‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 337 sur 605 · CONFERENCES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

CONFERENCES PUBLIQUES

gnait (railleurs d'étendre au loin sa réputation. Dès qu'il se sentait en état de plaire, il entreprenait une tournée oratoire, en Asie, en Syrie, en Kgypte, en Italie^ plus loin même, jusqu'en Gaule et en Espagne, partout où il pouvait compter sur desauditeurs lettrés, suffisamment frottés d'hellénisme ^ I/éducation des classes cultivées étant alors la mémo, à peu de chose près, dans toute retendue de Tempire, le sopliiste était sûr d'être bien accueilli dans toutes les provinces qui possédaient des écoles grecques.

En général, sa réputation le précédait et excitait dans le public une vive curiosité -. Accueilli dans chaque ville par les maîtres et les éK ves, il organisait une ou plusieurs séances, auxquelles venaient assister tous ceux qui se piquaient de bon goût et de bonne éducation. Ces conférences avaient lieu le plus souvent dans les locaux où enseignaient les rhéteurs de l'endroit («xooxroptx), quelquefois dans des salles spécialement ornées et aménagées à cet effet, avec plus ou moins de luxe, soit par les villes, soit par les particuliers ^: rarement enfin, lorsque l'affluence était grande, dans les théâtres.

Certains sophistes, même parmi les plus illustres, apportaient là des discours écrits. C'est ce que semblent avoir fait .Elius Aristide, Lucien, Maxime de Tyr, beaucoup d'autres ; et parmi ceux-ci, les uns lisaient,

1. vElius Aristide, riui passait pour avoir peu voyagé, était allé en It ilie, en Grèce et en ÉtfVpte. Philostr., V, S., II, c. 9, 1. — Voyages de Luci»^n en Gaule, voy. plus loin. — Voyages de Ptolémée de Xaucratis, Piiil. K., .S.. II, 15, 2 : llXeï<TTa £è éwîXOwv eôvr, xxl

±. Pline, Epist., II, 3 : Magna Isaeum fama praecessorat.

3. Lucien, Ihpl -o-Z oi'xov. — A Home, Adrien de Tyr donnait ses

séances oratoires dans l'Athenueum (Philostr. V. Soph,, II, 1), 5).

Sur ce palais, hàli par A Irien, pour être un ludus inge.iuarum ar-

Hum, voir Aurelius Victor, (i^Caî^j/"., 14. 2, et DionCass ,LXXItI,i7.

Hisl. de la Lilt. grecque. — • T. V. 36

5G2 GHAP. IV.— SOPHISTIQUE SOUS LES ANïONINS

les autres débilaienl de mémoire. Quelques-uns ofFraieiil au public plusieurs sujets et lui laissaient la liberté de choisir : lorsqu'un grand personnage assistait à la séance, c*ctait à lui,, naturellement, qu'était attril)ué l'bonneur du clioix. Mais les improvisateurs renommés demandaient simplement à leurs auditeurs do Jeur désigner un sujet. Ils prenaient alors quelques minutes de réflexion^ et ils parlaient d'abondance.

Le public, passionné pour l'art à la mode^ écoutait avec une attention d'abord curieuse et bientôt frémissante. A mesure que le discours se développait et qu'on voyait naître les pi^nsées inattendues,, les arguments ingénieux et subtils, les sentiments pathétiques., l'enthousiasme éclatait. A certains moments., les cris d'admiration, les applaudissements partaient de tout cùlé *. Une belle période, savamment conduite, qui s'achevait comme d'elle-même sanseflbrt apparent sur une cadence mélodieuse, ravissait tous ces connaisseurs, connue chez nous, une belle phrase musicale dans un concert. Les traits brillants, les sentences, les antithèses étaient acclamés. De moment en moment, l'exaltation grandissait-: elle passait du public à l'orateur, qui, tout transporté par le succès, semblait se surpasser lui-même en invention dialectique, en abondance de mots sonores, en sentiments vibrants et passionnés ^ La séance finissait dans une sorte d'ivresse, au militîu de laquelle lescom-

1. -Klius Aristide, invité à parler (l«»vaiit Marc-Aurôlo, domandait l'autorisation d'amener ses élèves «'t ((u'il leur fût pormis de crior et d'applau<lir, xai fJoîv xal xpoTgîv. (IMiil., V. d. ^'., II, c. 9.)

2. Aristide, llepl toO iiapa?0êY|A3t'o;» T- '"'^^O, Dindorf : SxoToîiviâ 6f, 7c5; èvTaCOa àxpoaTr,; xxi O'Jx s/si ti; yhrjx:, à).).' (otjizip h TrocpaTaÇEi xuxXoC{is«oi OopuôoCvtat. xa\ w; exarr-ro; Ê'x-' r'^^^^^^ ^i ^vvôjxeci); ovto); èicaivsl.

3. Voyez, sur cette inspiration, une autrt* eurieus»' i>af;e d'Aristide, nicmc discours, p. î>28. * Une lumière divine, dit-il, environne l'orateur », et il ajoute : evôù; {làv tovou xal Gipjxr,; iv£7r).T,(xe ijl£t* KvO'j(i:a;, îjpefi* to'j; ôp6a>.{i.oy; avw xaî ?à; Tp:/a; 8iéffTr,ff£, etc.

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