‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 312 sur 605 · DION DE PRUSE ; SON ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

DION DE PRUSE ; SON ÉLOQUENCE

jement, de rudesse et de niaiice, comme au début de n discours aux Alexandrins :

Tous pluiraît-il. Alexandrins, d'être quelques instants séiix et attentifs, puisque aussi bien vous passez votre temps 'oiis amuser et que jamais vous ne faites attention à rien? li, amusements, joie, rire, tout cela a]>onde chez vous; vous s vous-mêmes les hommes du rire et de la joie, et vous ez û votre service une foule de gens qui vous procurent enre de l'un et de l'autre; mais le sérieux, voilà, je le vois tn, ce qui manque sur votre place. Pourtant, il y a des orairs qui s'extasient sur votre sagesse et votre liabileté; inmbrables comme vous l'ôtes, disent-ils, vous avez tous à la s l'idée qu'il faut, et vous dites sur-le-chauip ce qui vous mt à l'esprit. Moi, je vous louerais plutôt, si vous parliez iteinent, si vous saviez prendre sur vous de vous taire, et rtoiil si vous pensiez juste i.

C'étail en aninsanl ainsi son public qu'il lui faisait ilendro des vérités. Mais c'était aussi, il faut le dire à n honneur,, par son (*oura{fe. Ce courage, qui lui faiit affronter les huées toujours possibles d'un public ipricieux, il le puisait dans le s(;ntiment du bien qu'il )uvait faire et de la mission divine qu'il s'attribuait. K!rate, dans V Apologie que Platon lui avait prêtée, sait aux Athéniens ([u'ils devaient à une faveur des (»ux d'avoir possédé dans leur vilh» un homme disposé s'oublier lui-même pour s'occuper uniquement d'eux ^. 'tte parole, qui l'avait frappé, Dion la répétait à peu 'es aux Alexandrins, en sr l'appliquant à lui-même ', nous avons tout lieu de croire qu'elle traduisait bien L pensée. Non qu'il eût constanmient présente à l'esprit f»tte idée d'une mission, à proprement parler, et qu'il

l. Or. 32, II pô; 'A>.e$av8peîc.

î. Plîiton, Apoloffie, ch. xviii.

3. Or. 32 (p. i04, Toiilnu.T) : *I]y(o fxb yàip oùx an* éjjLauToO (lot îoxôi

oeXéiOai toCxo, âXX*vi:b SaijjLoviou Ttvbç yv(u|at,;, etc. Cf. 407 : Oebç

' oicep eçr.v, Oappf,(Tai (loi Tcapsa'/ev, et la suite.

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en fît tous les jours la raison déterminante de sa conduite ; mais, ejuand il réfléchissait; quand il descendait en lui-même, c'était par elle qu'il se ralFermissait. Epietète, dans un entretien que rapporte Arrien, avait bien défini le cynique idéal comme une sorte d'envoyé de Dieu^ Cette conception était dans la philosophie du temps : nul n'a dû se la rendre plus familière que Dion,, parce que nul alors n'a plus fait pour la réaliser.

Il serait trop long de pousser ici en détail cette analyse, de montrer ce qu'il y avait d'ailleurs d'incomplet dans le rêve moral de Dion et ce qui s'y mêlait parfois de chimère*. Quelques mots sur son style suffiront à compléter l'élude sommaire ([ue nous voulons faire de* lui.

Le style de Dion a charmé ses contemporains et il n'a cessé d'être admiré tant (ju'il y a eu une sophistique ^. Si cet engouement nous paraît aujourd'hui excessif, ce n'est pas une raison pour méconnaître des mérites très réels. Sans doute, il v a. dans ce slvle, de la manière; c'est celui d'un homme qui s'est étudié une partie de sa vie à faire valoir des choses insigniliantes, et qui, transformé en philosophe, continue à ahuser de son esprit, par habitude. Ses comparaisons notamment, dont Philostrate s'émerveille S et qui sont en effet presque toujours fines et amusantes, non seulement deviennent monotones par leur abondance,, mais trahissent leur origine sophistique soit par leur ingéniosité excessive, soit parla complaisance avec lacpielle l'orateur les dé-

!. Entreiiens. III, 22.

2. Voir en particulier, à ce point de vue. VEuhoique, qui est le roman pastoral du stoïcisme dans sa proinière partie, ot qui offre, dans la seconde, des vues de reforme sociali; très peu pratitïues.

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