ARRIEN : L'UISTORIEN ET L'ÉCRIVAIN C
raît un souci (rexactitude et un air de vérité qui fait bonne impression. Du reste, Arrien, comme ses auteurs, est manifestement favorable à Alexandre, bien que son esprit de justice l'oblige aie blâmer quelquefois. Ce qu*il ne sait pas faire, c'est de réagir contre le préjugé hellénique, de fa(;on à juger une telle entreprise d'un point de vue plus largement humain; et il n'a pas non plus toute la souplesse qui eut été nécessaire pour bien comprendre, dans ses inégalités et dans ses écarts, une nature aussi exceptionnelle que celle de son héros. Enfin toute la partie politique de l'entreprise n'est réellement qu'entrevue.
De même que la critique, l'art littéraire est chez lui de qualité moyenne. Un exposé clair et intéressant, rapide sans l'être trop, bien ordonné, suffisanmient animé. Les récits de batailles sont d'un honnne du métier, qui sait d'ailleurs se mettre à la portée de tous; les descriptions de pays et d'itinéraires ont quelque chose de dégagé, les personnages sont caractérisés surtout par leurs actions: s'ils ont peu de relief, la physionomie qui leur est prêtée? semble en définitive assez juste. Ce sont là des mérites très estimables, qui rendront toujours le livre d'Arrien agréable et utile;. Mais la grande originalité lui fait défaut. Ni éclat de style, ni vivacité d'imagination. ni couleurs brillantes, ni mouvement entraînant, ni force de pensée ou de sentiment, rien en un mot de ce qui crée une supériorité dans l'art d'exprinier la vie par le langage. Et celte médiocrité est d'autant plus sensible qu'il s'agit d'une aventuie héroïque, d'une sorte d'épopée rapide et brillante, qui, par sa nature même, semblait exiger plus impérieusement du narrateur des (|ualilés dramatiques. Arrien n'avait aucun de ces dons exce|»tionnels, et l'apprentissage laborieux qu'il avait fait du métier d'écrivain n'avait pu lui donner qu'une remarcjuable habileté d'imitation.
était déjà âgé sous Aiiloiiin, on tiendra pour vraisemblable qu'il mourut dans la première partie du règne de Marc-Aurèle.
A la différence d'Arrien, qui écrivit sur des sujets variés, Appien n'a vraiment produit qu'une seule œuvre, puisque son autobiographie, d'ailleurs perdue, ne pouvait étreen tout cas qu'un simple opuscule. Celte œuvre est son Histoire romaine ('Pco;jLauY) i'TToptx, ou plutôt, Twaaïxà) *, en vingt-qu«if re livres, qui s'étendait depuis les origines de Home jusqu'à la lin du règne de Trajan -. En établissant son plan, Appien avait résolument laissé de coté la méthode annalistique, qui, suivant lui, avait l'inconvénient d'empêcher de saisir les ( nsembles. Au lieu de suivre les événements d'année t»n année, il les groupait de façon que chaque livre format un tout : le principe de ces groupements était d'ailleurs tantôt ethnographique, quand il réunissait en un récit continu toute l'histoire des rapports d'un certain peuple avec Rome, tantôt historique, lorsqu'il embrassait et détachait toute une période, caractérisée soit parla prédominance d'une institution, soit par une entreprise importante, soit encore par un conflit meurtrier. Photius nous a conservé la liste complète des titres des vingt-quatre livres ^ Elle permet de suivre assez bien la marche du récit. C'étaient : 1. Les Rois (BaGiXuT;, sous-ent. ^iiêXo; ou l-TTorlx); 2. Guerres d'Italie ('lTaXi)ty;) : 3. Guerres du Samnium (-xuvituy;) ; 4. Guerres contre les Gaulois
dans sa préface sont : frli. vu) prés do 200 ans dopais lo rétablissement de la moiiarchiti (c'ost-î\-diro ]>robaldomeut depuis la dictature à \'w. flércmée à César en 45), ce qui donne approximativement l'an 155 ; ch. ix, UOO ans depuis la fondation de -Rome, ce qui donne 147. Le désaccord de cm dates prouve qu'elles sont données en clulTres ronds, à quelques années prés.
i. Préface, i v\ 'A.
ii. Photius, bT.