PLTTTARQUE; FORMES DE SES ŒUVRES
c^cinféronces ou dissertations et de tous ses traités. Jannais. la disposition des parties ne résulte chez lui du dé- ^'cloppemenl organique d'une idée. Non pas qu*il aille O.U hasard en dissertant. Il semble qu'en général le suj*4 à traiter devait lui apparaître d'abord sous la forme cl une provision d'anecdotes, de traits historiques, d'apoplitogmes, d'où se dégageaient immédiatement un cert siin nombre de réflexions. Le travail de composition con- ^^istait à répartir rapidement ces éléments dramatiques s;^jus un certain nombre de chefs, (ju'il rangeait ensuite •-*ux-niémes suivant un plan propre à les faire valoir. Oriloiiiiance le plus souvent superficielle, mais agréable et « "lairc. Ainsi disposées, les idées sans doute ne nt)us mè- 1 lenl pas, par une progression constante, à une connais- :*^anfo de plus en plus profonde de la vérité; mais elles î?^'éclairent peu à peu. et elles se lient avec souplesse, -t-fcvt^c aisance, sans confusion et sans effort. On se pro- » «ii-ne, pour ainsi dire, à travers le champ k explorer ; à ^-^haque pas, on y découvre quelque aspect intéressant, ^le (jui charme le lecteur qui n'est pas un philosophe de J^rofcssion. c'est la variété, la quantité de choses concrè- ^ ^»s qui s'ofTrent à lui. Non seulement l'auteur, avant ^l'écrire, a du avoir en vue certains traits narratifs, mais ^>n outre, à mesure qu'il écrit, son imagination lui four- ^ jil, chemin faisant, d'ingénieuses comparaisons; sa mé- ^Tioire lui rappelle des mots célèbres, des passages d'auteurs, des vers surtout. — car il en sait par cœur plus tjue personne: — son esprit lui sugi:ere de pi(|uantes réflexions. Tout cela forme un tissu brillant, aux couleurs inélanirées. (|ui anuise les yeux. Kxaminez l'assemblage de près: l'art se réduit à peu de chose, la pen- .sée directrice est faible et peu personnelle. O maître de philosophie est surtout un causeur et un conteur. Seulement, il n'est pas de ceux qui causent k l'aventure, ni qui racontent tout ce qui leur passe par la léte.
11 a du sens, de la tenue, une certaine méthode mêncm^» qui suffit à la plupart des lecteurs; et, ainsi, sa causer*^ est vraiment une dissertation, qui se propose d'instruire j^ et qui instruit en effet.
Beaucoup de ses écrits sont en forme de dialogues '- Cette forme, la philosophie l'avait créée à son usage ai^ iv* siècle avant notre ère, et on sait ce qu'en avaient fait- Platon, Eschinc, Aristote, et beaucoup d'autres . Depuis, elle l'avait, semble-t-il. à peu près abandonnée; sans doute parce que le dialogue exige un art très délicat, et que ni les Stoïciens ni les Epicuriens ne se souciaient d'art littéraire.
iMutarque la reprit, certainement sous l'intluenct» de Platon, et parce que le sens de l'art se ravivait alors dans le monde helléni(|ue. En le faisant, il se proposa d'abord de plaire à ses lecteurs : il lui sembla, non sans raison, que cette forme rendrait plus intéressants les sujets qui s'y prêtaient, qu'elle donnerait à la philosophie quelque chose de vivant et de dramatique, qu'elle aiderait par conséquent à faire valoir certains exposés d'idées par l'agrément extérieur. Et pcîut-étre obéit-il aussi à une autre raison. Aimant, comme» nous l'avons vu, la société et les entretiens, ce fut un plaisir pour lui que de chercher à en reproduire l'image. Puis, en s'atlachant à cette
1. Nous possodons quinze (lialo{?u«'S snus li* nom de Plutarque ; mais il faut écarter le Uawjuel des Sept Srujes, qui n'est ccrt;iinoment pas de lui. Restent donc quatorze dialogues authentiques, savoir : Préceptes de santé» Manièrs de supprliner la colère, Sur CB de Delphes^ Sur les oracles de ta Pythie. Sur la ceasalion des oracles. Sur les délais de la vengeance divine, Stn- le dcinon de Socraie, Propos de table, l' Erotique j Sur le visage qu'on voit dans la lune. Sur Pintelligence des aniinau.r de terre et de mer, l»- Gn//l(ts, Sur les notions com^ munes contre les stoïciens. Qu'il îi'est pas mente possible de vivre agréa^ blement selon la doctrine d'Épicure. 11 faut y ajouter les dialogues perdus : Sur l'ùme. S'il serait utile de connaître l'avenir. Sur la chasse,. et peut-être ([uclques autres, <lont la forme ne se laisse plus deviner dans les fragments.