifiante ot inoxacto de Suidas, nXovTapyo; Xaictovi-j;. Los ineiliours ronsoignnncnts nous sont fournis par rhitarquo lui-nn"»nii', qui a souvent parlé, dans ses divers écrits, de son pays, de sa famille, dfs circonstances do sa vie et de ses ndations. Voir rind»'X du Vlutnvque de la Biblioth. Didot, aux mots Plularchus, yicarchus, Lnmprias, tdc. Consulter surtout R. Volkuiann, Jj'ben, Schviften und Plùtosophie des Plularch von Charonca, Berlin, lî;73 et Gréard. De ia murale de Plutarque, Paris, 1866.
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avait chaoté Hésiode. Il apparlenail à une aacienae famille de pure race hellénique, qui semble avoir été établie sur ce sol béotien de temps immémorial. Vieille famille et vieux domaine, foyer tout entouré de traditions, maison de forte et intelligente bourgeoisie, de mœurs simples et antiques, pleine de religion et de patriotisme, et, malgré cela, nullement fermée aux idées du jour. Les vieillards y étaient réfléchis et conleurà, à la vieille manière grecque. Plutarque entendit longtemps les récits de son grand-pére Lamprias, qui vécut assez pour voir ses petits-fils déjà parvenus à Page d'homme ; et il recueillit de sa bouche des anecdotes historiques qui remontaient à son arrière-grand-père, Xicarque, contemporain du triumvir Antoine, de Tégyptienne Cléopàtre et du vainqueur d'Actium. Le temps de son enfance fut celui où la Grèce se relevait lentement de ses misères. Cette aimable demeure de Chéronée, au milieu de ses prairies et de ses vergers, retrouvait alors sa large aisance, moitié urbaine, moitié rustique, et sa bonne humeur traditionnelle. Le grand-père anhnait les réunions de sa gaieté malicieuse et de ses récits. Le père, homme droit et sensé, y parlait affaires, culture, élevage, intérêts domestiques, sans dédaigner de prêter Toreille aux discussions philosophiques de ses hôtes : car il était hospitalier, en Hellène de bonne race, toujours prêt à écouter et à s'ouvrir aux choses du dehors. Sous ces iniluences réunies, et tout simplement en se laissant vivre, IMutarque et ses frères, Lamprias et Timon, s'imprégnaient de tout ce que la Grèce, en sa longue tradition, avait amassé peu à peu de plus excellent.
Quand il approcha de sa vingtième année, déjà tout nourri des poètes nationaux, dont les vers devaient habiter son àme jusqu'au derni<^r jour, il vint passer plusieurs années à Athènes, au milieu de ces maîtres et
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de ces étudiants qui y formaient comme une sorlo d'université, active et bruyante, au milieu aussi des monuments qui rappelaient tant de grandeurs, au milieu des hôtes de tous pays, (îrecs d'Europe et (îrecs d'Asie, patriciens romains, sophistes voyageurs, qui s'y pressaient incessamment. Curieux de tout, il y toucha à toutes les sciences : à la rhétorique, qui n'eut (juepeude prise sur lui, aux mathématiques, qui le passionnèrent un instant, aux sciences naturelles, à la médecine: mais il nt se donna qu'à la philosophie. Ce fut elle qui le prit tout entier, autant du moins que sa libre nature, avide de savoir, pouvait être prise tout entière. Sous la direction du platonicien Ammonios, qu'il a mis en scène plusieurs fois dans ses dialogues, il étudia à fond la doctrine de Platon jusqu'en ses parties les plus abstraites^ sans négliger d^ailleurs de s'initier aux enseignements des autres sectes.
En dehors des études proprement dites, ces années d'Athènes furent pour lui des aimées charmantes et fécondes par tout ce qu'elles lui lurent voir et entendre. Revivant en imagination dans l'ancienne cité de Périclès. ce fut alors qu'il eut la vision directe et vivante de ces scènes de l'histoire natituiale. qu'il devait retracer, bien plus tard, dans quelques-unes de .*^es Vies, En même tem[)s. par les conversations quotidiennes dont il a gardé le .»iouv(uiir tlans ses Propos de table, il recevait l'impression île mille idées jiassagères. et son esprit sMiabituait à ce irenre de causerie, à la fois amusante et érmlite. t|ui était alors à la moile. Ajoutons que tout cela ne fermait pas sou attention aux événements contemporains. Il dut entendre parler plus d'une fois de ces nobles exilés que la tyrannie de Néron relésruait dans les îles grecques : et il était justement à Athènes, en tUî. quand le maître du monde vint se faire couronner aux jeux pylhiques. connue chanteur et commelraffédien.
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Chose curieuse : malgré le mépris secret que le jeune philosophe ressentit pour cet empereur cruel et à demi fou, il lui garda toujours, involontairement, une certaine indulgence, qu'excusait la naïveté de son patriotisme, parce qu'il avait honoré la Grèce et qu'il avait fait semblant de lui rendre la liberté*.
Les années qui suivirent sont celles de la vie de Plutarque qui nous sont le moins connues. 11 voyagea, quelquefois pour affaires, quelquefois pour le simple plaisir de voir le monde. Nous savons par son témoignage qu'il se rendit en Kgypte, du vivant de son grandpère. Il nous apprend aussi qu'il fut député, jeune encore, par ses concitoyens de Chéronée, auprès du proconsul d'Achaïe, à Corinlhe, pour y traiter de leurs intérêts. Enfin, il alla à plusieurs reprises à Rome, et y fit même, une fois au moins, sous Vespasien, un séjour qui semble avoir eu quelque durée. 11 y était en philosophe, donnant des conférences en grec, que d'illustres personnages, notamment Arulenus Rusticus, ne dédaignaient pas de venir entendre. Mais Rome ne le retenait pas si étroitement qu'il ne trouvât le temps d'explorer certaines parties au moins de l'Italie. Lui-même nous raconte qu'il alla visiter, eu compagnie de Mestrius Florus, le champ de bataille de Bédriac, dans la région du Pô. Ses séjours en Italie furent ainsi pour lui autant d'occasionsde s'instruire, de compléter ses notes en vue de ses travaux futurs d'historien, et en même temps de nouer des relations avec (juehjues Romains de grandes familles.
Quel qu'ait pu être le nombre de ces allées et venues, Pliitarque semble être rentré d'assez bonne heure à Chéronée et y avoir i)assé toule la fin de sa vie, qui fut longue. 11 aimait son pays et sa maison; d'ailleurs,