PTOLÉMÉE
Tout ce que nous savons de sa vie, c'est qu'elle se passa soit à Alexandrie., soit aux environs, qu'il était illustre au temps de Marc-Aurèle, et qu'il fît probablement ses observations dans le temple de Canope *.
Le plus célèbre de ses ouvrages astronomiques est le Traité complet d'Astronomie (SuvraÇiç TTiÇ à'TTpovo|i.fx;) en treize livres. Ce traité, qui condensait toute la science astronomique d'alors sous une forme relativement simple et claire, quoique prolixe, devint en peu de temps le livre classique sur la matière. Commenté au iv* siècle par Théon et Pappos, qualifié de grand et de très grand ([jLcyzAYï, [XTjft'îTTj). il fut traduit en arabe au ix* siècle et passa ainsi en Occident sous le titre à' Almageste (Tabrir al inagcsthi). 11 est resté jusqu'à Copernic l'oracle de l'astronomie. En réalité, ce qu'il contenait de meilleur, c'est ce que Plolémée avait pris à Hipparque. Luimême, il est vrai, avait largement complété les ensei- ♦rnements du grand astronome, et, en suivant ses méthodes, il se montrait calculateur hardi et ingénieux; mais il semble qu'il ait peu ou médiocrement observé, et la nature de ses erreurs donne à penser qu'il n'a pas eu autant qu'on le voudrait la conscience qui caractérise le vrai savant *.
A côté de ce grand ouvrage, il suffit de nommer d'autres écrits secondaires : les Tables Manuelles (Opo/eipoi xavive;), édition abrégée des tables astronomiques qui figuraient dans le Traité) le Canon des Rois (Kavcov ^x-
\. Suiliis : IIto>.£|jlocÎo; i K>.a'J8'.«5;.
2. Voir, dans la Biographie universelle do Michaud, l'article de Delambrc (t. 36, p. 203 suiv.), où sont cités les jugements sévères et njolivés de Halley. de Lemonnicr et de Lalande. Peut-être ne tiennent-ils pas assez de compte do ce fait que Ptolémée a un goût de simplicité et d'exactitude apparente qui se satisfait quelquefois aux dépens de l'exactitude réelle. C'est un de ces esprits qui corrigent les choses pour les mettre d'accord avec la théorie. Cela n'implique pas toujours légèreté ni mauvaise foi.
(îAéctfv), liste chronologique de souverains que Georges le Syncelle a fait entrer dans sa Chronographie ; les traités Sur les Pianèfes CY7nhéG%i^xoLi'r:7,xyiù[xi)Ha9ifjai), Sur les étoiles fixes (^à'rei; flrreXovûv); puis ceux qui ont pour titres Sur la manière de prendre la hauteur du soleil (Il«p'. âv3tX7:(i.;/.aTO;) « où se trouve enseignée, dit Delambre, toute la théorie gnomonique des Grecs, » et Sur le déploiement de la surface de la sphère ("AirXidTtç eicirpaveia; dçxica;), où il expose les principes de la projection stéréographique *. ]/ Optique ('Owtixy; -rpxyejLaTtia), que nous n'avons qu'en latin, atteste des observations exactes sur la réfraction. Dans les Harmoniques (*Ap;i.ovixi), en trois livres, il étudie, d'après Arisloxène et les Pythagoriciens, les intervalles musicaux et leurs rapports. Mais, après TAlmagesle, c'est surtout la Géographie qui a fait la réputation de Ptolémée. L'ouvrage comprend huit livres. Comnje l'indique le titre (retuypa^.xYî ifri^ii^i;), c'est une introduction à l'art de dresser ou de lire les cartes. Après un exposé de principes généraux (L. 1) 2, où l'auteur signale les services rendus à la cartographie par Marin de Tyr ^ et cherche à marquer nettement ce qui reste à faire, il donne en une série de tables (1. 11-VII), la latitude et la longitude des principaux points du monde alors connu, depuis les (les Fortunées à l'Ouest jusqu'à la métropole des Sinaî à TEst, et depuis le 10® degré au sud de TÉquateur jusqu'au 60* au nord. Si nombreuses qu'y soient les inexac-
1. Ces deux domiers ouvrages no nous sont parvenus que dans des traductions latines.
2. Voir, sur ce premier livre, Letronne, Examen critique des Prolégomènes de ta géographie de Ptolémée, à propos de la traduction française de Tabhé Halma, Journal des savants, décembre 1830, avril et mai 1831.
3. Marin, de Tyr, dut vivre sous Trajan ou Adrien, en tout cas après Pline l'Ancien. On ne le connaît que par Ptolémée. Il est probable, sinon sftr, qu'il écrivit une géographie en grec, plus descriptive que celle de Ptolémée.
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titudes provenant de fausses observations^ nous n'en avons pas moins là le précieux résumé de toute laconnaissance géographique des anciens. Ptolémée en effet travaille à mettre au point les travaux de Marin de Tyr, comme celui-ci, déjà, avait corrigé et complété ceux des successeurs d*Ératosthène et d'Hipparque. « Si jamais. » dit M .Vidal de Lablache, la nécessité de rectifler la carte )> s'était fait sentir, c'était bien au moment où affluaient » tant de notions nouvelles, qu'il fallait trouver moyen » de combiner avec les anciennes. Jamais il n'y avait eu » tant de sources d'informations, tant d'ouvertures sur » diverses contrées du monde, qu'à la fin du i*' siècle de x> notre ère et dans la première moitié du ii*. V Histoire j> naturelle de Pline rend bien le sentiment de haute » curiosité que ce spectacle inspirait à certains esprits. » Si Ton n'avait pris le soin de recueillir et de consigner » des renseignements que livraient, au jour le jour, les D expéditions commerciales ou militaires, d'en dégager » les données géographiques précises, il ne serait ré- » suite de ces découvertes qu'un fatras de noms, que la » carte n'aurait su comment rapporter à ses cadres, » une confusion qui aurait compromis l'œuvre scien- » tifique dont Ptolémée, si sobre d'ordinaire, parle avec j> un véritable accent d'enthousiasme *. » En mettant en ordre ces données, et en indiquant à qui il les doit, l'auteur de la Géographie nous fournit le moyen d'apprendre comment les connaissances géographiques s'étaient accrues peu à peu ; la science moderne retrouve dans son œuvre la trace des journaux de route des anciens navigateurs, elle y reconnaît les voies que suivait alors lo commerce. De telle sorte que de ces tables, si
1. Vidal «le La Blache, Les Voies de commerce dans la Géographie de Ptolémée, Paris, 1890 (Extrait des comptes rendus de TÂcad. des Insc. et B. Lettres, séance du 6 novembre 1896). Je suis ici de prés les appréciations de cet excellent mémoire.
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sèches en apparence, se dégage en fin de compte une image très vivante de l'activité de plusieurs siècles '.
(^e géographe mathématicien était aussi philosophe au sens propre du mot. Nous avons encore de lui un petit traité de logique Sur le critérium et le principe directeur de l'dme ^Hepî xpiTinp'ouxai r.ysjMiV'.xo';)^. — Plusieurs autres de ses écrits, cilés par Suidas et Simplicius, ont été perdus.
Parmi les autres géogra[)hes contemporains, si Ton excepte Denys le Périégèle, dont nous avons parlé plus haut il propos de la poésie didactique ^, il suffit de men tionner Denys de Ryzance, auteur de la \avigation sur le littoral du Bosphore ( llapàTcÂouç BocTcof ou) *.
Avec les sciences qui se rallachenl aux mathématiques, celles qui ont le plus hrillé en ce temps sont les sciences médicales*. Le remarquable mouvement d'idées et de coimaissances auquel elles ont alors donné lieu se résume pour nous dans l'œuvre de Galien, et c'est d'après lui surtout qu'il UMia est possible de l'esquisser. Mais auparavant, il est bon th» dire un mot do l'extension qu'avait [irise alors la botanique médicale.
1. Aux manuscrits de hi (géographie sont jointes des cartes: et il ne peut guère en être autrement, puisque k* livre est fait on vue de cartes adresser. Dans quatre de ces mss. (Parisini 1401 et 1403, Venetus 353, Vindol>on»Misis), se Irouv»* une nrlice qui les atlri* l>ue à Agathodiemond'Alexandrie. Le fV/if/ï/^f l'appelle 'AXeÇavôpev; |j,V/aivix6;. Nous n'en savons rien de plus.
i. Ptolemiei irep\ xpiTr.piov reci-ns. Kr. Ilanow, Leipzig, Teubner,