Diog. L., X
4. Cf. Picavot, De Epicuro novae religionis auctore, Paris, 1888.
5. MuUach (Didot), Fragm, Philos., t. III, p. 153, col. 2 : \irfi* av»- Toî; eÎTCiîv irco èvavtîov ovte àXXr,Xoi; ovre 'Eicixoupo) |iT,5èv otoy xa\ tivr,(76Tjva: a|iov, àX*A' îattv a'JTOî; 7capav6{iT)pis, iJiâXXov Se à(7l6r,|ia. xoit xa^YvcooTai xo xatvcTO|iT,e£v. — Cf. Themistius, Oral, TV, et Sénéque, Ep. 33, i ; textes curieux, cités par Picavot, p. 17.
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de l'esprit spéculatif : dans la pratique^ c'est de vérité prouvée, ou du moins de vérité acceptée comme telle, que Ton a surtout besoin. L'apparition et le succès de Tépicurisme attestent un affaiblissement notable do la pensée spéculative en Grèce. Et cependant, cette philosophie pratique comprend encore une théorie de la méthode, une physique même, en dehors de la morale proprement dite. Mais physique et méthode y sont étroitement subordonnées à la morale.
Il semble que le point de départ de la pensée d'Épicure ait été à peu près celui-ci : la condition humaine est rendue misérable par des idées, des passions, des maux physiques ; quelle est, dans toutes ces misères, la part de l'illusion ?A quoi se réduisent-elles pour qui sait voir les choses comme elles sont ? Épicure crut avoir trouvé le remède àcesmaux dans une méthode intellectuelle rigoureuse, dans une physique exacte, dans une morale conforme aux principes de sa physique et de sa logique.
Il appelle sa logique la canonique ou le canon (xavo>v)^ c'esl-à-dire la science des règles de la pensée *. L'origine de toute connaissance est dans la sensation (aÎ70T)?i;). De la multitude des sensations particulières se forment les idées générales (Tupo^Ti^ei;). Quand les sensations ne fournissent pas de données suffisantes, Tesprit en est réduit à la conjecture (ÙTCoXiQt^i;), sur laquelle on ne peut rien fonder de solide. Les idées générales, au contraire, élaborées et groupées par le raisonnement (£ici)x>Yi(y(i.6;),sont le fondementde la science (£TCi<jTr)[tin), qui, par conséquent, repo.se tout entière, en dernière analyse, sur les données primitives des sens. La sensation n'est pas seulement la source des idées : elle est encore une source de passions (TriOTï), c'est-à-dire de plaisirs et de peines. Par là elle
i, Diog. L., X, 31. Cf. P. M. F. Thomas. De Epicuri canonica, Paris, 1889.
est la racine aussi de la morale. Mais voyons d'abord ce qu'elle fait connaître à Thomine sur la nature des choses extérieures, sur la physique.
Épicure est peu inventeur sur ce sujet : il a simplement copié Démocrite, sauf quelques corrections de détail qui avaient probablement moins d'importance à ses yeux qu'elles n'en ont pris chez ses commentateurs. On s'est demandé pourquoi il s'était ainsi attaché à Déniocrite K La raison de ce fait paraît assez simple. La doctrine de Démocrite était en effet la seule, parmi les doctrines récentes, qui fût entièrement conforme à la première règle du canon, à savoir de n'admettre aucune idée qui ne dérivât d'une sensation, d'exclure toute conception d'un principe spirituel, d'un NoO; quelconque. Épicure répéta donc, après Démocrite, que rien ne naît de rien, que rien n'existe en dehors de l'espace et des corps, que l'élément constitutif des corps est l'atome, que le nombre et la diversité des atomes sont indéfmis, qu'ils sont toujours en mouvement et que leurs rencontres forment des combinaisons qui sont les corps. Il ajoute seulement que le mouvement des atomes ne s'opère pas toujours de haut en bas, par manière de chute, comme comme le disait Démocrite, mais qu'ils subissent aussi dos déviations : c'est le fameux clinamen jugé indispensable par Épicure pour expliquer que les atomes se rencontrent et s'accrochent. Quelle est l'origine et la vraie nature de ce c/î/iamen? Épicure ne semble pas, à vrai dire, s'être beaucoup préoccupé de ce problème : dans sa Lettre à Hérodote, il n'y fait qu'une allusion des plus rapides '. Il voyait là sans doute une hypothèse nécessaire, et, n'ayant rien d'un pur spéculatif, il évita de s'y attarder. Le con-
1. Mabilleau, Histoire des doctrines atomistiques» p. 270. — Sur la physique d'Épicare, v. sa Lettre à Hérodote dans Diogône Laêrce, X, 35.83.