LES APOLOGISTES CHRÉTIENS DU II** SIÈCLE
chose de cette éducation première. Ils s'adressent à ceux qui détiennent le pouvoir, empereurs, magistrats, sénat, pour repousser à la fois les griefs de Tautorité publique et les calomnies de Topinion populaire. Leur but est d'établir que le christianisme ne menace en rien l'État, qu'il est pur, non seulement des infamies dont on l'accuse, mais aussi des mauvaises intentions qu'on lui prèle, enfin et surtout qu'il a pour lui la vérité. Chez la plupart d'entre eux, cette dernière vue prédomine. Au lieu de se défendre, ils attaquent. Ils décrient le paganisme, ils en montrent librement les absurdités et les hontes, et, en face de ces croyances condamnées, ils établissent les leurs. Satire d'une part, exposé dogmatique de l'autre. La satire a chez eux une franchise qui en fait le prix; elle n'est ni piquante, ni habile, comme la moquerie de Lucien; elle est naïve, rude, maladroite, mais forte; elle s'attaque sans ménagements aux choses officielles, au culte public, aux jeux du cirque, à tout ce que la philosophie même souffrait ou excusait *.
On est surpris que de telles choses aient pu être écrites dans TEmpire. Mais il faut songer qu'elles échappaient sans doute, par leur nature même, à la répression. Il n'est pas probable qu'elles fussent publiées, c'est-à-dire récitées en public ou mises en vente. C'étaient en général des suppliques adressées à l'empereur personnellement, et elles n'étaient pas censées sortir de ses bureaux; elles circulaient évidemment, mais par des copies clandestines qu'on se passait de main en main. Si la propagande se faisait, c'était sans bruit, grâce à des communications privées. Les fidèles y trouvaient des arguments pour se fortifier eux-mêmes dans la foi, et ils s'en servaient pour achever la con-
1. Sans oxcepler los aputhôoscs iinprrijilrs ; voyez Justin, Première apologie, ch. xxi.
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version de ceux qu'une première instruclion avait déjà touchés. Par là, l'apologie est la première forme de l'enseigneinenl dialectique, qui se développera bientùL Les apologistes sont les prédécesseurs immédiats des docteurs chrétiens. C'est par eux que le christianisme a commencé k devenir une philosopliie, c'est-à-dire en somme, à se rapprocher de rheHénisme, qu'ils comhaltaient pourtant si ardemment.
Nous ne savons presque rien du plus ancien d'entre eux. Quadratus (Ko^potTo;), sinon qu'il adressa son apologie à l'empereur Adrien lors de son passage à Athènes, vers 123-12G K Le seul fragment qui nous en reste se réduit à quelques lignes, qui ne permettent déjuger ni du plan do cet écrit ni de sa méthode 2.
C'est au successeur d'Adrien, à Antonin le Pieux, que fut adressée, contrairement au témoignage d'Eusèbe. l'apologie d'Aristide '. L'auteur ne nous est pas mieux connu que Quadratus ; mais son onivre, dont on ne croyait naguère posséder (jue des fragments insigniiiantSy nous a été rendue [presque en son entier depuis dix ans *. Il y donne son nom : Markianos Aristide, philosophe athénien. Son œuvre est une brève étude sur ridée de Dieu chez les dilférents peuples. Plus ou moins défigurée chez les Harbares, chez les Grecs, et même chez les Juifs, celte idée, selon lui, n'apparaît vraiment