‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 412 sur 605 · Zeller, P/i. d. Gr., t. V ^ p. ilO ♦it suiv · texte numérisé non relu

Zeller, P/i. d. Gr., t. V ^ p. ilO ♦it suiv

i. Sour<«*s principal. -s : son livre Ki; îa-jt/iv ; 8«îs Lellrt^n \ Dion Cassius, abr.'i^'.i et fra^îniiMits «lu I. LXXI ; Jïéroilien, Tt,; jittà M«pxov ^a«TtÀ£'a;î(TTopwùv I, i-'k \ Jul. Capitolinus, Vibi Marri Anlonini philosophi ; Suiii:is, Mapxo;. — La vi»* «le M. Aun*l«î est «'tudiée ntï détail, ave«* r«*nvoi aux sources »'t imlications l»ihlio«/raplii«|UiîH, dans Pauly-\Viss«Ava, art. M.Annius V<;rus (t. 1, p. i279j. J/ouvra^o <r»însenilil«.' 1«* plus «••'hhre sur Mar<'-Aur«'le «'st !«• volunio de Keuan, Marc-Aurèlr el la /in du momie anliffue, l'arin, \HH'i.

famille (la gens Aiiniai; Marc-Aurèle fut remarqué, tout enfaul^ par l'enipereur Adrien, (|ui Tainiaitpour son ingénuité. En jouant sur le nom Je son pèn^.AnniusVerus, il se plaisait à rap[)eler Verissimus. Un peu avant sa mort, en 138, quand il se décida à désigner Antonin pour son héritier, il lui ordonna d'adopter le jeune homme, alors Agé de dix-hnil ans. Sous Antonin, de 138 à ICI, Marc-Auréle .vécut dans la maison impériale, avec la qualité de (ils adoptif de l'empereur et d'héritier présomptif. Lorsque; Antonin mourut, en IGi, il devint empereur à son tour et régna pendant dix-neuf ans, de ICI à 180, d'ahord associé avec son frère d'adoption, L. Vérus, de ICI à ICI), puis seul, et enfin, à partir de 177, avec son fils Commode, cpril avait appelé à partager le pouvoir.

Ce qu'il fut^comme honnne, tous ceux qui ont parlé de lui dans l'antiquité l'ont attesté. Selon le mot de Capitolinus, il vécut en philosophe depuis son premier jour jusqu'à son dernier (C. i : in omni nila philosophantl y/Vo). Dès son enfance, ses hautes qualités morales se révélèrent, et l'application constante de toute sa vie fut de s'améliorer lui-ménïe. Instruit par les maître» les plus illustres du temps, il lui fut impossible, malgré sa bonne volonté, ji)inle à riiiiluence d'un llérode Atticus et d'un Fronton, de se donner de cieur à la rhétorique. La philosophie l'attirait invinciblement : il fallut qu'il lui abandonnât toute son amr. Il fut l'élève de plusieurs philosophes de sectes diverses, parmi lesquels il est juste de distinguer Sextus de Chéronée, le neveu de IMutar(|ue. Mais, de bonne heure, le stoïcisme le prit, et il le garda jusqu'à la fin. Ses vrais éducateurs furent les deux stoïciens Apollonios de Chalcédoine et Junius Ruslicus. Au reste, il était de ceux qui se l'ont surtout par eux-mêmes. L'homme qui se montre dans son livre s'est formé par la vie intérieure, par l'observation

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conslanle de soi-même, par un désir ardcnl de la perfection, qui était le fond de sa nature.

Les écrits qui nous restent de Marc-Aurèle sont les uns en latin, les autres en grec. Romain de naissance, il semble que le grec n'aurait du être pour lui qu'une langue étrangère. Pourtant il n'en est rien. S'il écrit en latin à Fronton, il écrit en grec quand il se parle à lui-même, quand il se met seul en face de sa conscience ; et la façon dont il le fait prouve qu'il ny apporte aucun effort ni aucun apprêt. C'est que le grec, étant la langue de la philosophie, a été celle de son éducation morale. Rien là qui ressemble à un jeu de lettré, à une transposition artificielle de la pensée. Marc-Aurèle, qui est romain dans la société et dans son rôle officiel, est vraiment grec comme penseur et comme moraliste. C'est en cette langue que ses maîtres lui avaient révélé tout d'abord le bien, les règles de laconduite, toute la sagesse et toute la vertu; c'est en cette langue que sa conscience continuait à lui parler et qu'il lui répondait instinctivement.

Laissons (b)nc de coté la correspondance latine, quelque intéressanttî qu'elle soit d'ailleurs Setallonsdroitaux Pensres (Ta cî; éxurov. )

Ce petit volume, aujourd'hui divisé en douze livres -, semble avoir été écrit par Marc-Aurèle, au jour le jour, dans les dernières années de sa vie. Le premier livre, achevé au bord du Gran chez les Quades, est postérieur à IGG, probabhîinent môme à Kiî), mais antérieur à 176, date de la mort de Faustine ^^1, 17). Le second, composé

1. M. Cot'Npl. Fronloniset M. Aure/ii impi'iatoris ppislulœ. rue. Nab(?r, Lipsia^, l'^e?; un»? i>arli«.Mlt; <'t:?tte corrj'sporulanco a été «Hudiôe par M. G. Boissier, La /fun^sse de M. Aurè/e et les lettres de Fronton, Rcv. des D.jux Mund.is, 1^^ avril ISfiS.

2. Cette division »'St d«''jû sigualéu pur Suidas. Eli»* n'est autorisée qu'en parti»* par 1«» Vatic:inus A. Il est fort douteux qu'elle remonte à l'ori^Tjnal.

à Carnuntum, a du être écrit entre 170 et 174. Le huitième est en tout cas postérieur à 1()9, date de la mort de Verus (voy. 25 et 37).

Comme doctrine, les Pensées n'offrent rien d'original. La philosophie qui s'en dégage est celle des Stoïciens do ce temps, en particulier d'Kpictète, que Marc-Aurèlc a bien connu par les Entreliens d'Arrien et le Manuel, Du reste, le goût de la recherche lui est plus étranger encore qu'à aucun des autres philosophes contemporains. Pour fond de croyance, un acte de foi envers la raison et la bonté divine. Kien n'existe, rien ne se produit, qui ne serve au bien commun. Si l'individu se croit lésé, c'est qu'il ignore le dessein universel, auquel sa souffrance contribue. Le philosophe, lui, croit de toute son àme à ce dessein, bien qu'il ne puisse ni le comprendre ni le deviner; persuadé qu'il est souverainement bon, il s'y associe sans réserve. D'ailleurs, le seul mal réel, c'est le mal moral, celui qui vient de la volonté. Or, selon le motd'Kpictète, personne ne peut nous prendre notre volonté (XY.cTr;; Trpox'piçgii); o'j yiverai.

XI, 3G). Mettre cette volonté en accord avec les prescriptions de la raison, qui est dieu en nous (tô èv goI 6eïov

XII. 1), c'est le but de la vie. Ainsi se réalise la double formule du stoïcisme : vivre selon la nature et se rendre semblable à Dieu.

Mais si ce fond de pensées nest pas propre à Marc- Aurèle, voici ce qui lui appartient ; c'est la manière dont il s'en fait l'application à lui-même. Aucun livre de Tantiquité n'a un caractère aussi intime (|ue celui-ci. Il consiste en une sorte d'examen de conscience perpétuel, au sens élevé du mot. (ihaciue jour, celui qui l'a écrit s'est interrogé lui-même. 11 ne catalogue pas ses faiblesses, ce qui en tout cas n'eut pas mérité d'être transmis à la postérité ; mais il se rappelle ce qui l'a troublé; et il lixe sa pensée sur les réilexions qui, dé-

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