‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 427 sur 605 · GALIEN ; SA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

GALIEN ; SA PHILOSOPHIE

Sophie de la médecine «. Elle se ramène essentiellement à étudier « l'art de la nature » (ts/vtj ttî; cpùaett;); car cet art, le médecin a besoin de le connaître et de le comprendre à fond, pour y conformer sa pratique. La nature a des fins, auxquelles elle arrive par le jeu des forces (çuiixal Suvi^astç) qu'elle a créées et qu'elle entretient. Ces forces résident dans chaque partie de Torganisme ; en s'unissant entre elles, elles constituent par leur association d'autres grandes forces supérieures et collectives. Telles sont la force de création (YewTQTtJCY)), la force d'accroissement (ajÇYiTixy)), la force d'entretien ou d'alimentation (OpeTCT'ay;). Les forces particulières, elles, sont en très grand nombre, et c'est d'elles que dépend tout le détail infini des phénomènes qui constituent la vie; les plus remarquables sont la force d'attraction (^éXxTixv; ou e-idîcxcTtxy;), grâce à laquelle chaque organe attire ce qui lui est propre ; la force de rétention (^xOexTiXT))- qui lui permet de le retenir jusqu'à qu'il en ait tiré ce qu'il en doit tirer; la force d'élimination (flCTroxpiTtXY;). par laquelle il se débarrasse du superflu. A coup sur, cette doctrine, qu'il suffit ici de caractériser par ces quelques exemples, n'appartient pas en propre à Galien. Elle est par ses origines hippocratique et péripatéticienne. Mais lorsque (îalien l'adopta à son tour, elle était depuis longtemps combattue par les empiriques et les méthodiques, et il fallait, pour la soutenir désormais, réfuter une à une les objections qu'elle avait soulevées. Cette nécessité devait conduire un dialecticien tel que lui à donner aux idées dont elle était faite une cohésion et une vigueur qu'elles n'avaient pas eues jusque-là. C'est donc lui (jui les a coordonnées en un vaste système, c'est lui qui les a le premier étudiées

i. On la trouvera principaLmont dans le ti'aité Sur les forces de (a nature. Sprengel, Gesch, ci. M., section V, c. 6, neiii€ parait pas 'n avoir saisi toute la valeur.

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dans toutes leurs applications et conséquences, et par là, il en est devenu comme le répondant devant la science.

Or la science, il faut le reconnaître, les a rejetées bien loin, et c'est en les repoussant qu'elle a réalisé ses plus sérieux progrès. Aujourd'hui, cette doctrine des a forces» nous apparaît à travers les moqueries dont Molière a accablé les médecins de son temps, et la « puissance attractive » nous fait songer immédiatement à la « vertu dormit ive » de Topium. Mais toutes les grandes explications théoriques des phénomènes du monde, une fois dépassées, en sont là : ce qui n'empêche pas que la science ait besoin de théories, pour lier ses expériences et en coordonner les résultats. Tout ce qu'on doit se demander par conséquent, c'est si, au temps de Galien, sa doctrine fondamentale répondait à l'état des connaissances, et si, au lieu d'entraver les progrès de la science, comme elle le (it plus tard, une fois vieillie, elle n'était pas au contraire propre à les favoriser. Sur ces deux points, il ne semble pas que le doute soit possible. En dehors de cette doctrine, nous ne voyons, dans le monde scientifique d'alors, que des théories stériles, qui ne provoquaient ni observation ni expérimentation. An contraire, la philosophie, si vigoureusement coordonnée et défondue par Galien, tenait compte de tous les faits établis, elle en faisait même découvrir d'autres, et si elle créait, derrière ces faits, des entités imaginaires, ce n'étaient guère que des noms qu'elle imposait à l'inconnu, chose que l'homme n'a jamais pu se dispenser do faire. On lui a reproché d'abuser de la dialectique. Mais la dialectique de Galien est celle d'un liomme qui sait, qui observe, qui expérimente, qui réfléchit, et qui éprouve le besoin de conclure de ce qu'il voit à ce qu'il devine. Admirable de vigueur, elle est toujours appuyée sur des faits. Sans dialectique de cette

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