‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 350 sur 605 · H- Eaum^jirt. ou., cii:, j-. O-.-î -ijiv · texte numérisé non relu

H- Eaum^jirt. ou., cii:, j-. O-.-î -ijiv

Ponoîiiie poul-«*'tro, en ce temps, ne laisse mieux voir que lui ce (ju*avait de fâcheux l'iniluence de la sophistique. Très richement doue par la nature. Aristide, s'il ci^t vrcu dans d'autres conditions, aurait été un honmie supérieur. La sophistique le prit, le détourna de la vérité et Tempécha de donner ce qu'on pouvait attendre de lui.

Il eut ccrtaiuî'me nt. par instants au moins. Tanihition d'être autre chose qu'un orateur d'école. Sa fortune, le renom de .sa famille, .son talent, la considération dont il jouissait, son crédit à la cour pouvaient lui permettre de jouer un ro!(î polit i(|U(». incertain nomhre de ses discours sont de vcritahles harangues, qui touchent aux affaires du temps. Lorsqu'on les lit. on sent qu'elles ont du être applamlies et rester sans elfet. L'orateur s'y montre plein de ressources, mais incapahle de serrer de près la réalité. Ilahitué à n'argumenter que sur des thèmes scolaires et d'après des livres, il ne sait pas analyser les choses de la vie. Jamais la situation présente n'y est étudiée sérieusement : mil exposé précis des difficuhés à résoudre, des intérêts à SLitisfaire, des ménagements à garder, nul sens pratique, rien d'immédiatement applicahle ; de helles paroles, des développements toujours généraux, une éloquence académique, qui a de l'essor, mais qui ne sait pas marcher sur le sol *. Même en ce temps et sous la surveillance de l'autorité impériale, il y avait autre chose que cela à dire, pour être utile; mais il aurait fallu être simple, franc, parler sans vain souci de plaire, aller droit au fait, appeler les choses par leur nom : et c'était justement ce dont Aristide avait cessé d'être capahle.

Ajoutons que les succès oratoires avaient étrangement

l.Voir surtout le discours XLII. TIspi ôpLOvota; taî; ic6>so-.v, et comparer avec Dion (or. 38, 30, 10), qui est 1res supérieureu sincérité pratique.

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développé en lui la %*anité et càlo le jusremenL Ses Discours >acrés si;»nt bien, quant au fond des choses. Tunti des plus sottes et des plus imjK»rt inentes comiH^sitions qu'on puisse lire *. Ini[iossikle d'entrelenirje puhlio do ses misères physiques avec une infatuation plus ridicule. Il lui semble que son dieu n*a rien à faire que de s'occuper de lui. et que le monde entier doit être allenlif à tout ce qui s'est passé entre eux. Nous n*aNonH aucune raison, quoi ({u'on en ait dit , de douter de la sincérité de sa foi. La dévotion, en lui. s'alliait très bien (\ la vanité, ce qui n'a rien d'extraordinaire. C.omiuent aurait-il douté qu'un personnage de son imiH)rtance no dut être l'objet d'une sollicitude divine toute particulière? Cette sollicitude, il la sentait partout, il en jttuissait, et il éprouvait le besoin de la publier : sa présomption puérile est la meilleure preuve dr sa crédulité.

Ari.stido est donc un déclainateur. Mais, sous cet art sophistique qu'il étale avec complaisance», ou ne peut nier que des qualités rares n'apparaissent et ne compensent même parfois ses défauts t^sscntiels.

Dans un siècle où rélo(|uence cherchait surtout à juxtaposer les traits brillants, il a su ar^nnnenter. Uu'il traite un sujet réel ou un sujet fictif, dès cpTil s*afçit d« raisonner, l'invention dialectique atteste chez lui den ressources vraiment remarquables-. Si b» fond de hou discours est historique, comme dans le. Pauf/thf'na'tque ou le Plaida f/er pour If s Quatre, il sait tirer de l'histoire les exemples et les argiiments avec une rare présenre

1. Ce qui n'empêche pas, bien «^ntondu, qu'on n'y trouv*f qu.'iiititA 'le détails intér>«sants pour l'histoiro nioralo, n:li(/i>'UHf,', littôruipi 'lu temps.

2. TroU'U. Din«Jorf, p. 741, 12: "H^y, iiiv AoYyîvo; xoii ni'*ui ^ii ypiti-

x»i xaV^/ov 'ôv AT^io-T^évT.v {i:<io-^{ievo;. — Ibid., 1. 21 *. TJ ?'«v t>^vi*r,- H.%i. 4e :a Litt. jrrerq'je. — T. V. 37

d*esprit. Les récits des grands écrivains classiques lui 8ont familiers ; il en a^tout le détail à la fois devant les yeux; les faits accourent à son appel pour les besoins de sa cause, avec un à-propos étonnant. Do là l'intérêt qu'offrent ces discours pour la connaissance des événements dont il parle; il est vrai qu'il les arrange à sa façon parce qu'il plaide : mais il les connaît comme un bon avocat connaît le dossier qu'il a étudié. S'agit -il de discuter des opinions? Même souplesse et mêmes ressources. Quand il défend la rhétori([ue contre Platon, c'est avec une abondance de raisons qui semble inépuisable. Pas une contradiction de Tadversaire ne lui échappe. 11 s'empare de ses aveux^ de ses concessions, de ce qu'il a pu dire ailleurs, et il le réfute par ses propres déclarations, pied à pied, en gagnant du terrain à chaque pas. Dans une argumentation si subtile et si abondante, il rencontre souvent la vérité. Mais lys objections spécieuses se mêlent trop aux objections sérieuses, ce qui nous inquiète ; et, toujours, ce grand cQort d'esprit donne l'impression de quelque chose d'artiiîciel, dont on se défie, alors même qu'on l'admire dans une certaine mesure.

Cette dialectique, d'ailleurs, est ce qu'il y a de meilleur en lui. Son pathétique est banal, faute de sincérité. Des discours tels que la lamentation funèbre sur Smyrne, qui se composent en grande partie d'apostrophes et de prosopopées, sont pour nous sans intérêt et sans valeur. Là où il faudrait de hautes pensées, des sentiments graves et forts, une philosophie en un mot, on ne trouve que le vide. Ses hynmes oratoires aux dieux ne nous renseignent que vaguement sur les croyances du temps, parce qu'ils ne sont eux-mêmes qu'un tissu d'idées vagues, et qu'ils procèdent, non d'un état de conscience, mais d'une pure habileté technique.

Par son style, Aristide est unjles plus attiques entre

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les écrivains de ce temps *. Sachant par cœur, très certainement, une bonne partie des œuvres classiques, il se sert sans effort des ressources qu'elles lui fournissaient. Thucydide, Platon, Xénophon, Isocrate, Démosthène surtout, sont ses modèles favoris. Rivaliser avec ce dernier a été son ambition constante, et il s*est flatté plus d'une fois de l'avoir égalé, sinon surpassé *. En luttant avec lui, il ne craignait pas de lui prendre ses propres armes; il est plein de tours, d'expressions, de raisonnements môme, qui viennent directement de son mo- ^lèle. Toutefois, l'allure de sa phrase n'a rien de la véliémence du grand orateur. Son style est plutôt une sorte de compromis entre sa manière et celle d'isocrate, avec w\n mélange d'éléments abstraits qui procèdent de Thucydide. Qu'il ait quelque chose d'apprêté et d'artificiel, iirela est incontestable. Mais pour les meilleurs juges de c*o temps, il représentait, en face des improvisations fri- ^ oies et du mauvais goût régnant, la forte tradition classique '. N'ayant qu'une médiocre aptitude à improv-iser, Aristide s'était fait une préférence raisonnée pour I 'éloquence étudiée, oui lui semblait plus sérieuse. 11 se prenait lui-même pour un pur Attique, et il censurait de liaut les écarts des parleurs contemporains, comme on peut le voir surtout dans son discours Contre ceux qui profanent t éloquence (Or. L, Kari tûv i^op/ou;iivfa)y). Quelle que fût la part d'illusion qu'il y eut dans cette

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