‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 400 sur 605 · Prûface, ch. ii · texte numérisé non relu

Prûface, ch. ii

APPJEN : SON HISTOIRE ROXtA ISE 677

qui décline. Or cela était manifestement impossible avec la méthode adoptée par Appien. Que penser de la philosophie d'un historien qui, sans se soucier de TordVe du temps, racontait dans son quatrième livre la conquête des Gaules par César, entre les guerres du Samnium et les guerres de Sicile , bien avant par conséquent d'avoir pu donner la moindre idée de Tétat do choses dans lequel l'ambition d'un César et sa personnalité avaient été à même de se former ? Ainsi composé, son ouvrage ne pouvait être et n'est en effet qu'un recueil de monographies mal cohérentes.

Comme série de récits isolés, il a ses mérites très réels. La critique moderne n'est pas arrivée encore à déterminer avec sûreté les sources d'Appien * : on a constaté chez lui des points de contact nombreux avec Denys d'Halicarnasse, avec Polybe, avec Tite-Live, avec Plutarque, et Ton a cru d'abord qu'il avait mis à profit directement ces auteurs. Un examen plus attentif a démontré que cela était inexact. Certaines divergences caractéristiques prouvent qu'il a suivi d'autres auteurs^ ayant leurs tendances propres. Quoi qu'il en soit, l'histoire d'Appien représente une tradition, sinon toujours impartiale, du moins intéressante à connaître, une tradition patriotique, modérée, césarienne, qui arrange doucement les choses conformément à ses vues, en évitant les partis pris trop évidents. Appien paraît l'avoir suivie docilement, parce qu'elle convenait à son tour d'esprit, à ses habitudes, à ses fonctions mêmes, sans dessein préconçu, mais aussi sans effort sérieux de critique. Au reste, son récit est d'un homme intelligent, instruit des affaires. S'il ne va pas au fond des choses, il les présente du moins sous une forme facilement intelligible. Exempt de passion, il a un ton d'honnèle homme qui sé-

1. Voir sur ce snj ?t dans Pauly-Wissowa Tart. cité, presque entièrement consacn; à l'étude des sources.

duit ; et coninie ses jugements se lieiinent dliabitudc dans un juste milieu, on y acquiesce volontiers : il faut examiner ses informations de plus près, pour s'apercevoir qu'elles sont quelquefois incomplètes sur des points importants, quelquefois incertaines ou erronées. Voilà pourquoi, à mesure que la critique historique est devenue plus exigeante, Appien a vu décroître son autorité. S'il contente les simples lecteurs, il laisse trop souvent dans le doute les chercheurs.

En tant qu'écrivain, Appien, moins pur et moins élégant qu'Arrien, se recommande surtout par une simplicité qui ne manque ni d'agrément ni parfois de force K N'ayant point de prétentions littéraires, il n'a en vue que les faits eux-mêmes. Le sérieux de son esprit l'a préservé de l'influence de la sophistique. Nulle trace de déclamation dans son œuvre, point de harangues subtiles ou pompeuses ni de tableaux à effet, point d'affectation d'atticisme. Si son récit manque un peu de couleur, il n'est pourtant ni sec ni insignifiant. Ce <jui nous reste de son exposé des guerres civiles nous met vraiment sousies yeux d'une manière intéressante toute une période de l'histoire de Rome. Il fait peu parler ses personnages, et les discours qu'il leur prête, la plupart en style indirect, ne servent (|u'à expliquer leur pensée. Sans originalité très marquée, il a le grand mérite de ne pas chercher à s'en créer une artificiellement.

A côté de l'histoire proprement dite, on voit se continuer au second siècle le mouvement de recherches qui, depuis longtemps déjji, portait un grand nombre d'es

1. Voyez Pholius. lvh, fin. — Apiiien fut un di>s écrivains qui faisaient autorité i»our la langue c\w7. les Byzantins, connno le prouvent k*s exemples tirés do lui qu'on rencontre dans le Loxit(ue de Suidas L*n assez gran»! nombre et dans un grammairien anonyme (réunis dans les Fragments).

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