‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 368 sur 605 · LUCIEN; LE PAMPHLET C · texte numérisé non relu

LUCIEN; LE PAMPHLET C

sorincllo des éloincnls déjà exislanls. tjue ce genre d'ailleurs soit secondaire, qu'il ail nienie quelque chose en soi d'un peu artificiel, cela est assez évident. La satire toute simple vaudra toujours mieux pour moraliser, la comédie franche pour étaler le ridicule. Mais quand, pour une cause ou pour une autre, ni la satire ni la comédie ne sont de saison, cette sorle de dialogue amusant, léger, qui court partout, qui se lit vite, qui peut devenir, selon les temps et les occasions, conférence, libelle ou feuilleton, a bien son mérite propre. Et c'est ainsi que Lucien, sans être un Aristophane, a mis au monde quelque chose qui s'est fait une place à coté du drame comique et qui l'a gardée.

Au reste, il ne convient pas de l'enfermer par un éloge exclusif dans un genre où lui-même n'a pas voulu s'enfermer. En dehors de la forme dialoguée, il est aussi, entre les anciens, le représentant par excellence du pamphlet et du récit fantastique. Ses brillantes qualités s'y sont manifestées avec non moins d'éclat.

Le pamphlet, chez lui, n'a pas de forme propre. C'est tantôt un récit moqueur, tantôt une argumentation, tantôt une instruction ironique. Dans la Mort de Péréyrinus, dans V Alexandre, l'auteur a l'air de composer un(î shnple relation; il dit, ou est censé dire, ce qu'il a vu et entendu; mais sa narration est, en fait, la plus mordante des diatribes. Dans la lettre à Vlynorant qxd collectioiine des livres y AdiW^ la riposte à Timarque, il raisonne ; mais son raisonnement est une invective acerbe. Dans les observations Sur la jnanière d'écrire nùstoire, dans la lettre Sur ceux qui se font salarier, dans le Maître de rhétorigue, il prend le rôle d'un conseiller qui donne des avis; mais ces avis se transforment, tandis (ju'il les formule, en satire impiloyable. Si la littérature grecque n'avait subi des pertes qui nous empécluM'ont à tout jamais de la

bien connaître, on y trouverait, cela est certain, des modèles de toutes ces sortes de railleri<'s. Les pamphlets n*y avaient pas manqué: mais le pamphlet, de sa nature, est œuvre éphémère; et cela explique que les meilleurs aient disparu. Lucien, lui, a profilé d'une chance lieureu.se; peut-être nous paraîtrait-il moins original en ce genre, s'il n*y était presque isolé. Quoi qu'il en soit., reconnaissons qu*il y a excellé. Si sa fantaisie y est moins vivo que dans les dialogues, elle s'y trouve pourtant mélangée partout à la verve satirique, aux observations piquantes , aux vues ingénieuses, à l'argumentation pressante, et c'est ce mélange qui semble bien avoir été le trait distinctif de sa manière. Rien de plus varié que le tissu de ces amusantes compositions. Que la trame en «oit narrative ou dialectique, il y fait serpenter toute une broderie merveilleuse d'anecdotes, de bons mots, de citations, de souvenirs classiques, qui, sans effacer le dessin principal, Tégaient en mille manières. D'autres ont eu autant que lui le don de l'ironie, quelques-uns l'ont surpassé parla force du l'argumentation; personne peut-être ne l'a égalé par cette variété éblouissante., au milieu de laquelle il se joue avec tant de grâce et de prestesse.

Le récit fantasti(pie, dont il nous a laissé un modèle exquis dans son Histoire vrae, .semble lui appartenir plus en propre. L'original qu'il a si joliment su contrefaire, c'étaient les narrations paradoxales des voyageurs, depuis celles d'Ulysse dans YOdyssée jusqu'à celles d'iamboulos relatives à la (Grande Mer. Mais pour déclarer dès la première ligne qu'on allait mentir, et pour amu.ser ensuite son lecteur pendant deux livres avec 4îes mensonges avoués, il fallait vrainient tout son esprit. D'autant qu'il n'y a là aucune thèse, aucune satire continue. Uien (|u'une série prodigieuse d'inventions, plaisantes ou burlesques, qui se succèdent avec la plus

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